Je suis bizzarement d'accord avec vous deux.
Lulutine parle de la façon d'imposer, ce qui est tout à fait compatible avec le fait de ne pas négocier.
Rosalie, parle de négocier des détails, de faire des paliers, ce qui est également compatible avec le fait de ne pas négocier l'essentiel.
Mais pour répondre à Lulutine plus précisément, je voudrais souligner la dernière phrase de Rosalie "Ne pas s'embarquer dans la dynamique du chantage émotif".
Parmis les façons d'imposer son choix, celle qui consiste à céder temporairement pour garder l'autre, est particulièrement improductive. Cette façon d'agir, laisse croire à l'autre que le polyamour n'est pas supportable d'emblée, qu'il faut une période d'adaptation un peu comme la cigarette avec un patch. Il n'y a rien de pire, car on plonge là dans le double insupportable. Aucun des deux ne pourra soutenir l'autre, car les deux auront l'impression de reculer, et seront anéantis, ça durera des années, j'en sais quelque chose. Il vaut mieux dire :
"Je comprend que tu aie peur de sauter, moi aussi j'avais peur au début, mais on saute car il parait que la descente par les escaliers est un vrai calvaire et qu'elle prend des années. Si on saute, on y sera dans quelques secondes. Allez viens, suis moi".
Dans cette façon de faire, c'est vrai qu'on ne s'occupe guère du ressenti de l'autre, mais c'est justement ce qu'il faut faire. C'est à l'autre de s'occuper de notre ressenti, car notre ressenti est agréable et que ce sera bien plus facile pour lui de l'adopter que si on traîne pendant des années dans les méandres de sa souffrance, et de la nôtre par la même occasion.
Le chemin est d'autant plus long si on ne saute pas, que l'autre peut dire pendant la descente des escaliers : tu vois que c'est le calvaire ton truc, maintenant on est mal tous les deux, je t'ai suivi et voilà le résultat, des années pour descendre et des années pour remonter, on est coinçé au milieu, je n'aurais pas dû te suivre. Et il (elle) aura raison. Donc il remonte. On remonte avec lui. Ce n'est pas par là, il faut descendre, tu vois bien que c'est trop dur de monter. Bon d'accord. On descend....C'est trop long de descendre, on remonte.... Ferait mieux de sauter.
Il ne s'agit pas de dire "je m'en fou de toi", mais plutôt "il faut que tu t'en foute de ton ressenti qui te fait souffrir, oublie le et fonce, ça part tout seul en quelques secondes". A charge ensuite d'assurer la garantie, de garder un lien étroit et permanent, pour tordre le coup aux mauvaises interprétations qui aboutissent aux mauvais ressentis. C'est au contraire un vrai boulot. Une vrai présence, qui se fait oublier tout en étant là, c'est pas de la tarte. Mais c'est le boulot de celui qui a déjà fait le passage et qui connait le chemin le plus court, et non le boulot de celui qui essaye de retrouver dans la brume le long chemin qu'il a lui-même parcouru avec tant de souffrances.
Le plus dur au moment de sauter, c'est que l'autre va nous quitter. C'est trop haut, ça donne le vertige. C'est sûr. Il va essayer de sauver les meubles, par tous les moyens, dont celui du "chantage affectif", bien connu. Si tu ne fais pas ce que je veux, je te quitte.
Mais le polyamoureux est sûr de perdre s'il met le doigt dans l'engrenage, car s'il ne perd pas l'autre, il perdra le polyamour, et inversement. A noter que le polyamoureux ne fait pas ce chantage, car il dit, quoique tu décide, je peux rester avec toi.
Ma solution aboutit à ce que l'autre nous quitte ? Oui. Mais également à ce qu'il (elle) revienne, pour essayer. A condition d'avoir tenu bon. Le relancer, lui dire de revenir éventuellement, ou faire le mort, chacun sa technique. Mais tenir bon absolument, sinon c'est foutu.
En ce qui me concerne, j'ai mis des années à trouver le chemin, mais je m'en voudrais de dire aux autres de suivre le même. Je sais maintenant qu'il y a bien plus court, et bien moins douloureux comme chemin.
Le plus court chemin entre le mono et le poly, c'est la ligne droite.