Clementine
Quant au plein gré, qu'est-ce que c'est ? J'ai cru travailler de mon plein gré pendant des années dans une profession dont j'ai dû accepter qu'elle me révoltait, en fait. C'était long et difficile, cette prise de conscience : voir ça en face, c'était amorcer le changement, et tant que je n'étais pas en mesure de m'y mettre, pour d'autres raisons, j'ai refusé de voir que ça me rendait malade.
Siestacorta
Travailler de son plein gré. Là, on est sur le même système de pensée. On est obligé, sinon c'est la rue. Et rien que ça, ça devrait être la haine. Donc si ça l'est pas pour nous, pourquoi en fait-on un plat ensuite ?
Je suis d'accord avec vous deux, quand j'évoquais la notion de plein gré c'était en prenant en compte le fait qu'on doit tous manger et subvenir à nos besoins de base, sans renier le caractère aliénant que peut avoir le travail : chacun trouve un compromis dans ce domaine. C'était peut-être pas clair mais je faisais référence au fait que dans le monde de la prostitution beaucoup de travailleurs sont non seulement sous l'autorité d'un patron (ca c'est classique dans pas mal de boulots mais ici il n'y a pas de convention sociale qui protège les 'employés') mais sont souvent en plus l'objet d'un traffic et travaillent dans des conditions forcées, de l'exploitation en somme !
"Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), environ 4 millions de personnes sont victimes de la traite dans le monde entier, dont 500 000 pénètrent en Europe occidentale. L’industrie du sexe et la prostitution sont étroitement associées à la traite mais la prostitution existe également en dehors de celle-ci. En 1995, lors de la Conférence mondiale sur les femmes, le concept de « prostitution forcée » a été reconnu, contribuant ainsi à un abandon de la lutte contre le proxénétisme. Aujourd’hui, les chiffres sont là démontrant que le corps des femmes, des hommes et des enfants est intégré comme partie prenante du marché mondial. " (http://www.fidh.org/IMG/article_PDF/Trafic-prostitution-dans-le-monde.pdf)
Et comment faire cette distinction quand tu rentres en contact avec un prostitué ? La séparation entre réseaux de prostitution et réseau de traffic et traite d'êtres humains est souvent floue. Comment vérifier ? A mon avis il est impossible d'avoir des certitudes.
Sur la santé je pense aussi qu'il faut être responsable et s'assumer, mais voilà des précisions sur ce que j'entends en termes de risque sanitaire.
Siestacorta
Moi mon argument là c'est que si tu sais mettre une capote et respecter ton hygiène le reste du temps de ta vie sexuelle active, ben tu le fais aussi quand tu es michton...
Ben pour connaitre des proches qui ont développé des cancers (uterus, anus) et condylomes (verrues génitales) en lien avec le HPV (Human Papiloma Virus) et sachant que les préservatifs n'empèchent pas la contagion qui touche environ 70% des femmes sexuellement actives... je trouve que la question se pose !
En fait pour moi cette question se pose dans un contexte général qui concerne toutes les relations sexuelles (pas seuleument si lien avec la prostitution il y a).
La solution c'est le contrôle régulier pour se faire soigner avant qu'il ne soit trop tard, et donc cela suppose l'accès à des examens de santé et à des soins (la vaccination est aujourd'hui disponible pour les jeunes filles la première année des rapports sexuels, mais ca ne fait que baisser le % de chance de contagion, cela ne l'élimine pas)
Clementine
Et puis, je trouve quelque part suspect de se préoccuper de la santé de quelqu'un parce qu'on risque de voir la sienne affectée à travers lui ou elle.
Je suis d'accord, mais en regard de ce je disais juste avant, l'idée ce n'est pas seulement de se préoccuper de sa ptite santé perso, mais aussi de ce que tu peux refiler à la personne qui se prostitue.
Bref, ce sont ces arguments qui personnellement m'empêcheraient de passer le cap de 'consommatrice' des services de travailleurs du sexe.
