Je ne suis pas friand de déballage intime sur le net (et tant pis pour les myriades de fans qui me supplient d'ouvrir un blog racontant par le menu mon incroyable existence), mais je veux bien apporter un peu d'eau à ton moulin, et à celui de tous ceux qui se posent des questions similaires.
Parce qu'en effet, le chemin du polyamour est aussi difficile qu'extraordinaire.
Extra-ordinaire, c'est le mot clef : "hors de l'ordinaire", cette façon de vivre les relations intimes est très minoritaire. La plupart d'entre nous évoluent au milieu d'une population qui vit (et juge les autres) selon une grille de lecture monogame.
Dans mon cas, cela m'a valu beaucoup de relations mémorables et enrichissantes mais "trop courtes", à mes yeux du moins. Même si je ne considère pas la durée comme le critère majeur pour évaluer l'importance d'une relation, je dois avouer que j'ai toujours un pincement au coeur quand une relation qui participe à mon bonheur de vivre s'arrête, généralement parce que la personne en face, malgré tous ses efforts, souffre trop que je ne lui propose pas une relation exclusive monogame "ordinaire".
Beaucoup de ruptures, donc, qu'il faut savoir gérer (sa peine à soi et celle de quelqu'un que l'on aime et à qui on ne souhaite pas de souffrir).
Par ailleurs, se posent plein de petits problèmes liés à cette différence de convictions amoureuses. Risque d'embarras si l'on croise une personne en étant au bras d'une autre. Risque d'incompréhension de nos proches et amis s'ils nous voient au bras de quelqu'un de différent en deux occasions.
Pour ma part, je n'ai jamais eu de gros soucis, mais je me souviens avoir croisé des copains d'une de mes compagnes à l'aéroport (qui comme beaucoup de gens nous imaginaient monogames), alors que j'attendais une autre de mes compagnes... L'incident diplomatique a été évité de peu, et je n'étais pas très à l'aise.
Bref, le polyamoureux est souvent confondu avec le playboy immature (parce que la maturité, c'est forcément le couple qui donne naissance à une famille, semble-t-il). La polyamoureuse passe aisément pour une fille de moeurs légères, ou "un peu paumée".
À l'inverse d'une vie "dans la norme", le chemin de vie polyamoureux demande d'avoir souvent le courage de ses convictions. Impossible de se reposer sur ses laurieurs comme dans une relation classique où l'on est "casé". On est rarement "tranquille" (si c'est ce que tu cherches, tu risques la déception). La multiplication des amoureux/ses dans ta vie multiplie les problèmes potentiels, issus de la vie de chacun des individus impliqués.
Même si tout le monde est de bonne volonté, la question du temps est essentielle et délicate. Chez les polyamoureux, le vrai luxe, c'est d'avoir du temps libre à consacrer aux autres. Pas si simple...
À moins de faire des activités ensemble, le temps doit être partagé entre les uns et les autres. Cela peut créer chez certain(e)s l'impression d'être délaissé(e)s et provoquer des tensions.
Paradoxalement, je crois qu'il est souhaitable pour ceux qui s'impliquent dans un mode de vie ou une relation polyamoureuse d'être très indépendants et de bien tolérer la solitude, d'accepter sans trop de souffrances que les gens entrent et sortent de leur vie, parfois pour un temps, parfois définitivement.
Même si l'on est "sage" et intellectuellement parfaitement convaincu de ce que l'on fait, n'oublions pas que l'amour s'accompagne d'une farandoles d'émotions fortes, pas toujours maîtrisables. Ce n'est donc pas de tout repos...
Ce qui explique sans doute la tentation, pour certains, de "revenir sur le droit chemin" (la norme) en s'essayant à une relation exclusive plus classique, à laquelle ils pourront accorder un maximum de temps et d'énergie. C'est d'ailleurs ce à quoi je m'applique actuellement... avec des difficultés attendues et d'autres moins.
C.T.
Message modifié par son auteur il y a 3 ans.