Rosalie
Non, ce que je n'aime pas du psy, c'est que sa "fonction" est d'aider à te comprendre et qu'il a cette prétention aussi.
Ca fait quelque jours que je passe sur tes réponses sur le thème, et je ne trouvais pas où creuser. Mais après avoir lu un autre de tes posts - où tu parles de soupe inconsciente dont tu préfères ne pas connaître tous les ingrédients - je crois avoir mis le doigt dessus.
Le côté "je suis le mieux placé pour me comprendre moi-même" a son contraire logique. Pouvoir s'analyser soi-même est une contradiction dans les termes : on est celui qui analyse et l'objet analysé, donc on a tout pouvoir de s'échapper à soi-même, comme de toujours gagner - et toujours perdre - aux échecs si on joue contre soi-même.
Mais ça, la présence de l'autre, ça ne me semble pas le coeur du truc. Après tout, tu aimes débattre, discuter, tu es ouverte aux idées des autres... Un type diplômé et payé pour le faire ne signifie pas qu'il sait qui tu es, mais qu'il sait comment te faire causer, et qu'il a quelques idées à te proposer sur le fonctionnement humain. A part ça, il est comme les autres, faut juste rencontrer quelqu'un avec qui on apprécie de parler.
Je crois qu'il y a un truc à dénouer plus important que ça : tu donnes je crois un valeur presque superstitieuse à l'inconscient. Attend, attend, c'est pas une critique : j'ai mes superstitions intellectuelles aussi, j'en ai même plein. Ca n'empêche pas de penser correctement...
Tu aimes ta spontanéité et ton naturel. Tu te reproches un peu ton impulsivité, mais tu l'assumes finalement assez fièrement, comme manière de faire bouger les choses pour les autres ou pour toi.
Derrière cette spontanéité et derrière la sexualité, tu vois un inconscient à l'oeuvre. Le ça... Un soi inconnu. Et tu penses que les secrets de l'inconscient sont la source de son pouvoir, de l'énergie qu'il te transmet, une matière première du désir.
Donc, c'est là que ça devient de la pensée magique, trop comprendre le désordre, le flou et le sombre, ce serait se dévitaliser, et se banaliser en tendant vers la simplicité. Priver l'inconscient de pouvoir serait te priver de ton "irréductibilité", donc de liberté.
Alors que non.
Le désir reste le désir, même si on a levé le voile d'illusion... D'abord parce qu'on en a levé que la partie qu'on peut lever. On est pas tous voués à devenir des bouddhas tranquilles et immobiles. Si c'était seulement ça, le monde serait devenu un grand monastère, à un moment où l'autre.
On jouit aussi très bien en sachant pourquoi on jouit, et il y a toujours du désirable, puisque qu'on ne jouit jamais de quelque chose (ou de quelqu'un) de façon permanente. Ca nous échappe, ça passe, et de nouveau, on veut en reprendre. Et que ce soit inutile, on s'en fout.
La liberté est là, dans le fait de ne pas être déçu de ne pas pouvoir posséder longtemps. On est pas censé décider d'arrêter de courir après, contrairement à ce que conseille la sagesse. Parce que c'est rigolo, parce que c'est un jeu et que ce qui joue change toujours.
Pour reprendre l'image des échecs, tu peux connaître à fond les règles, la logique, tu seras toujours défié. Et tu aimeras donc toujours jouer, même si tu es le meilleur.
Alors qu'un psy te rende un peu gagnant face à l'inconscient, c'est pas décevant, voilà.
Message modifié par son auteur il y a un an.