Il apparait un peu partout dans les discussions de ce forum toutes nos difficultés à communiquer en évitant les écueil conflictuels et souvent improductifs. Y compris dans le fil "Parler de sexe avec amour" qui montre que même cela, qui semblerait pourtant sur le papier assez consensuel, débouche sur de vives étincelles.
Je me dis que finalement il faudrait peut-être ouvrir en fait un fil qui s'appellerait "Communiquer avec amour" !
Voilà qui est chose faite :-)
Alors bien sûr le thème de mon post est plus général et "bateau", et déborde très largement de nos préoccupations sur le polyamour. Mais la communication est tellement à la base de tout, et le thème du polyamour brasse tellement de sujets sensibles (cf toutes nos discussions d'écorchés vifs sur ce forum), que j'ai la conviction que plus tout les polyamoureux ont tout à gagner à creuser sur ce terrain là s'ils veulent bâtir solidement et sereinement.
J'ai cherché rapidement, et il m'a semblé que rien de spécifique n'ait jusqu'ici été posté sur ce forum. Par contre j'ai bien noté dans beaucoup de vos contributions les préconisations et analyses qui rejoignent l'objet de mon propos.
Pour avoir été souvent amené à travailler sur la communication en général, en plus bien sûr du respect de la netiquette , je vous livre quelques points qui me semblent importants à appréhender, pour beaucoup issues de connaissances partagées dans le domaine parfois appelé "communication non violente", "empathique", "bienveillante"...
Que pour ma part je qualifierai de "communication à visée objective", pour faire apparaitre que l'objectivité est une denrée qui n'existe pas à l'état naturel dans le langage, car on l'oublie trop souvent. Exprimer en permanence la conscience des limites de notre objectivité devrait être une cible commune dont on ne soupçonne pas tous les bienfaits.
Parler de la communication avec ces qualificatifs fait un peu bisounours, mais c'est pourtant un contrepoids tellement indispensable à l'usage qu'on fait de la communication depuis que le langage existe. En effet le langage est un outil qu'en bon technicien, on manipule en pensant que l'usage qu'on en fait est parfaitement abouti, esthétique, complet et suffisant. Et si on s'autorise à le trafiquer parfois, c'est bien souvent pour en faire une arme, quand nos intentions sont de manipuler ou dominer.
En revanche creuser pour atténuer la nature conflictogène du langage semble être une activité plus récente ou réservée à des gentils contemplateurs plus ou moins mystiques et isolés... Dommage, car pour moi, voilà qui devrait être enseigné dans toutes les écoles, avant même d'aborder la mécanique grammaticale et les subtilités du subjonctif...
Voilà en ce qui me concerne, trois points fondamentaux à garder à l'esprit et à cultiver pour une communication de qualité :
- Se souvenir que l'on est ainsi fait, qu'on réfléchit plus vite qu'on ne parle. On réfléchit souvent tellement vite, qu'on n'est même pas forcément conscient du raisonnement qui nous a conduit à formuler ce que l'on vient d'exprimer.
- Il n'existe pas d'évidence qui mérite de ne pas être explicitée, et lorsqu'elle est explicitée, elle ne doit pas être présentée comme une évidence, mais toujours comme une hypothèse vraisemblable, telle qu'on la perçoit de son point de vue.
- Laisser aussi bien sûr à l'autre l'espace d'exprimer son point de vue, ne pas l'ensevelir sous une information trop volumineuse qu'on lui déverserait sans tenir compte de sa situation et sa réaction (c'est un peu le défaut structurel de mon message actuel qui de par sa longueur et ma tentation d'englober tous les points que je souhaite aborder risquera de ne pas être reçu...)
Si je vous dis "Le soleil EST vert", vous allez me trouver fou ou malhonnête, bref, je vais vous agresser. Si je vous dis "Le soleil, moi je le vois vert", je vais éveiller votre curiosité et vous allez sans doute avoir envie de vous intéresser à moi pour en savoir plus... La qualité de la discussion s'en trouvera bien meilleure et constructive.
Les évidences sont tout, sauf partagées.
On notera d'ailleurs que dans mon exemple, sachant que le vert est présent dans la lumière blanche du soleil, je ne dis pas forcément une contrevérité si je n'arrive pas à percevoir les autres couleurs.
Parler, dans bien des cas, et surtout quand on donne son avis sur quelque chose, c'est un peu comme énoncer le verdict d'un procès sans avoir permis à notre interlocuteur d'assister au débat, au réquisitoires, aux plaidoiries et autres délibérés qui ont abouti à ce verdict. Imposer une conclusion à son interlocuteur sans lui avoir fourni les éléments qui ont permis d'y aboutir est forcément ressenti plus ou moins consciemment comme un violence, une tyrannie.
En résumé, le fait d'énoncer son point de vue en explicitant la nature de notre perception rend quasiment assuré une bonne écoute, pour la bonne et simple raison que l'interlocuteur se voit autorisé implicitement d'avoir une autre perception, et du coup sa liberté n'est pas bafouée, il n'est pas menacé par les propos.
Les conditions sont alors mieux réunies pour favoriser la curiosité de l'autre, l'acceptation de la différence, l'échange et l'enrichissement mutuel, qui sont à mes yeux à la fois le prérequis et la cible des relations polyamoureuses.
Il me semble que ce thème peut largement faire vivre un fil de discussion. Qu'en pensez-vous ?
Avez-vous des amendements ou des compléments à mon propos ?
Avez-vous des exemples et des illustrations instructives pour compléter et développer ces considérations ?
