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De la culture du viol à la culture du consentement

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Siestacorta

le dimanche 17 novembre 2013 à 01h59

Je ne crois pas qu'on doive tant d'honnêteté intellectuelle en réponse à l'article de Causette.
Ce qui lui est reproché, c'est les blagues : celles qui insistent sur l'origine étrangère des prostituées, celle qui dit qu'on peut remplacer la pute par une pastèque (tant qu'à transformer une personne en chose parce qu'il y a de l'argent, on va jusqu'au bout de l'idée), l'autre "quitte à se taper une fille qui n’en a pas envie, autant la violer, c’est moins cher",

Voilà.
Oh, bien sûr, "on déconne", hein.
Ca se prend pas au premier degré, évidemment. MAIS, mais, comme dans la tête d'un abolitionniste, prostitution et viol, c'est la rémunération qui fait la différence, le second degré semble pas si ironique.
Et puis, une blague sur le viol, ça valait tellement le coup de la faire, ça montre vachement de compréhension.

Enfin, pour ce qui est du contexte, de rappeler que Causette a un contenu souvent émancipateur, faut aussi bien lire le post scriptum de l'article, signé "la Rédaction", qui dit que la majorité de la rédaction était opposée à la publication de l'article.
Voilà.

Donc, une fois le niveau d'honnêteté intellectuelle précisé, on pourra rire avec cette réponse satirique, publiée chez Morgane Merteuil :

"Chère rédaction de Causette,

Merci pour ce dossier prostitution.

Moi aussi, je hais les putes. Elles me répugnent. Je me suis toujours senti un peu seul a penser ça mais votre article et d'autres récentes campagnes abolitionistes me font réaliser que mes compatriotes sont enfin d'accord avec moi.

Je pense comme vous que les putes ne sont pas êtres humains. L’idée qu'elles se reproduisent me fait vomir. Comme vous le suggérez dans votre article, on devrait les stériliser. Surtout les étrangères.

Vous avez raison de bien noter qu'une passe et un viol, c est la même chose. J’espère que votre message sera entendu de plus grand nombre de ces messieurs auxquels votre article est dédié. Qu'ils cessent de payer ces putes, qu'ils les violent tout simplement. C'est la même chose. Il fallait bien un magazine féministe pour établir au grand jour ce que les flics savent déjà depuis longtemps - violer une pute devrait être un droit commun inaliénable.

Dommage que vous ne fassiez qu'une seule blague sur les putes trans*. Elles méritent bien d’être parmi les premières victimes de meurtres et de violences a travers le monde. ( 1 123 personnes trans*, la majorité putes, assassinées dans les 5 dernières années) Pouvez vous imaginer tous ces monstres de foires venus de Brésil ou Algérie, traverser nos frontières pour vendre leurs culs sur nos trottoirs? Heureusement que votre magazine met la lumière ( de manière tellement drôle !!!) sur ces monstres. Quoi de plus in-humain qu'une pute? une pute avec une bite!! HAHAHAHA. Je m'abonne immédiatement a votre magazine!

Si vous embauchez ( je sens que votre lectorat va quadrupler après un dossier si drôle, si proches des sentiments bleu-marine du peuple) je vous proposerai bien une campagne d 'affiche. Imaginez sur tout les abris de bus des posters couleurs avec en gros votre slogan " pourquoi payez une pute quand vous pouvez juste violer une fille?" Peut être Osez le Féminisme peut vous aider financièrement? Et puis, ne soyez pas de fausses-modestes - enlevez le " mollo, on rigole". On sait bien que les blagues sur le viol sont beaucoup plus drôles quand elles sont assumées.

Chère Causette,
Merci merci merci.
Avec des articles comme le votre, vous aidez vraiment a déshumaniser les putes. C'est avec beaucoup d'espoir et le soutien de féministes tels que vous que j'attends une augmentation des violences subies par les putes, surtout les trans et les étrangères. Plus nous les déshumaniserons, plus nous autoriserons ces violences commises contre elles.

Fier d’être français,
Fier de ne pas être pute, ni fils de pute.
Fier de lire Causette."

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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oO0

le dimanche 17 novembre 2013 à 07h42

Humour ou provocation teintée d'humour ? Personnellement, j'y vois de la provocation limite sardonique ... par rapports, non aux prostituées, mais à leurs clients.

Une part des pratiques de la prostitution dont je ne discuterai pas l'importance quantitative ne satisfait pas les conditions d'un consentement libre et éclairé. Le consentement n'y est pas libre dans le sens où il profite de multiples faiblesses, notamment économiques, des personnes que ces pratiques exploitent. Il n'y est pas plus éclairé, dans le sens que le consentement des personnes exploitées porte à l'origine sur d'autres moyens de gagner leur vie.

La manière dont Causette me semble provoquer la clientèle, puis sur le sujet de la clientèle, c'est en rapprochant l'absence des conditions nécessaire au consentement dans de nombreuses pratiques de la prostitution et l'absence de consentement dans le viol.

Après, il y a une autre question, celle de la déshumanisation et ce que peut autoriser cette déshumanisation dans l'esprit de certains.

