Alors je vais répondre sur le sujet des journalistes, et pourquoi je suis très méfiante. Et puis ensuite, on arrête avec ça, parce que le fil va encore être bouclé par l'autorité suprême :-)
A 4 ou 5 reprises, j'ai participé à des préparations d'émissions, des interviews, etc, etc.
J'ai été frappée par les moyens d'approche développés par les journalistes pour convaincre de participer les personnes qui les intéressent, la qualité d'écoute immense... mais qui se révèle en fait une simple manœuvre de séduction quand tout est dans la boîte.
On se livre intimement, puis on devient quelqu'un de transparent, on t'offre à la rigueur un café, pendant lequel le silence s'installe, le cameraman, le preneur de son et le journaliste évitent ton égard, laissent s'installer une atmosphère assez pesante, qui vaut congédiement.
Et je ne suis pas autrement surprise de la malhonnêteté du dernier qui voulait s'inviter, quoi que ce soit extrême comme cas de figure. Mais l'intérêt de contribuer aux projets de tels personnages, qui démontrent ainsi l'égocentrisme de leur démarche... je trouve ça "pouet", comme on dit chez moi. On peut au moins faire semblant, ça s'appelle de la diplomatie. Et Dieu sait que ça devrait être la règle, quand on dépend quand même de la bonne volonté des gens qu'on souhaite approcher, et avec lesquels il n'y aucun contrat, si ce n'est de confiance. Certes, c'est flatteur de passer dans les medias, et je pense que c'est ça qui fait que certains journalistes peuvent se comporter de manière aussi péteuse, en stars capricieuses, en utilitaristes, quoi.
Une des dernières fois où je me disais "Tiens, pourquoi pas avec celle-là?", madame m'a laissée plusieurs semaines en plan, sans réponse à un mail qui posait des questions assez cruciales pour moi; puis tout-à-coup, réémergence de la dame, que j'ai remballée quand elle a tenté de se justifier et de me culpabiliser en me disant que les événements en Haïti passaient bien sûr avant tout; un simple mail pour me le dire... et je l'aurais accueillie ensuite sans problème.
Une seule expérience a été gratifiante : je suis allée dans les locaux de la TV, on m'a montré l'interview de A à Z, on a coupé ce que j'exigeais qu'il le soit. Mais de manière générale, sous prétexte de professionnalisme, on ne cesse de t'interrompre, de recommencer les prises, de te dire comment t'exprimer, ce n'est pas assez ceci ou c'est trop cela. J'ai trouvé ça insupportable, que ce que j'avais à cœur de dire était complètement dénaturé, jusqu'à cadrer avec ce que le journalisme voulait entendre, alors que j'avais à livrer des choses intimes... Voilà.
Mauvais plan ! Je vous invite à réfléchir à une manière moins blessante, à long terme, de se soigner l'ego.
Et si des journalistes me lisent, je pense qu'ils engrangeront de précieuses indications sur le minimum de respect à témoigner aux gens dont, finalement, ils dépendent - les uns et les autres ne sont pas assez conscients que le pouvoir se situe souvent dans une frange de l'inconscient assez nébuleuse... mais qu'il suffit d'examiner son propre orgueil pour ne pas jouer avec sa dignité.
Prenez soin de vous-mêmes... <3 <3 <3
PS : je rouvre, pour poser ça :
France 5, Medias Le Magazine, « Des confessions… trop intimes ? »
Les émissions-témoignage et leurs dérives... quelques notes prises pendant ces quelques minutes d'interviews d'ex-témoins :
on s'expose au voyeurisme, en se prêtant à une mise en scène; la motivation du témoin peut-être de diffuser un message d’espoir, mais aussi d'espérer une catharsis. Or, le danger, c'est « l’après » : comment garder les pieds sur terre, reprendre ensuite le cours de la réalité – il y a satisfaction à parler de soi, mais comment encaisser les réactions ensuite, de la part de nos proches, ou des gens qui nous reconnaissent ? On n’est plus dans une sphère protégée, après…
Message modifié par son auteur il y a 2 ans.