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Famille et sentiment amoureux

Famille
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JL (invité)

le jeudi 17 décembre 2015 à 03h29

Bonjour,

Je ne sais pas si je suis véritablement concerné par le polyamour, en tout cas mon histoire a commencé avec la sensation d’aimer deux femmes, l’une ma compagne depuis 11 ans avec qui nous avons 2 enfants, l’autre de qui je me suis laissé délicieusement tombé amoureux il y a 5 mois. Depuis ma rencontre avec F ma compagne je n’avais jamais été attiré par une femme. Clairement cette rencontre est venue pour moi dans un moment de crise intense, personnelle, mais aussi avec ma compagne. Je lui ai rapidement dit ce qu’il se passait, et à partir de là ça a été beaucoup plus dur, beaucoup de culpabilité de ma part. Par ailleurs mon amoureuse M était très passionnée, réagissait très mal au principe du polyamour, sur lequel je ne variais pas ; ce qui était d’autant plus insécurisant pour ma compagne, même si je l’ai toujours rassurée sur mes intentions et sentiments.

Je me suis trouvé déchiré entre deux demandes d’exclusivité ; incapable de répondre à M j’ai du rompre avec elle. Pour finalement revenir vers elle, il y a quelques semaines. Nous restons très distants et prudents, de peur de revivre de ce qui s’est passé, le manque intense, la rupture, mais je sens que mes sentiments sont intacts pour elles. Entre temps, après cette rupture avec M, les relations avec F se sont encore dégradées. Mais envisager concrètement une séparation me met dans une peur panique, pour moi c’est important de rester ensemble pour les enfants, et les moments où nous sommes le plus distants, ce sont aussi des moments où mon désir pour M me quitte, tant je suis triste.

J’ai l’impression de m’être enfermé dans cette situation impossible. Bien qu’ayant été honnête avec elle j’ai blessé F qui s’est senti d’autant plus trahie que M était une amie à elle. J’ai manqué de lucidité dès le début, aussi concernant M, dans son besoin d’avoir quelqu’un, et pas simplement d’une relation parmi d’autres. Les conceptions de l’amour et du couple divergent. Je pense que mon besoin est de ne pas briser ma famille pour me sentir bien et vivre cette passion qui me rend heureux, ces moments avec M passés, qui nous laissent un goût de pas fini, qui me rendent heureux. Je lutte maintenant pour ne pas dégrader mon couple, ces tensions me rendant particulièrement pénible le constat que M me manque de plus en plus. Ce dilemme est une torture – tant il me semble impossible de ne blesser personne, moi y compris, et je ne suis pas sûr de vouloir et pouvoir me faire passer avant le reste. Comment avoir la patience de rassurer. Le problème est que si ma relation avec M a été et est régénérant pour moi dans ma vie quotidienne, cette énergie retombe rapidement puisque mes partenaires conservent une vision du couple classique, un seul amour, et des enfants autour.

J’aimerais simplement que l’amour redevienne quelque chose de léger, vivant, une pure énergie, mais je constate que les formes sociales possibles pour l’amour sont extrêmement contraignantes et limitées, du moins pour moi. J’en retire une énorme frustration. Et en même temps je reconnais que la sécurité affective du couple classique, dont j’ai bénéficié et dont je vois bien encore que j’en ai grand besoin, est un élément assez déterminant de nos existences à tous. Pour moi du moins, la dimension sensuelle de la relation se voit assez rapidement greffée d’autres enjeux, existentiels, qui font de la relation amoureuse, du couple, une sorte de pré-condition aux autres moments et activités de la vie quotidienne.

Bien que je n’arrive pas véritablement à me mettre à la place de ma compagne, je suis triste de ne pas répondre à ses attentes, de l’avoir déçu. Je pense toutefois que ce n’est pas fini ; car c’est notamment au travers de nos enfants que je sens un lien toujours fort, et que des moments heureux en famille sont toujours possibles. Je me retrouve donc dans un dilemme assez affreux car dans ma vision conserver cette vie de famille a été, est encore, antinomique avec le fait d’être amoureux de quelqu’un d’autre. D’ailleurs est-ce ma vision ou celle de ma compagne, cela me semble difficile à voir, je pense que c’est une vision commune dérivant d’une vie commune, d’un principe que pourtant je remets en cause, sans l’avoir anticipé. Mon idéal serait presque inverse de la norme actuelle, c'est la conception du mariage de Bertrand Russell : le couple est là pour élever des enfants, il n'est pas fondé sur le sentiment amoureux exclusif, ni d'ailleurs sur le sentiment amoureux. Cependant, ça aurait été bien d'y penser avant.

Merci d’avoir lu !

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Strega

le jeudi 17 décembre 2015 à 12h01

Bonjour JL,

Tu sembles avoir une analyse très juste de ta situation, avec une bonne distance, même si je vois beaucoup de souffrances dans vos situations actuelles respectives, dont tu es le pivot.

Je ne crois pas que quelqu'un ici va te dire que le polyamour est la solution pour un couple en crise...
Si cette solution semble te convenir, ce n'en est pas une pour ta compagne ni ton amoureuse visiblement. Ne pas briser ta famille et vivre ta relation avec M c'est ton désir actuel, mais la réalité c'est que M désire l'exclusivité et ta compagne aussi.