P.-S.: Pour ma part, j'essaie de me limiter à ce que je comprends ainsi que les bases sur lesquelles je le comprends.

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Siestacorta

le dimanche 17 novembre 2013 à 12h28

Ce ne sont ni l'argent ni le corps qui sont des conditions nécessaires au consentement.
Pour ce qu'il y est de l'argent, tant qu'il y en aura, il y aura des gens pour en manquer.
Les sportifs professionnels sont payés pour pousser leurs corps aux limites de leur capacité, et passent une bonne partie de leur vie professionnelle à se faire des blessures (sans parler de la toxicomanie importante du milieu pro).

Ce n'est pas non plus le sexe qui fait l'impossibilité d'un consentement éclairé. Personne ne peut décider pour les autre de ce qu'ils ne trouvent pas dégradant.

La condition liberticide, ici, ce n'est pas la prostitution en soi, mais le proxénitisme et la traite des personnes.

Or l'article de Causette ne vient pas dans ce contexte-là. Il vient appuyer la loi de pénalisation des clients. Une loi de prohibition, comme il y en a eu tant d'inefficaces dans d'autres domaines.
Et s'il caricature le "regard" des clients sur les prostituées plutôt que les prostituées, la caricature se base aussi sur ce que signifie la transaction pour la prostituée. Et de ce point de vue,Causette tombe vraiment à côté du problème.

Tiens, on va citer Despentes :
"Partant des images inacceptables d’une prostitution pratiquée dans des conditions dégueulasses, on tire les conclusions sur le sexe tarifé dans son ensemble. C’est aussi pertinent que de parler du travail du textile en en montrant que des enfants embauchés au noir dans des caves. Mais ce n’est pas grave, ce qui compte, c’est de colporter une seule idée : aucune femme ne doit tirer bénéfice de ses services sexuels hors mariage. En aucun cas elle n’est assez adulte pour décider de faire commerce de ses charmes. Elle préfère forcément faire un métier honnête. Qui est jugé honnête par les instances morales. Et non dégradant. Puisque le sexe pour les femmes, hors l’amour, c’est toujours dégradant."

Si les lois étaient moins hypocrites, et appliquées (parce que les lois sur le proxénitisme existent, hein, mais ya pas de moyen forts pour le contrôle. Donc autant affaiblir les plus faibles, dans l'histoire), alors la déshumanisation serait une question qu'on peut traiter pratiquement, pas juste avec de la morale.

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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ScottBuckley

le dimanche 17 novembre 2013 à 14h06

Siestacorta

Je ne crois pas qu'on doive tant d'honnêteté intellectuelle en réponse à l'article de Causette.
Ce qui lui est reproché, c'est les blagues : celles qui insistent sur l'origine étrangère des prostituées, celle qui dit qu'on peut remplacer la pute par une pastèque (tant qu'à transformer une personne en chose parce qu'il y a de l'argent, on va jusqu'au bout de l'idée), l'autre "quitte à se taper une fille qui n’en a pas envie, autant la violer, c’est moins cher",

Voilà.
Oh, bien sûr, "on déconne", hein.
Ca se prend pas au premier degré, évidemment. MAIS, mais, comme dans la tête d'un abolitionniste, prostitution et viol, c'est la rémunération qui fait la différence, le second degré semble pas si ironique.
Et puis, une blague sur le viol, ça valait tellement le coup de la faire, ça montre vachement de compréhension.

Enfin, pour ce qui est du contexte, de rappeler que Causette a un contenu souvent émancipateur, faut aussi bien lire le post scriptum de l'article, signé "la Rédaction", qui dit que la majorité de la rédaction était opposée à la publication de l'article.
Voilà.
( ... )

Message modifié par son auteur il y a 10 heures.

Bonjour,

@ Siestacorta :
Non, je ne suis pas d'accord avec toi sur la critique aussi rapide faite au magazine Causette, qui mérite bien mieux que de tels raccourcis.

Qui osera aller lire Causette en kiosque, après ce petit procès d'intention qui lui est fait ici, à coups de citations sorties de leur contexte ? Ne faites pas à un magazine ou à quelqu'un ce que vous n'aimeriez pas que l'on vous fasse.

> Et si on prenait une de vos phrases du forum, et qu'on la trouvait dans un journal ou site web dans un article sur le " polyamour " mais tronquée, hors contexte, connotée avec un tout autre sens, ça vous ferait quoi ?

Le contexte de l'article, c'est un projet de loi (une proposition de loi faite le 27 novembre 2013 prochain à l'Assemblée nationale), présentée par une députée (Maud Olivier, PS) pour pénaliser les clients (les hommes à + de 90%), et pour protéger davantage les prostituées (90% sont des femmes).

Mais l'opinion publique, d'après plusieurs sondages (y compris celui de Causette réalisé par l'Ifop en février 2013), semble très et beaucoup trop conciliante avec l'univers de la prostitution, sous prétexte que " les prostituées sont nécessaires pour canaliser les pulsions sexuelles masculines " (sic !) .

Faites-le test, et demandez autour de vous qui serait pour l'abolition de la prostitution : > une partie des réponses que vous recevrez mélangera souvent la prostitution choisie (celles des travailleuses du sexe, syndiquées, environ 10% des prostituées), et la prostitution subie (celles des esclaves du sexe, 90% des prostituées).

