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D'une tragique nécessité d'être fertile...

Famille
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Albaboun

le vendredi 09 décembre 2016 à 06h33

Bonjour toutes et tous, bienvenu sur un fil peut-être un peu atypique...

Je me lance à ouvrir cette discussion devant l'envie/besoin de discuter d'une profonde source de douleur et solitude qui m'habite. Je n'ai jamais voulu, ne veux pas et n'imagine pas vraiment vouloir un jour avoir d'enfant ou fonder une famille... C'est ainsi. Mon parcours d'éduc et mes rapports avec mon neveux ou d'autres enfants proches laissent voir que ce n'est pas avec les enfants, ni avec l'éducation, que se situe ma distance. C'est l'impérieuse nécessité de transmettre ses gènes et perpétuer l'espèce qui me pose problème.

Je pourrais faire le tours des arguments politico-sociétaux qui justifient à mon sens la relativité de cette nécessité, mais ce serait injuste et décalé de la réalité. Je ne me crois pas assez stable, ni assez équilibré, pour accepter qu'un petit être humain dépende fortement de moi. Je ne reproche pas à celles et ceux qui construisent un cadre de vie satisfaisant pour élever leurs enfants de le faire, mais je ne m'en sens pas capable.

Ceci étant dit (et pouvant être abordé si vous le souhaitez), je vis et revis successivement la même situation. Si j'ai parfois eu une relation avec différence d'age, la grande majorité de mes relations amoureuses se construisent avec un age proche (en fait, j'ai eu une dizaine de relations amoureuse au total, ce qui ne permet pas de faire des généralités...). J'ai donc maintenant plusieurs fois tissé de forts liens amoureux avec une femme ayant entre 30 et 40 ans. Celles ci avaient le très légitime et respectable désir d'enfanter. Mais n'étant pas celui avec qui elles pourraient vivre cette part de leur vie, notre relation s'est à chaque fois terminée douloureusement.

Je comprends que le moment de fonder une famille corresponde souvent avec une phase ou un besoin de couple fidèle et exclusif, enfin plutôt que de vraiment comprendre, je le conçois. Mais la conséquence indirecte pour moi est de vivre, après des mois ou des années de relation amoureuse et de sentiments forts, une mise à distance souvent radicale qui m'est très douloureuse.

Se trouve t'il parmi vous des personnes ayant des parcours ou des vécus communs, avec qui échanger sur nos ressentis? L'existence de relations fortes et durables sorties du cadre "famille" a t'elle été vécue par des trentenaires?

Merci pour votre lecture, ainsi que pour vos réactions, le cas échéant. Bonne continuation à tou-te-s

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Lili-Lutine

le vendredi 09 décembre 2016 à 15h51

Je n’ai plus 30 ans depuis longtemps :-D , mais j’ai envie de témoigner d’un bout de ma vie ici qui a fortement résonné à la lecture de ton post Albaboun.

Une de mes relations (bien plus jeune que moi, mais plus prés des 40 ans quand même, donc ça ne devrait pas être trop hors sujet :-) ) a rencontré une autre personne, 3 mois après m’avoir rencontrée. Celle-ci a accepté ma présence, bien qu’elle ne soit pas poly et qu’elle ait exprimé explicitement et rapidement qu’elle n’avait nullement envie de le vivre elle de son coté.
Puis plus tard ils ont eu un désir d’enfant (leur premier enfant à tous les deux)
Plusieurs mois après, cet enfant fût conçu.
Pendant la grossesse, ma relation avec lui, avec elle, avec eux deux, n’a plus pu plus se vivre comme avant; pourtant j’aurai tant aimé le vivre à leurs cotés.
J’ai donc commencé sur cette période à essayer d’être plus discrète, tout en nourrissant le lien, me disant que « c’est normal », que cela va de soi ... Et j’y arrivais assez bien, je crois.
La relation fut donc distendue tout ce temps, comme quelque chose que je ne pouvais plus partager avec lui, et encore moins avec elle.
La naissance fut une joie pour moi, les premiers mois aussi, nous pouvions nous revoir, des petits moments volés par ci par là ... mais la relation n’était plus la même, sa compagne ne savait pas toujours que je le revoyais.... mais je ne pouvais plus le voir comme avant, ni le contacter, uniquement Messenger comme passerelle entre nous deux.
Plus de nuit ni de we, ni plus aucun projet possible ensemble.

J’ai essayé d’apprendre à vivre cette situation, en me persuadant que nos 3 belles années de relation pouvaient suffire à fortifier mes patiences et à apaiser ma tristesse de ne plus partager avec lui tout ce qui avait construit et nourri notre relation...

