Bon, alors accroche-toi Rosalie, parce que si tu me signes un chèque en blanc je vais te dire ce que je pense très franchement à chaque fois. Fais-moi signe de passer en mp si l'exploration le nécessite et pose les panneaux d'avertissement; je me connais, je suis un peu miro parfois.
[Et gaffe à ma tartine tout le monde... Ce matin, c'est le pot de miel qui s'est renversé.]
La malhonnête ce serait toi... on devient mal-honnête quand il nous semble qu'on ne pourrait pas obtenir autrement quelque chose qui nous semble important. Il est question ici d'une qualité de clarté, voire de transparence dans votre relation.
Ce que je vois plutôt c'est que le partenaire qui a le plus d'ascendant sur l'autre peut décider de ce qui est honnête et ne l'est pas. Si l'honnêteté c'était ta version de se laisser libre de ne pas demander de compte-rendu, ce serait très différent. Même cette notion morale fluctue selon les époques et les personnes. Je me sens personnellement très honnête d'informer mes hommes qu'ils ne sont pas seuls dans ma vie, voilà mon honnêteté.
Maintenant ça me fait penser à une causette qu'on avait eu ici il y a un sacré moment sur les différentes preuves d'amour / les cinq manières différentes de manifester à un partenaire qu'il a de l'importance pour nous (temps de qualité passé ensemble, petits cadeaux, écoute, toucher physique, services rendus). Si les partenaires ont les mêmes préférences, ils vont rarement se rater sur les gratifications qu'ils se prodiguent, mais aussi sur les blessures faites l'un à l'autre.
Pour transposer ça sur la problématique de l'honnêteté ,c'est quoi la définition de l'honnêteté de chacun ? Moi de prime abord je vois plusieurs facettes, modulables, ne s'excluant pas forcément : tout se dire (transparence) / informer des changements majeurs (clarté) / garder son jardin hermétiquement clos (quant-à-soi) / loyauté / . Y'en a sûrement d'autres.
J'aime bien aussi celle-là, d'Aristote, qui se rattache à la sincérité :
le « véritable caractère [de tout homme] se révèle dans le langage, les actes et la façon de vivre, toutes les fois qu’il n’agit pas en vue d’une fin ». C'est-à-dire « qui reconnaît l’existence de ses qualités propres, sans y rien ajouter ni retrancher. » D'où je développe, en pure utopie, la position de dire ce qu'on pense/ ce qui se passe, quelle que soit la situation, en évitant le calcul des retombées de ce qu'on dirait, ou un truc du genre. Tout en se tenant prêt à les affronter, quand même.
Mais j'adhère pas trop à celle de Kant, pour qui la sincérité est un impératif. Il récuse tout droit au mensonge, ce que je trouve très rigide : il y a des vérités qu'il faut trouver comment dire, plus que de se maintenir dans la zone d'éclairage maximum (aveuglant!). Le respect du partenaire passe aussi par le dosage de la vérité. Dont la définition varie beaucoup suivant qui, suivant où : une valeur ? une vertu ? une nécessité ? un bidon de TNT ? ce que le partenaire peut recevoir par dose ?
Ce qui reste c'est l'occasion de se blesser - et aussi de le faire passivement , par défaut. Il y a des libertés plus faciles à concéder que d'autres; la vraie, quelque part...c'est de laisser décider le partenaire de ce qui est important pour lui en termes de liberté. La tienne remet plus en question ton mari que le contraire, on dirait. Et faire un cadeau à quelqu'un en exigeant qu'il nous rende la pareille, j'appelle ça un "calcul en vue d'attachement". Le risque, c'est de se ligoter dans des faux-semblants.
Une entente, ça se renégocie, ce n'est pas figé, certaines clauses doivent bouger pour que l'essentiel reste en place : la relation. Si un jour un des deux se retrouvait gravement handicapé, serait-ce un motif de séparation ? Probablement pas; et l'on me dirait sûrement que c'est parce que ce n'est pas de la faute de la personne... Et là, je pars en dérive sur la notion de responsabilité : par ce qu'on est à l'origine d'un changement, on en est coupable, ou du moins, moins pardonnable ? Bref, je laisse cette branche-là de réflexion un peu au repos, c'est pas mûr.
Demander qu'il ne cherche pas à savoir, ce n'est pas exiger qu'il te rende la pareille sur un droit, un ressenti et une compréhension intimes. C'est juste faire respecter quelque chose que tu trouves trop intime pour être mis sur la table.
Il y a mille manières de faire ce qu'on veut chacun de son côté; et la baboune que ton mari te fait en parlant donne bien la couleur d'une menace qui pèserait sur la relation, et qui se paie le luxe de ne pas avoir à être dit clairement, tellement tu captes la pensée et le fonctionnement de ton homme. [Ca me fait penser à Lino Ventura quand il dit "Je finis mon café" et accompagne ça d'un regard qui fait ratatiner les roubignolles du camionneur fort en gueule qu'il gêne avec sa voiture mal parquée... ]
De fait, la "façon commune de voir les choses", plus qu'une entente cordiale sur des choses positives, c'est souvent tout ce qui se passe sans trop de mal jusqu'à un certain rubicon (qui n'a souvent pas besoin d'être dit - un regard, une attitude désigne la limite...) au-delà de laquelle une histoire sentimentale n'est plus garantie. Plus garantie, certes, mais reste négociable. Une bonne négociation, c'est celle dont tout le monde sort gagnant ! Car celui qui perd s'arrangera pour le faire payer.
Est perdant pour moi, ici, celui qui n'ose même plus engager la conversation, à force de "capter" le rubicon d'autrui. Ah, la puissance du non-verbal... Le partenaire qui a le plus d'ascendant sur l'autre, on peut le voir comme fort… ou comme fragile, c’est-à-dire soit intimidant, soit suscitant le désir de le protéger.
Ceci dit, puisqu'aucune relation de ton côté ne met en danger votre couple, il semble que ce soit un moment privilégié pour déblayer le terrain, et examiner avec précaution ce que ça ferait bouger. Y'a des séismes parfois... mais c'est bien plus rare que les aménagements de territoire. Dans les endroits du globe où les tremblements de terre sont légion, l'architecture cherche non pas à faire du solide, mais du souple : ça pète pas, ça... bouge.