- A propos du mot " blagues " : ce ne sont pas des blagues, ce sont des arguments (55 en tout), précédés de " parce que ", tous adressés à ' ces messieurs ' , des phrases courtes de quelques lignes, parfois satiriques certes, qui critiquent vivement avec un ton cru voire cruel tous ces putains de phallocrates qui abusent de femmes sous prétextes de " relations tarifées " (des jolis mots juridiques pour essayer de cacher des trucs bien crades issus de la Culture du viol multi-millénaire).

Exemple :
' Parce que " le plus vieux métier du monde " c'est chasseur-cueilleur, pas prostituée. Essayez donc de demander "C'est combien ?" à un chasseur-cueilleur ' .

" Parce que vous faites tellement bien l'amour que la prostituée va se sentir obligée de vous rendre votre argent " . Voilà pour le ton des ces arguments.

Ces 55 arguments sont destinés à faire tomber de leur estrade tous ces pénis sur pattes, tous ces salauds pas éthiques, ni plus ni moins. Et moi ça ne me fait pas rire de lire cette dure réalité, là sur 4 pleines pages, au pays des " Droits de L'homme ". Si vous cherchez des blagues, achetez-vous plutôt des carambars.

En faisant cela, Causette défend (d'après moi) les femmes victimes de la prostitution, tout comme le projet de loi (que je peux vous détailler à ce sujet si vous le souhaitez).

- A propos des "origines étrangères" des prostituées : à mon humble avis, Causette ne dit pas "bouh, vous êtes pas de notre pays", mais plutôt : " Quelle honte que des proxénètes & réseaux abusent aussi massivement de la misère économique de prostituées venant de l'Europe de l'Est " .
C'est très différent comme lecture.

- A propos de la "pastèque" : puisque des hommes clients de la prostitution utilisent des femmes prostituées principalement comme des objets sexuels pour satisfaire leurs "pulsions sexuelles masculines", Causette leur recommande de ne Pas faire cela avec des femmes (qui sont des êtes humains, des sujets), mais avec des objets (pastèque, sextoys, porno en 3-D, etc.). Cela me paraît assez juste comme suggestion.
C'est donc, à mon humble avis, l'inverse de ce que tu laisses entendre, Siesta.
Chacun-e doit pouvoir se faire son opinion à ce propos.

- A propos de " un abolitionniste " qui confondrait " viol et prostitution " (avec pour seule différence la rémunération) :

Non, une fois de plus je ne suis pas d'accord. D'abord, il n'y a pas de "un" : les abolitionnistes sont multiples et ne sont pas tous d'accord sur tout (il y a des courants, des opinions mouvantes). Certaines personnes vont le devenir suite à ce projet de loi, par exemple. D'autres (comme moi), veulent abolir principalement la prostitution subie (celle des esclaves sexuelles), mais pas celle qui est choisie par les travailleuses du sexe syndiquées.

Pour ma part, je ne confonds pas " viol et prostitution " , et je les distingue au-delà de la rémunération (ex. : les viols sont souvent commis par des personnes déjà connues de la victime, issues de son entourage ; dans la prostitution, pas forcément), mais je les vois toutes deux comme des violences infligées aux femmes, des violences issues du même terreau nauséabond de la Domination masculine Et de la Culture du viol. Nuance forte !

Au passage, Causette note que étonnament, personne ne parle des " pulsions sexuelles féminines " à " canaliser " .
Tiens, et pourquoi ? A quand un dossier de 20 pâges dans Cosmopolitan sur des femmes qui fantasment sur des DILF ( alias " Daddy I'd Like to Fuck " ), à côté d'une pub pour gleeden ?

Comme si les femmes en société ne devaient pas en avoir, de " pulsions " sous peine d'être encore traitées d' " hystériques" ou de je ne sais quoi. Encore ce stupide préjugé comme quoi les femmes devraient être " sages, dociles, obéissantes, passives, déjà canalisées, quasi ménopausées, sans libido ",
... alors qu'en réalité dès la naissance, même accouchées par des "sages femmes", ce sont déjà de jolis êtres sauvages désirants et désirables et actives qui souvent ne demandent qu'à courir avec les loups !

> Les ' pulsions sexuelles féminines ' : voilà peut-être une porte à ouvrir pour nous, qui sommes favorables à des relations plurielles éthiques, pour les femmes et pour les hommes (+) ?

Quant à ce supposé "post scriptum de l'article signé la rédaction" (article que les autres journalistes n'auraient pas voulu) : où as-tu vu cela Siesta ? j'ai sous la main le n°40 de novembre 2013, et ça ne figure nulle part sous mes yeux, donc j'insiste : des sources fiables*, et un contexte précis, svp, j'y tiens beaucoup.
Précision à ce sujet : dans beaucoup de médias, ce sont les rédacs chefs qui ont le premier Et le dernier mot, et les autres journalistes n'ont trop souvent pas à dire s'ils sont pour ou contre tel article de 4 pages - hélas ! - .

