La déliaison amoureuse évoquée ailleurs, et faisant l'objet d'un ouvrage, m'inspire l'ouverture de ce fil.
Sortir du fusionnel, je trouve que ça ouvre aussi des perspectives sur l'individuation, la prise de conscience qu'on ne peut pas aimer tout le monde; et aborder l'idée que c'est productif de sortir d'une espèce d'ambiance confite "peace and love, et l'amour vient à bout de tout, et il suffit d'un hug pour balayer les mésententes, et celui qui soulève les problèmes est un méchant emmerdeur", qui fausse beaucoup les rapports.
Le désaccord n'a pas besoin d'être conflictuel : faire l'expérience qu'on peut causer d'avis différents sans se vouer aux gémonies, c'est la base de la productivité en matière de confrontation d'idées. Même en ayant un intérêt commun sur le polyamour, je pense qu'on se focalise beaucoup sur le mot amour, et pas assez sur -poly, qui reflète des réalités multiples et très riches. Or quelque part, nous sommes en quête de plus de richesses sentimentales, c'est pourquoi j'insiste autant et si souvent sur le fait que nous avons tous des configurations, des réalités, des rapports au corps et à nos imaginaires, très différents. Donc, de potentiels chemins vers ces fameuses richesses sentimentales.
Car dans un processus de déliaison amoureuse, je doute beaucoup que certaines attitudes concernant les autres types de relation qu'on entretient ne soient pas aussi remises en question, comme l'amitié par exemple.
Je pousse le raisonnement plus loin : Il y a ici beaucoup de fils parlant d'amour, et non-contrebalancés par des fils sur l'indifférence, ou le non-amour. Ca existe, et c'est la majorité des liens que nous avons... Je croise 12 personnes au boulot, 4 jours sur 7, 8 heures par jour, et je n'ai d'élan amoureux vers aucune d'entre elles. Nous nous côtoyons sur le mode de la cohabitation, et s'il y a de l'amour là-dedans, c'est celui de tirer à la même corde, pour présenter un travail qui tient la route. De même, je croise ici sur ce forum des gens que je ne vais pas me mettre à aimer, simplement parce que nous partageons cette idée du polyamour.
Par ailleurs, certains réclament d'être acceptés par les monos, voire le revendiquent avec provocation... et pis c'est tout. Ben non, je trouve que ça ne marche pas trop bien comme ça, et qu'en ce cas on se prépare de rudes déceptions, et des vexations qu'on génère tout seul : entre être accueilli avec bienveillance, et se bisouter virtuellement en se passant la pommade, il y a un monde. Je ne vois pas ma présence ici comme celle d'une super-mama qui passerait la main dans le dos, mais offre un soutien pour s'habituer à vivre ça au quotidien, en traversant des moments de confrontation, pour se faire les pieds à ce que chacun se prépare : affronter les détracteurs et autres. Je vois un clivage entre la sécurité complète qu'on peut penser trouver ici (ouah, génial, on va tous s'aimer, être d'accord, et patali et patalère) et qui relève d'un idéal de fusion d'idées... et la réalité pure et dure, comme quoi il faut se préparer à affronter les commentaires désobligeants ou même les insultes de l'extérieur sur cette différence. Or, travailler à évoquer et mettre en évidence nos différences malgré notre point commun, c'est une bonne préparation à vivre cette réalité, pour celui ou celle qui croit avoir trouvé refuge ici, et que ses problèmes vont être en partie réglés. Je pense qu'il faut sortir de l'illusion : c'est cool de trouver du monde avec qui en causer et trouver des idées pour mieux le vivre, mais si au passage on peut trouver des moyens de ne pas se laisser atteindre par les jugements du dehors, c'est pas mal aussi.
Un contre-avis n'est pas une preuve de méchanceté, de dureté, c'est une perche tendue pour affiner sa propre idée, et affûter des arguments pour le moment où on vous traitera de profiteurs, de salauds, de Peter Pan, de minables sentimentaux, etc. Parce que faut pas vous faire d'illusion, surtout ceux qui rêvent de défiler avec des panneaux "vive le PA", et de se faire accepter : va falloir raquer, défendre votre point de vue, en l'argumentant. Même si c'est en disant simplement : je me sens mieux comme ça, et je trouve que je suis plus agréable à vivre quand je ne suis pas contraint et frustré.
Une forme la plus neutre d'amour pourrait être la bienveillance, par exemple. Si quelqu'un connaît des références d'ouvrages sur le thème, je suis preneuse.
Message modifié par son auteur il y a 2 ans.