A te lire j'ai l'impression que ton seul lien avec ta compagne ce sont tes enfants, votre famille. Qu'aimes-tu chez elle en dehors de ça ? Qu'est-ce qui t'a attiré chez elle avant ça ? Peut-être que la solution serait de vous reconnecter avec ce qui vous a uni à la base. Je pense que tu ne pourras pas ouvrir ton couple tant qu'il sera en crise.
Il m'apparaît que tu n'as pas 36 solutions : soit tu tentes de colmater les brèches de ton couple, ce qui passera certainement par une période d'exclusivité, soit tu arrêtes. Pour moi rester pour les enfants, quitte à être tous les deux malheureux, n'est pas une position viable, sauf provisoirement, si les liens du couple, hors famille, peuvent être réactivés et permettent de surmonter la crise.

Je ne sais pas si ce que je te dis là t'aidera beaucoup, j'espère que d'autres passeront par ici avec plus de billes...

Bon courage en tout cas !

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JL (invité)

le mardi 22 décembre 2015 à 12h44

Merci pour votre réponse. Il faudrait donner plus de détails pour répondre et poursuivre la réflexion, mais ça me gêne de le faire ici. Je vais malheureusement rester un peu vague et générale, ce qui n'est peut-être pas très approprié.

Les enfants sont dans notre cas très présents et très importants, y compris pour M qui en a aussi. Reconstituer une parentalité dans des foyers séparés me semble une montagne. Il y a déjà de l’hostilité qui apparaît de la part des enfants, qui s’imaginent des choses, reprennent à leur compte une vision exclusive du couple amoureux.

Nous avons mis si longtemps avec F à être en accord sur un style d’éducation (ce qui a beaucoup de conséquence pratique sur nos vies). Pourquoi renoncer à cela maintenant ? Revenir au passé amoureux qui a existé avant les enfants me semble moins important qu’accepter que le couple a changé, qu’il traverse une épreuve et doit se transformer pour rester vivant. Ce qui est en ce moment très très difficile.

Je doute de cette logique qui veut que, quand les adultes ne sont plus amoureux, alors ils réorganisent la vie quotidienne des enfants pour fonder des nouvelles maisonnées séparées. J'entends souvent cet argument que, pour le bien des enfants, il vaut mieux se séparer. Cela me paraît très discutable, sauf cas de violence et de conflits quotidiens dans le foyer. En l'occurrence le problème serait plutôt que le fait d'aimer une autre femme constituerait une raison suffisante à elle seule pour fonder un nouveau foyer, recomposer les foyers existant pour assurer, finalement le confort amoureux (mono) des adultes. Cela me semble tellement bizarre.

Pour moi en fait la situation devient assez simple (ce qui ne veut pas dire paisible). Soit on va vers une forme d’imagination morale, hors du conformisme social. Soit ce n’est pas le cas, par incapacité à reconnaître ses propres besoin, pas manque de confiance en soi.

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Tcheloviekskinoapparatom

le mardi 22 décembre 2015 à 15h28

JL
Soit on va vers une forme d’imagination morale, hors du conformisme social. Soit ce n’est pas le cas, par incapacité à reconnaître ses propres besoin, pas manque de confiance en soi.

Beau résumé de la démarche qui anime les participant-es à ce forum ! L'"imagination morale", j'aime beaucoup.

Comme tu le dis "ça aurait été bien d'y penser avant", mais d'un autre côté, il n'y a pas de quoi avoir des regrets : ça aurait été bien, mais on n'y a pas pensé, et c'est parce que tu te retrouves dans ta situation actuelle que tu y penses. On vit, on apprend de la vie. On s'engage, et puis on voit.

L'important est ce qui se passe maintenant, et pas juste maintenant. Même si toi, F et M vous trouvez au milieu d'une tourmente, il faut garder son sang-froid, et considérer que le temps peut permettre à chacun-e de trouver sa place, pourvu qu'on (re)mette en place les conditions d'une confiance d'un dialogue, et aussi d'une clairvoyance en soi pour chacun-e. Et pour cela vous avez le temps ! 5 mois ce n'est, pour des relations qui ont vocation à durer, pour une relation qui n'a pas encore vraiment pu s'épanouir, pas grand chose. C'est à l'échelle d'années qu'il faut sans doute penser, en veillant à ne pas tomber dans une routine mensongère, mais sans non plus chercher à faire le forcing, au risque de briser ce qui n'a pas besoin de l'être.

Sans rentrer nécessairement dans beaucoup de détails, tu peux peut-être nous dire si la communication entre toi et F est de bonne qualité ? C'est un élément absolument fondamental : êtes-vous capable de vous écouter, de prendre en compte les sentiments et les idées de l'autre, d'éviter de laisser les émotions vous submerger quand c'est de raisonnement qu'il est besoin ? Restez-vous toujours bienveillant l'un envers l'autre, et si ce n'est pas toujours le cas, êtes vous prêts à le reconnaître sans en concevoir de culpabilité paralysante ou de reproches insurmontables ?

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