Je crois que je comprends ce que tu veux dire, Lily, mais il me semble que ça part d'une vision a priori négative de la sexualité.
Je ne te le reproche pas (notre société occidentale judéo-chrétienne nous fait rentrer dans le crâne depuis l'enfance que le sexe est une activité impure, coupable, malsaine, déviante, improductive -- et qui en plus nous rend moins rentables que si on défoulait notre frustration dans des achats compulsifs... -- et il n'y a pas de raison que ça ne t'ait pas influencée aussi dans la construction de tes valeurs), mais je t'invite à ré-interroger cette distinction que tu fais entre amour et désir/sexualité. Où serait la limite ? Le désir ne serait-il pas une forme d'amour parmi d'autres ? Je mets à part les éventuels comportement de purs égoïstes qui recherchent un plaisir personnel en utilisant autrui pour cela, mais en dehors de ça, est-ce qu'une rencontre purement sexuelle, où chacun désire faire plaisir à l'autre dans un échange de caresses, ne relève pas d'une forme d'amour ?
Tiens, je pousse la réflexion un peu plus loin : hormis le cas déjà évoqué où, après avoir fait l'amour, tu dis à ton partenaire "dégage, j'ai plus besoin de toi" une autre chose moins caricaturale mais qui peut être mal vécue serait qu'après avoir fait l'amour, un des deux partenaires se dise "ça y est : puisqu'on a fait l'amour, nous sommes liés pour la vie et on va vivre ensemble et faire des bébés" quand l'autre se dit "j'espère qu'on se reverra de temps en temps"... (Un malentendu comme ça, ça peut faire mal.)
Dans l'absolu, qui aime le plus l'autre ? Celui qui considère (comme la société le lui a inculqué) que "coucher, ça ne se fait pas à la légère et que si on n'assume pas ses responsabilités après s'être donné à quelqu'un, c'est qu'on n'est pas honnête" ? Ou celui qui laisse venir les choses en fonction des éventuels désirs à venir ?
Spontanément (parce que moi aussi j'ai grandi en Europe) je me dis que s'il y a un "salaud" c'est le deuxième. Mais en regardant un peu plus attentivement, et de façon plus détachée, dans le premier cas, je détecte une obéissance (inconsciente, probablement) à la norme sociale. (Pas exactement de l'amour, donc). Dans l'autre cas, quelque chose de plus léger, certes, mais qui fait reposer les décisions à venir sur les envies des deux partenaires. Et ça me semble donc plus proche de l'amour.
Certes, on sort de la conception "sentimentale" de l'amour, qui est la seule en Occident à bénéficier du cachet AOC, mais les polyamoureux sortent souvent de la norme, c'est évident, et le regard social ne peut que le leur reprocher...
Et c'est vrai que cette forme d'amour, légère et "irresponsable", mais sans mauvaise intention, est de nature à blesser ceux qui obéissent aux "normes sociales" amoureuses, parce qu'ils ne comprendront sans doute pas et se sentiront bafoués ; mais une fois de plus, la cause de leur éventuelle déception sera davantage à imputer aux normes sociales qu'aux agissements d'un(e) amant(e) libre.
Message modifié par son auteur il y a 2 ans.