J'avais le projet, je l'ai dit dans un fil, d'aborder ce sujet dans des articles qui permettent une approche plus de fond, plus globale et plus construite d'une question qui est au cœur de ma conception des amours pluriels.
D'une part c'est un projet ambitieux, cela va donc prendre d'autant plus de temps que je n'en ai pas beaucoup à y consacrer, d'autre part, des fils récents et la lecture de quelques archives m'ont convaincu que des choses qui me semblaient évidentes et plus ou moins consensuelles ici étaient peut-être loin de l'être. Du coup, il vaut probablement mieux commencer comme le suggérait Eric par une discussion plus informelle que d'asséner un point de vue complet et structuré (même si je ne prétend pas, loin de là avoir toutes les conclusions prêtes sur la question) forcément plus difficile à discuter et, du coup (encore) plus polémique.
Quelques idées pour lancer, même si c'est un peu long pour un post de fil de discussion.
Bon, d'abord, autant commencer par là, pour moi, la réponse devrait absolument être oui, le polyamour doit être féministe, il doit même l'être explicitement et radicalement. Je voudrais commencer par deux aspects principaux, même si j'en vois plusieurs autres qui mériteraient la discussion.
Ça a déjà été dit dans de nombreux fils mais le rapport à la fidélité n'est pas un rapport neutre sur le genre. Il y a un siècle, il était normal et accepté qu'un homme ait des maitresses et fréquente les bordels, hauts lieux de sociabilités masculines. Si les choses changent en apparence un peu depuis la fin du vingtième siècle et les luttes féministes de la deuxième vague, dans la réalité, la réprobation sociale n'est pas la même pour un don juan et pour une salope. Non seulement ça, mais la normalisation revient à grand pas depuis plusieurs années pour imposer l'image de la vraie femme, celle qui existe par et pour son homme. Je pense du coup que la question de remises en cause du couple traditionnel, de l'exclusivité et de la possession et derrière ça la revendication de l'autonomie de l'individu-e dans le sentiment amoureux ne doit pas être traitée abstraitement comme s'il y avait une égalité de départ qui n'existe pas.
L'autre aspect sur lequel je voudrais insister c'est que les inégalités de genre imprègnent tous les rapports sociaux, y compris (surtout !) les rapports amoureux (au moins hétéro mais les autres aussi ?) et la construction de nos sentiments les plus intimes. Je considère que ces divisions sont entièrement des constructions sociales mais cela n'empêche pas qu'elles nous construisent nous même au plus profond de ce que nous sommes les un-e-s et les autres. Je pense que nier leur influence (sur le mode post-féministe de « mais non, tout ça maintenant c'est dépassé, ce ne sont que des reliquats et sur le fond tout va bien » voire du masculinisme qui prétend opposer une oppression spécifique des hommes à celle des femmes en les mettant sur le même plan) c'est au contraire se mettre dans la voie de reproduire ces normes et ces oppressions sous une forme nouvelle. C'est d'ailleurs exactement le travers qu'à pris la libération sexuelle des années 70, libération surtout pour les hommes hétérosexuels, avant d'être récupérée par la marchandisation du sexe de ces dernières années.
Bon, je sais pas si c'est vraiment plus court qu'un article... mais en tout cas c'est moins construit... ;)