( * pour l'instant, Morgane Merteuil n'est en ce jour pas une source fiable, du moins pour moi, car il y a là dans son message à Causette un gros conflit d'intérêt qui mérite au moins d'être levé)

@ RIP :
Oui, je suis assez d'accord avec toi, la plupart des prostituées ne sont pas dans un " consentement libre et éclairé " . Mais la rumeur globale nous fait croire le contraire.

En fait, sur 100 prostituées, 90 sont des esclaves du sexe.
Elles ne sont ni des victimes de viols (elles sont payées pour ces actes sexuels, tarifés), ni des femmes adultères, ni des relations plurielles éthiques.

Mais elles sont au final à la fois dans la ' culture du viol ', dans la ' culture de la domination masculine ', et dans une certaine ' culture du consentement ' (elles consentent à des relations sexuelles tarifées, du fait de leur misère économique).

Si Morgane Merteuil veut défendre les 10% qui ne sont pas des esclaves du sexe, c'est son droit, et c'est même un peu sa mission actuelle dans la vie je crois (et le féminisme est né aussi pour que des femmes véritablement Et pleinement libres puissent de façon éclairée faire le travail qu'elles veulent, parmi de nombreux métiers !)...
... Mais ça ne répond pas au problème des 90% qui sont victimes de la misère, et qui n'ont pas vraiment d'autre choix de métier (et là ce n'est plus du féminisme, mais plutôt du masculinisme, du moins à mes yeux).

@ Marco :
Merci Marco d'avoir ouvert ce sujet, qui va à contre-courant de la culture dominante entendue dans de trop nombreux médias & brèves de comptoirs de bars, et si d'aventure on s'écarte trop de ton post & fil de discussion de départ, n'hésite pas à le dire, d'accord ?

Avec l'approche des débats à l'Assemblée nationale sur cette proposition de loi (à partir du 27 novembre 2013), et les réactions - notamment masculinistes - qui ne manqueront pas d'arriver (je les attend celles-là tiens, les Zemmour de tous poils vont sortir des buissons), nul doute que ce sujet clivant va réapparaître ici sur notre forum.

Dans cette histoire, une fois de plus, je m'indigne face à une société foutrement hypocrite, qui nous dit que " La bonne morale " c'est la monogamie, le monoamour, trouver L'Homme de sa vie, que rien d'autre que le monoamour n'est vraiment officiellement respectable...
... Mais qui dans le même temps tolère tout et n'importe quoi (surtout aux hommes), sous prétexte des " pulsions sexuelles masculines " réputées " incontrôlables " .

' Le " faux-culisme " est ici élévé au rang d'art majeur ' , comme dirait Causette (+) (dans un reportage sur les " Motels du désir " au Chili, page 44 à 49 de novembre 2013).

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ScottBuckley

le dimanche 17 novembre 2013 à 14h22

* Désolé Siesta, on a écrit en même temps.

** Nb : si certain-es d'entre vous veulent critiquer cette prochaine proposition de loi du 27 novembre 2013, ou le magazine Causette, ou des abolitionnistes, ou même tout cela à la fois : allez-y ! ...
... Mais dans le même temps, expliquez-nous ce que vous proposez concrètement pour lutter :
1. contre la Domination masculine,
2. contre la Culture du viol,
3. et contre la prostitution subie, svp.

Critiquer c'est assez facile, en revanche proposer des actions concrètes, cela l'est beaucoup moins. Pour une fois, j'ai envie de défendre une proposition de loi d'un gouvernement, et ce n'est pas tous les jours !

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aviatha

le dimanche 17 novembre 2013 à 14h47

Personnellement, le fond du problème me semble être le proxénétisme d'une part (qui est une sorte de crime organisé dans la plupart des cas et qu'il convient de traiter et éradiquer comme telle) et la prostitution non "chapeautée" mais contrainte par contrainte économique (j'ai besoin de mettre quelque chose dans le frigo et de payer mon loyer).
Mais alors là il faudra qu'on m'explique un truc.Si je paye un déménageur, je paye la force de ses bras, la douleur de son dos et l'arthrose précoce de ses genoux. Si je paye une femme de ménage, je paye la fatigue de ses bras, son éventuel asthme à cause de la poussière et son tennis-elbow à force de tordre des serpillières. Si je paye un mineur, je paye sa vie dans la lumière artificielle, son hypothétique cancer des poumons et les micro-fractures de ses phalanges. Si je paye une masseuse, je paye la fatigue de ses épaules, la force de ses doigts et le contact de sa peau. Et très honnêtement, si déjà 10% des gens qui pratiquent ses professions sont volontaires, ce sera pas mal. Je ne connais personne qui a pour ambition dans la vie de faire le ménage chez les gens, c'est un truc qu'on fait parce qu'on n'a pas d'autre alternative. En quoi est-ce finalement différent de ce qu'on paye dans la prostitution ?
Je trouve que c'est un jugement moral de considérer que payer un service d'une certaine partie du corps et révoltant et inconcevable mais que payer celui d'une autre est tout à fait acceptable. Soit on considère que ça vaut pour les deux (mais on voit vite à quel point ce n'est pas tenable), soit on considère que c'est acceptable de la même façon. Ce qui reste condamnable, comme pour n'importe quoi d'autre, c'est qu'un personne y soit contrainte par une autre. Et ça, c'est déjà un acte criminel dans le code pénal.