Cette année, bien avant cet été, le lendemain de la dernière fois où je l’ai revu seul, j’ai déjeuné avec eux deux et j’ai réalisé alors combien elle n’était pas a l’aise en ma présence ; j’ai senti sa souffrance et ses regards qui me questionnaient avec beaucoup d’amour pour lui... je me suis alors vraiment sentie « de trop » dans leur relation actuelle, dans cette vie avec ce bébé, et j’ai donc mesuré ses incompréhensions dans son regard à elle.
Nos regards à ce moment furent si forts, si intenses, que j’ai su que je ne pouvais plus continuer à le vivre avec lui, sans elle. Aucun mot entre nous pourtant, pour l’exprimer, juste nos regards... c’était tellement fort et puissant que j’en fus comme transpercée par autant de tristesse et de son acceptation palpable et douloureuse de cette situation par amour pour lui, ou pour ne pas le perdre
J’avais envie de la prendre dans mes bras au travers de la table pour la soutenir, lui dire que je la comprenais et que j’acceptais de m’éloigner d’eux.

Je n’arrive pas à vivre ce genre de relation si je sais qu’une des parties en souffre ... c’est comme si on « me tolérait » uniquement par amour pour celui avec lequel se construit une famille.
Je le voudrais bien pourtant, et j’ai essayé souvent, avec force, courage, amour et bienveillance, mais je n’y arrive toujours pas bien.

Elle est dans mon cœur tout autant que lui et leur enfant. Quand je pense à lui, je pense aussi bien à elle qu’à leur enfant.

Ma vie de poly n’est viable je crois, que si tout le monde est en chemin avec moi pour au moins construire de la joie, de la tranquillité, des moments de plaisir.
Je sais et je comprends bien que nos vies sont fluctuantes, mouvantes et en équilibre, mais je ne peux oublier ce qu’elle vit dans ma relation avec lui ...
Je sais bien aussi que mon chemin de vie sera parfois semé d’embûches, que souvent je me cognerai à mes limites ou à mes incompréhensions, comme à celles aussi de mes relations.
Le plus souvent, je traverse pourtant tout cela assez facilement, je suis entourée par de belles personnes qui savent accueillir mes questions et mes doutes, et j’avance donc doucement et avec confiance.

Aujourd’hui, ma relation avec lui est en pause depuis plusieurs mois, le lien Messenger est devenu plus rare mais il est toujours là pour me rappeler que ce lien n’est pas cassé.
Parfois, quand je vais dans la ville où il habite j’ai une terrible envie de me retrouver contre sa peau, ou même juste de boire un café avec lui, mais c’est compliqué... J’ai perdu la spontanéité de nos rencontres ... J’hésite et doute sur ma capacité à pouvoir vivre une relation secrète avec lui sans qu’elle le sache.

Alors, depuis, je l’attends, comme je les attends... j’attends qu’un espace s’ouvre plus tard pour nos retrouvailles, avec lui et avec elle, en confiance et avec tendresse.

Cela ne se peut autrement pour l’instant pour moi, le temps est certainement un allié précieux pour nous retrouver.

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Albaboun

le samedi 10 décembre 2016 à 01h14

Merci pour tes mots et ton témoignage Lili... Ton récit est très à propos, ce qui ne me surprends pas de toi, d'ailleurs! :-)

En fait, dans mon cas, je crois que j'ai tellement gravé dans le marbre que ce scénario est inévitable que je participe désormais à le reproduire. Devant une situation équivalente, j'ai tout d'abord refusé toute relation ou sexualité durant près de dix ans. Depuis un peu plus de 4 ans, j'ai recommencé à accepter les sentiments, l'intimité, etc. La première tentative s'est teintée au fil des mois d'une présence constante chez ma partenaire d'un espoir que je change... Un désir et une attente de couple et d'enfant, devant lesquels j'étais impuissant. La relation s'est terminée dans la douleur et la tristesse partagée.

Mais depuis, lors de ma dernière relation, je crois que ma partenaire n'a jamais fait peser sur moi un besoin ou une attente à laquelle je ne pouvais pas répondre. Les choses étaient claires sur ce qui n'existerait pas dans notre relation. Je n'ai pas la sensation que ma partenaire ait voulu que je change, mais elle acceptais je crois de me prendre comme je suis.

C'est moi qui ait agit de façon nuisible à notre lien, je crois. J'avais intégré la certitude que son désir de famille et d'enfant la séparerait de moi. J'ai vécu notre relation comme "en sursis" durant des mois. J'étais parallèlement déprimé pour d'autres raisons, mais j'ai été distant avec elle durant tout ce temps. Chaque fois qu'elle se rapprochais de moi, c'est comme si j'avais fuis par peur de ce qu'elle ne trouverait pas chez moi. Je me suis fermé à elle, tout ce temps, dans cette peur qu'elle aussi me quitte, au moment ou elle trouverait le cadre familial qu'elle désirait. Je crois que je l'ai fait souffrir, par ma distance et mon replis. Je lui ait fait supporter mes peurs et mes douleurs, alors qu'elle n'en était pas responsable.

