Je ne sais pas si l'analyse est juste, mais l'analyse a le mérite d'être là et ce n'est pas rien. Je pense que tu es le premier, clown.et.lapin, à dégager une photo d'ensemble de l'activité du site.
1) Le polyamour version anglo-saxonne à tendance communautaire, je n'ai guère eu l'occasion de l'identifier sur le site, exception faite lorsqu'il s'agissait de dynamique de développement personnel, mais je doute de la validité du lien que je fais entre les deux.
- Dans quel sens faut-il entendre cette tendance communautaire ? Le sens de communauté à un tout autre sens dans la pensée anglo-saxonne que dans la pensée continentale ou, probablement simplement française. Le sens de communauté en langue française est le plus souvent connoté dans le sens de communauté de biens : fr.wikipedia.org/wiki/Communaut%C3%A9 - alors que chez les anglo-saxons, il s'agit davantage de communauté de sens.
Dans la langue française, le terme "communauté" évoque spontanément les communautés religieuses alors que, chez les anglo-saxons, il s'agira davantage de communautés Gay et Lesbiennes, Afro-Américaine, Latino-Américaine, Européano-Américaine, quartier d'artistes, quartier d'affaires, etc. Le sens de communauté chez les anglo-saxons renvoie, non à l'idée de biens en commun - style "Tout est à tout le monde et tout le monde est tout le monde" comme chez Aristophane, caricature millésimée du polyamour - mais d'identité collective, avec toutes les identités individuelles qui la sous-tendent. "The L World" - www.monblog.ch/Shimux/?p=200902121319313 - est une série communautaire au sens anglo-saxon.
L'idée même de diversité culturelle fait partie de l'idée de communauté dans un sens inclusif et non exclusif alors que l'idée continentale de communauté repose le plus souvent sur une appartenance exclusive à une seule communauté. Chez les anglo-saxons, une personne peut faire partie de plusieurs communauté, il y a sa communauté raciale, la communauté du monde professionnel ou relationnel, linguistique, idéologique ou philosophique et ces communautés s'identifient le plus souvent par quartier, par lieu de rassemblements formels ou informels.
Somme toute, l'idée de communauté des anglo-saxons, l'idée de communauté de sens fondée sur l'idée d'itentité n'est pas loin du sens d'identité culturelle. Sauf qu'ici, le sens de la culture s'entend davantage au sens de communauté d'usage, de faits et coutumes, des personnes qui composent cette communauté, soit un sens sociologique et anthropologique qu'en un sens esthétique et artistique. Qui sait si un jour, il n'y aura pas un "téléphone poly" comme il y a un "téléphone gay & lesbien" ? Le sens de communauté est ici beaucoup plus informel que dans le sens continental qui repose le plus souvent sur une forme légale, ce qui n'empêche pas des formes d'expression légale chez les anglo-saxons.
Dans quelle mesure les polyamori issus de la tendance anglo-saxonne se reconnaisse dans cette pensée communautarienne, je l'ignore tout comme j'ignore si cela permet d'éclaircir des malentendus. (Je laisse le hug et les questions de développement personnel de côté.)
2) En tous cas, par rapport aux amours plurielles du continent, il n'y a finalement pas beaucoup de différence si vous regardez une série telle que "The L World" - www.monblog.ch/Shimux/?p=200902121319313 La seule différence repose sur le fait d'une identité commune, un processus de reconnaissance d'une identité commune en cours pour le polyamour et déjà abouti pour la communauté gay et lesbienne. L'effet communauté n'empêche nullement les individus de continuer à mener une vie personnelle ordinaire, au contraire.
Comme il y a des quartiers afro, latino, orientaux, gay et lesbien, s'il y a réellement lieu d'un processus de reconnaissance d'une identité commune d'une ampleur conséquente, il faut s'attendre à l'émergence de quartiers et lieux de rencontre poly. Pour le reste, cela ne change guère la manière dont se vivent les relations, sinon que cela leur permet de sortir de leur isolement disparate en prenant la dimension collective d'une communauté de sens, le plus souvent localisée par quelques centres névralgiques.
Autre exemple de vie communautaire surprenant, "Le Harvard des Loosers" - www.planetpositive.org/v3/index.php?option=com_con... - montre comme une population marginale - ex-taulards, toxicomanes, etc., prend finalement la forme d'une communauté locale de 1500 pensionnaires et 5 sites différents aux Etats-Unis.
3) Pour le libertinage, je reverrais la formulation. De fait, les rendez-vous polyamoureux n'ont pas grand chose avoir avec les rencontres libertines dès lors qu'il s'agit davantage d'échanger et d'une reconnaisses entre paires, que de vivre et pratiquer sa sexualité en dehors du cadre du couple. Reste que certaines questions qui sous-tendent les pratiques libertines sont fort proches des questions du polyamour. "Liaison pornographique" de Frédéric Fonteyne & Philippe Blasband - www.cadrage.net/films/liaisonpornographique/unelia... - indique autant les limites du libertinage que l'ouverture du libertinage par rapport à certains questionnements qui sous-tendent le polyamour.
L'un et l'autre ne se confondent pas, mais occupent un territoire commun, l'idée d'une absence d'exclusivité érotique, à cette différence que cette absence d'exclusivité repose en théorie sur l'exclusion des sentiments, en théorie... vu de loin.
Quelques blogs de libertins m'ont convaincu que, vu d'un peu plus près, ces libertins sont loin d'être de grands insensibles et le contraire m'aurait étonné. Il y a sur les meilleurs blogs, une forte sensibilité esthétique où la distance caractéristique de l'esthétique semble jouer un rôle de distanciation par rapport aux sentiment que tente de désamorcer le polyamour : jalousie, possessivité, etc. De fait, la position esthétique consiste à apprécier sans vouloir... ce qui me donne l'impression qu'un certain libertinage adopte la démarche inverse du polyamour : du corps à l'esprit plutôt que de l'esprit au corps. C'est ce qui vaut d'ailleurs à Françoise Simpère d'être considérée comme libertine sur WikiPédia dès lors qu'elle qu'elle est capable d'aller dans les deux sens. Pourtant sa démarche ne part pas initialement d'une expérience libertine, mais bien plus d'une pensée plurielle des amours qui, dans son récit de vie, peut donner l'impression de voir le jour sous une forme libertine...
... mais comme elle passe à l'occasion ici, j'éviterai à chacun une lecture fastidieuse de ce qu'elle exprimera mieux elle-même. Soit écrit en passant, j'ai découvert quelques uns des blogs libertins cités ci-dessus parmi les lecteurs de son blog. Donc, Françoise, quelles sont selon toi, les limites et ouvertures entre "lutinage" et libertinage ?! ? Des lecteurs à faire intervenir ?