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Siestacorta

le dimanche 17 novembre 2013 à 15h07

GreenPixie


Quant à ce supposé "post scriptum de l'article signé la rédaction" (article que les autres journalistes n'auraient pas voulu) : où as-tu vu cela Siesta ? j'ai sous la main le n°40 de novembre 2013, et ça ne figure nulle part sous mes yeux, donc j'insiste : des sources fiables*, et un contexte précis, svp, j'y tiens beaucoup.

Alors, je fais référence au dernier paragraphe de ce communiqué.
Il ne s'agit en effet pas d'un post-scriptum paru dans le numéro, comme je l'ai laissé entendre.

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LuLutine

le dimanche 17 novembre 2013 à 19h28

Chère aviatha, je suis d'accord avec toi.

Ce n'est pas plus "normal" de payer quelqu'un pour du sexe que pour t'aider à déménager.

Pour l'immense majorité des gens (et j'en fais partie), le travail est une contrainte, pas un choix.

Pour moi ça va peut-être (partiellement) changer (partiellement, parce que même avec un travail souhaité à 100% et l'éventualité de s'organiser assez librement, il reste des contraintes dont on préférerait se passer), mais je n'arrive pas à donner un seul nom parmi les amis que je connais suffisamment, qui aille travailler de son plein gré...!
(Surtout, même ceux qui ont fini par trouver un travail "choisi" ont dû en passer par le travail "contraint".)

Je vois plutôt autour de moi des gens qui râlent : de se lever tôt (parfois à 3h du matin), de partir tard du travail (jusqu'à 22h voire plus tard, tout en étant arrivé le matin à 9h ou avant), d'être traités comme-ci comme-ça par leurs chefs ou leurs subordonnés...

Bref, rien de réellement "choisi" à mon sens.

En majorité, on travaille parce qu'on n'a pas le choix, et du coup, évidemment qu'on peut vendre son sexe plutôt que ses bras. Les deux sont aliénants à mon sens.

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tytsen

le dimanche 17 novembre 2013 à 20h59

LuLutine
mais je n'arrive pas à donner un seul nom parmi les amis que je connais suffisamment, qui aille travailler de son plein gré... !

Moi, je vais travailler de mon plein gré. Des fois, un peu moins, mais globalement, si. Mais on ne se connaît peut-être pas suffisamment pour que je puisse être cité...
(bon, j'arrête, ce n'est pas le sujet du fil...)

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juby

le dimanche 17 novembre 2013 à 22h13

Oh là! Non. Il y a de différent que le milieu de la prostitution tient en esclavage les filles qui y participent. Des putes indépendantes, assumées et qui gardent leur profit, j'ai rien contre, mais c'est malheureusement pas la réalité de 99% d'entre elles. Même lorsqu'elle est légale, les besoins pour des femmes plus jeunes (carrément des fillettes, disons le) et pour assouvir des besoins de domination font que les marchés criminels fleurissent. Ici, au Québec, des centaines de jeunes filles autochtones sont enlevées et envoyées sur les marchés américains et européens. C'est de ça qu'on parle, du traitement comme marchandise de femmes qui n'ont pas choisi cela, qui le font contre leur gré, et qui versent le fruit de leurs passes à un pimp bien dégueulasse et violent.
La solution, elle est pas dans la légitimation de cette situation. Je m'y refuse. Va falloir premièrement admettre qu'une femme qui a été une pute n'est pas une salope, et qu'elle a certainement besoin d'aide. Elles en sortent brisées psychologiquement, la plupart frôlent le suicide chaque jour.
Va aussi falloir poser le problème différemment, en terme d'éducation nationale.
Désolée, montée de lait qui guettait depuis 20 ou 30 messages ...

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aviatha

le dimanche 17 novembre 2013 à 22h46

- 99% de prostitution forcée, ce n'est pas le chiffre donné par le STRASS qui est à mon sens le mieux placé pour savoir
- ça encore une fois c'est un problème de crime organisé, de proxénétisme, de violence, de kidnapping mais pas de prostitution en temps que telle
- après en terme de dire qu'elles ont besoin d'aide, qu'elles sont brisées et aux portes du suicide, pour celles victimes de proxénétisme, sans aucun doute, mais les autres ? Pour citer un exemple personnel, je connais 3 escorts (dont un homme, je trouve qu'on parle beaucoup de femmes ici en les oubliant un peu), dont une m'a expliqué un soir qu'elle n'en pouvait plus qu'on la prenne soit en dégoût soit en pitié et que la prochaine personne (moi y compris vu ce que j'étais en train de dire à ce moment là) qui la traitait comme une victime prendrait un méchant cocktail de phalanges dans la tronche. Et c'est en pensant à des gens comme eux trois que je trouve tout aussi révoltant et blessant de considérer tous les gens qui font ce métier comme des pauvres petits chiots blessés incapables de comprendre ce qui leur arrive et qui ont juste besoin de notre secourable main tendue...