Au final, a force de replis et de distance, ne lui laissant plus percevoir mon amour, elle n'a pu que douter des liens qui nous unissaient. Lorsqu'elle à trouvée une autre relation, elle s'est fermée à la notre pour se consacrer à ce nouveau lien. Je crois que je ne peux pas le lui reprocher, j'ai fait tout ce qu'il fallait pour déclencher cette situation.

J'aime l'idée de laisser les choses se présenter comme elles arrivent... L'idée qu'il ne faut pas préjuger de quand et comment peut se construire une relation. Mais aujourd'hui, a force de souffrir et de faire souffrir, je me demande à nouveau si les années sans amour et sans sexe que j'ai vécu par le passé n'était pas plus simple, moins dures. Je ne veux pas voir naître de lien tant que je suis aussi perdu, mais même par la suite, je n'arrive pas à imaginer être ouvert à l'inconnu. Mon imaginaire construit la "licorne" qui correspondrait à tout ce qui définit ce que je peux vivre et qui diffère des relations "normales"... En sachant pertinemment qu'une telle "créature" est une chimère, qu'il est totalement impossible de rencontrer dès lors qu'on la cherche.

Je vais peut-être inventer un concept... Le poly-aromantime-asexuel... Pas con! :-)

Message modifié par son auteur il y a 7 mois.

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MoE

le dimanche 11 décembre 2016 à 18h13

Je vais témoigner d'un cas totalement différent, mais qui résonne par rapport à ta souffrance de ne pas trouver ta licorne. Il s'agit d'une personne qui a contracté le Sida, qui a cru que sa vie amoureuse serait finie, voire sa vie tout court. Puis un amour flamboyant est arrivé, avec en même temps l'annonce que le traitement permettait d'avoir à nouveau des rapports non protégés sans risque d'infection pour le partenaire. Mais l'amour flamboyant a fait long feu puisque le partenaire n'a pas supporté l'idée des rapports non protégés. Dépression et idées de suicides, certitude de ne pas retrouver de partenaires... Et pourtant, la personne a retrouvé la perle rare quelque temps après. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.

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Iniopera

le mercredi 14 décembre 2016 à 13h00

Bonjour,
Je suis passé par tous tes doutes sur le fait d'être papa et je comprends tout à fait les 10000 raisons de ne pas vouloir un enfant à cause du monde actuel, à cause de l'image de soi qu'on se reflète et de son vécu perso. Je n'en voulais pas aussi, mais ma copine qui approchait les 40 ans (moi j'en avais 33) en voulait un absolument. J'ai énormément culpabilisé de lui pourrir la vie si je continuais à refuser d'en avoir. Ma famille me faisait culpabiliser aussi, me faisant passer pour un égoïste etc.
La pression était devenue totale et forte. Sur des années. J'ai cédé, enfin on m'a un peu aidé à céder.
J'ai très mal vécu la grossesse.
J'en ai beaucoup voulu à ma copine de m'avoir autant mis la pression.
J'ai été voir un psy car j'étais en dépression.
Et puis mon garçon est arrivé.
Et d'un coup la pression est retombée. Il ne faut pas oublier la force du quotidien, quand on doit s'occuper d'un bébé qui est le nôtre, on le fait, même si on en avait pas envie, même si y'a la fatigue, on est un peu en mode automatique et en fait, ben ça aide vachement!
Bref c'était que de l'horreur avant, la paternité n'a été que du bonheur après, à mon très grand étonnement. Et puis surtout le sentiment de l'amour inconditionnel c'est cool et très reposant pour qui l'amour est toujours un peu compliqué car anormal.
On crée aussi d'autres liens avec la maman, ça fait partie des choses cools aussi.
C'est mon expérience, elle n'est évidemment pas généralisable, mais c'est je pense un exemple d'une grande découverte positive en partant d'une situation pourrie.

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Albaboun

le jeudi 15 décembre 2016 à 18h10

Merci pour ces réactions... (+)

Je crois effectivement que chaque situation est différente. C'est cependant toujours constructif, à mon sens, de partager échanger sur les vécus des un-e-s et des autres. C'est en tout cas ce que je cherche ici! :-)

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Blakvomjo (invité)

le jeudi 15 décembre 2016 à 23h00

En fait, c'est un problème qui peut être aussi vu positivement quand on l'observe de l'autre côté : la non-exclusivité peut permettre de devenir parent tout en permettant de ne pas imposer de parentalité à un·e partenaire qui n'en voudrait pas.

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Albaboun

le vendredi 16 décembre 2016 à 00h18

Oui, c'est tout a fait possible!... Mais je n'ai pas d'exemple que je connaisse. Ce que j'aimerais assurément! :-)

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