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Anarchamory

le lundi 18 novembre 2013 à 00h25

Moi, aussi, 100% d'accord avec aviatha et LuLutine (+)

On peut distinguer deux types d'activités :
- celles qui sont exercées sous l'effet de la contrainte ;
- celles qui sont exercées librement.

On peut se prostituer, donner de l'argent, parler, manger, regarder la télé, vendre des glaces, aller à la messe, etc. sous l'effet de la contrainte.

On peut se prostituer, donner de l'argent, parler, manger, regarder la télé, vendre des glaces, aller à la messe, etc. librement.

Je ne vois pas de raison d'interdire des activités, dès lors qu'elles sont exercées librement. Rien à voir avec une question de morale : je ne supporterais plus de me retrouver dans une relation exclusive et je pense que le polyamour offre une liberté appréciable, mais je ne suis pas pour interdire la monogamie exclusive et même le mariage religieux judéo-chrétien ; je pense que le catholicisme se trompe, mais je ne suis pour empêcher personne d'être catholique et d'aller à la messe, s'il en a l'envie ; je trouve que le foot est souvent un sport débile et abêtissant, mais je laisse chacun en juger en conscience et libre d'y jouer ou d'assister à un match ; etc. Je n'aimerais pas que des monogames forcenées déposent une proposition de loi pour interdire le polyamour par exemple, en argumentant que 90% des relations amoureuses plurielles sont des adultères...

Ce n'est pas en interdisant aux gens qui "osent avoir l'outrecuidance ne pas penser comme nous" de faire ce que bon leur semble avec leur vie qu'on arrivera à promouvoir le respect mutuel...

Et je répète que ça n'a rien à voir avec la morale : tout un chacun a parfaitement le droit d'être contre la prostitution, de trouver cela immoral, dégradant, dégoûtant, etc. et de le dire, et de l'écrire, mais personne n'a le droit de chercher à l'empêcher par l'usage de la contrainte envers les prostitué(e)s et/ou leurs client(e)s. Je vais même plus loin. Je suis contre la pénalisation du racisme, du révisionnisme, de l'homophobie, de la transphobie, de la polyphobie, etc. en tant que tels. Seules les manifestations agressives qui pourraient en découler sont à pénaliser. Il y a quelques années, par exemple, les associations Act'Up, SOS Homophobie et le Syndicat national des entreprises gaies (SNEG) avaient poursuivi Christian Vanneste, ancien député UMP, en justice, car ce dernier avait tenu une série de propos défendant l'idée que l'hétérosexualité est moralement supérieure à l'homosexualité. La justice avait décidé de le relaxer, et je suis satisfait de cette décision, bien que je désapprouve complétement les dits propos, que je les trouve assez choquants et surtout profondément erronés. Je suis pour une liberté d'opinion et d'expression intégrale. Même si je trouve personnellement que de telles idées puent, de telles idées et leur énonciation ne constituent pas, en tant que telles, des agressions physiques, et donc on ne saurait y répondre par la force physique, mais uniquement par l'argumentation, la dénonciation, le boycott, etc.

La contrainte ne peut être qu'une réponse à la contrainte, et si une telle loi contraignante venait à passer, pénalisant les clients des prostitué(e)s, j'espère qu'insurrection, auto-défense et désobéissance civile apparaîtront et se développeront jusqu'à ce que cette loi inique tombe.

Certains abolitionnistes invoquent la dignité humaine ou le fait que la prostitution conduit à utiliser la personne humaine comme un objet.

Toutefois, la notion de dignité humaine est passablement confuse et équivoque donc peut-être vaudrait-il mieux, par souci de clarté, éviter d'utiliser cette expression. La dignité humaine est invoquée aussi bien par les partisans du "droit à mourir dans la dignité" que par les opposants à l'euthanasie, donc sans autre précision, la notion de dignité humaine n'apporte pas grand chose au débat.

La notion de "utiliser une personne humaine comme un objet" n'est guère plus parlante si on ne précise pas ce qu'on entend par là exactement. Pour ma part, il me semble que la présence d'un consentement éclairé et l'absence de dommage direct évident causé, rend pour le moins problématique cette accusation. La prostitution volontaire peut tout à fait être assimilée à une activité de service à la personne (de service sexuel en l'occurrence). Si on tient à dire qu'elle consiste à utiliser une personne humaine comme un objet, il faudra expliquer pourquoi les autres activités de service à la personne ne tombent pas sous ce chef d'inculpation, notamment lorsque ce sont des services corporels (massages, soins, esthétique, etc.).

La prostitution, quand bien même on la jugerait immorale, et sauf si elle est contrainte, ne doit pas être interdite.

Si tout ce qui est mal —ou jugé tel— doit être interdit, va-t-on interdire aussi aux gens de se goinfrer de frites et de coca-cola ? va-t-on interdire les émissions débiles à la télé ? va-t-on interdire aux gens de mentir ou de ne pas tenir leurs promesses ? va-t-on interdire l'égoïsme et forcer les gens à donner de l'argent à des bonnes œuvres ?...

La seule partie de la morale qui peut être imposée par la force, c'est celle qui proscrit de prendre l'initiative de l'usage de la force contre autrui. Tout le reste est de l'ordre de la mise en garde, de la pédagogie, du conseil, de l'argumentation, etc.

Parfois, on dit que dans la prostitution, les prostitué(e)s vendent leur corps. C'est abusif. Lorsque je vends quelque chose à quelqu'un, je ne peux plus l'utiliser après, sans demander l'autorisation à son nouvel acquéreur ; je ne peux pas le revendre une deuxième fois à quelqu'un d'autre, voire à la même personne. Ainsi, les prostitué(e)s ne vendent pas leur corps... puisqu'elles le récupèrent à la fin, et qu'elles ne s'en sont d'ailleurs dessaisi à aucun moment... et qu'elles conservent un total contrôle sur leur corps. Si les prostitué(e)s vendaient vraiment leur corps, alors elles se transformeraient en fantômes (au sens propre du terme) après leur première passe !

J'ai l'air de pinailler, mais je crois qu'il est important de faire attention aux termes employés, car il est aisé de jeter l'anathème sur une pratique, sans argument, simplement en utilisant un vocabulaire inapproprié à la décrire, et qui va la présenter sous un mauvais jour.

Pour ce qui est de la prostitution libre mais choisie "par défaut" (que ce soit par contrainte économique ou incapacité à faire autre chose), je m'aligne sur ce qui a déjà été dit par LuLutine. On peut, bien sûr, critiquer les conditions socio-économiques qui font que certaines personnes doivent choisir des jobs "par défaut", sans réelle conviction, mais faute de mieux. Mais je ne vois pas pourquoi traiter le cas de la prostitution d'une manière différente des autres métiers comme balayeur, mineur, adjoint administratif, etc.

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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lam

le lundi 18 novembre 2013 à 10h29

Pour changer de Causette, (journal que je lis parfois quand je tombe dessus, qui a le mérite d'exister mais qui ne m'intéresse pas tant que ça en termes d'articles et de fond, ni des perspectives qu'il se donne), je recommande la découverte, la lecture et le soutien à Timult.
et en particulier, pour rester dans le sujet de la prostitution choisie/subie, la lecture du petit dossier "faire le bordel" du n°3 (qui est téléchargeable en .pdf car épuisé en papier)

Timult n°3, page 30
Le travail du sexe et les perspectives de lutte qui s’y déploient. Face à l’État, ses velléités fiscales, morales et policières, que veulent les putes ?
quelques-unes d’entre elles fouillent ici les perspectives et les contraintes qu’elles trouvent dans l’exercice de leur métier. D’abord par une histoire très concrète de solidarité, ensuite par une analyse détaillée du projet de réouverture des maisons closes et des moyens de ne pas s’y laisser piéger..

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(compte clôturé)

le mercredi 20 novembre 2013 à 20h48

Toujours sur le sujet de la prostitution, voici un interview du journal "le Matin" à des prostituées genevoises (en Suisse, la prostitution est légale) à propos des propositions d'interdiction de la prostitution qui ont circulé ces derniers jours:

www.lematin.ch/societe/continuerons-prostituer/sto...

Ce que me surprend en bien, c'est que au final les discours des prostituées ne diffèrent guère de ceux qu'on pourrait entendre de n'importe quel commerçant: les prix, la concurrence déloyale, les entraves bureaucratiques... Et surtout, l'envie que la prostitution ne soit pas considérée comme un choix forcé, mais comme un métier quelconque.

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ScottBuckley

le vendredi 22 novembre 2013 à 12h30

Bonjour,

Quand on critique la prostitution subie, et certaines nouvelles formes de prostitution subie (ex. : la prostitution subie via internet) de façon vive, crue, à la limite du gore (car il y en a), et que l'on dit que cette prostitution correspond à environ 90% des cas (c'est ce qu'a fait le magazine Causette, et elle s'est fait salement insultée notamment de "putophobe" pour cela), ce n'est Surtout Pas pour nier l'existence de la prostitution choisie (environ 10% des cas, et que défend notamment le Strass (Syndicat du Travail Sexuel).

Quand on critique la prostitution subie, c'est en revanche pour montrer L'Autre visage de la prostitution, celle qui pue le Sida et autres maladies vénériennes, avec la peur au ventre et la mort et qui sent à plein nez l'exploitation d'êtres humains traités comme du bétail, et qui existe y compris en Europe, y compris en France, dans des pays dits " civilisés ".

Le problème, c'est que la prostitution d'une manière générale ( subie et/ou choisie ) est trop souvent présentée comme quelque chose de " naturel ", d' " éternel " ( ce serait soi-disant "le plus vieux métier du monde" (sic) ), d' " incontestable ", tout comme la Domination masculine est censée exister "depuis la nuit des temps" (sic).

Sauf qu'à force de les montrer comme soi-disant " incontestables ", elles finissent par être incontestées, et on finit par ne plus voir qu'on peut les contester concrètement et dans les actes Ici et Maintenant !

Et elles sont d'autant plus violentes qu'elles finissent par devenir invisibles.

A mes yeux, la prostitution d'une manière générale est trop souvent présentée dans les médias et dans la culture dominante de façon évidente, presque ' positive ' voire jolie (comme si c'était l'un des acquis exemplaires du féminisme).

Le cinéma et la télévision regorgent de films & scénarios où les prostituées s'en sortent ' relativement ' bien dans la vie.

Exemples : des films comme " Pretty woman ", " Jeune et jolie " , " Mes chères études " (sur une étudiante qui se prostitue), avec parfois une Anouk Grinberg dans le rôle de la prostituée du quartier, ou dans des séries - toutes époques confondues ! - comme Maison close (très proprette et trop fadasse à mon goût, qui semble nostalgique d'un temps révolu, le 19ème siècle) ou même dans Mad men ou Game of thrones . Ou encore ' Mr Ibrahim et les fleurs du Coran ' (de mémoire, l'éducation sexuelle du jeune personnage passerait d'abord par la case " prostituée " avant toute autre culture ou éducation sentimentale).

Il y a un côté " Couche avec une prostituée et tu seras un homme, mon fils " .
... Or cela ne viendrait Pas à l'idée de faire la même chose dans le cadre de l'éducation d'une jeune femme, adolescente ou majeure !

Dans le cadre de cette prostitution ' médiatique ', ' présentable ' , on parle non pas de "putes" ni de "salopes" (ça ressemblerait trop à une insulte), mais souvent de : " catins " , de " filles de joie " (sic : pour qui est la joie ? pour le client), et on nous les présente trop souvent comme faisant partie de La Culture officielle et/ou officieuse de presque tous les pays.

A mes yeux, on nous fait comprendre ainsi que ne pas montrer ces prostituées (relativement dites " libres "), ce serait ignorer tout un pan de ce qui se passe dans les coulisses de l'Histoire, notamment de l'histoire populaire, et de celle de la Cour des rois et reines et d'une certaine bourgeoisie et aristocratie ou classes politiques qui encore au 21ème siècle, ne crachent pas toujours, loin de là, sur ces " filles de joie " . Et en effet, ce n'est pas faux à 100% : cacher ou nier cette forme de prostitution dite "libre", soft et/ou choisie serait une erreur d'historien.

Mais là encore, on ne nous montre le plus souvent uniquement La partie visible de l'iceberg de la prostitution générale, celle qui fait jolie, celle qui ajoute du piment sexuel à un scénario un peu tiède.

Il en est de même pour le capitalisme, ou la Domination masculine ( qui est Le terreau de tout cela, à la fois de la prostitution et de la culture du viol ) : ils sont très rarement critiqués à l'écran, et quand ils le sont, c'est le plus souvent soft, jamais de façon trop crue ni trash, et pour cause : la domination masculine est présente dans le milieu des producteurs de films, de réalisateurs, et même de la BD.

Jamais je ne pourrai me satisfaire d'une Culture Officielle ou de médias dominants qui ne nous montrent trop souvent que la jolie partie visible de l'iceberg, car je sais qu'à chaque fois que l'on fait cela, on prend le risque de se noyer et de couler encore et encore dans l'oubli ou pire dans la négation de tout ce qui existe de crade et de gore dans les bas fonds de notre société encore très phallocratique (malgré des progrès notables dans le monde occidental mais minoritaires à l'échelle des quelques 200 pays de la planète Terre).

.... Par contre, si ensemble nous voulons développer une nouvelle (contre-)culture, et favoriser notamment la culture des désirs réciproques, la culture de la communication relationnelle & non-violente, la culture d'un nouveau féminisme qui cherche à tendre vers des équités entre femmes et hommes,
et à imaginer comment re-construire et ré-inventer la condition masculine Et la condition féminine, de façon concrète, là je dis OUI ! ça Oui ça m'intéresse, et il y a de quoi creuser !

> Vos messages qui font dans ce sens là m'intéressent.
Et vos critiques constructives à l'égard de ce qui est écrit ci-dessus aussi, bien entendu.

A bientôt le plaisir de vous lire pour construire Et avancer ensemble .

........................

* Précision : ce qui est exprimé ici n’est que mon ressenti personnel.

Et d’ailleurs si parmi ces nombreux films ayant trait à la prostitution (100 à 140 films, voir le lien wikipedia ci-dessous), certains vous ont semblé plus intéressants et plus critiques que d’autres, notamment sur le vrai visage crade de la prostitution subie, n’hésitez pas à les indiquer ici, ça peut être utile !
fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Prostitution_...

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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Geraldin-e

le vendredi 22 novembre 2013 à 23h47

Oui, toute forme d'esclavagisme et de domination est moche. Et encore plus s'il y a du sexisme, du racisme, qui ajoutent une couche avec création de catégorisations dites inférieures.

Je suis un peu embêté.e avec la prostitution, car ça fait pour moi partie des (assez nombreux) sujets qui ne peuvent pas trouver de réelles "solutions" (au sens de satisfaisantes à tout point de vue et pour toutes les parties prenantes) dans le cadre de nos système sociaux existants (en effet, il ne peut pas y avoir de solutions satisfaisantes dans un système lui-même globalement aberrant et mortifère).

D'un côté, je suis d'accord pour dire que la prostitution est un travail assez comparable aux autres dans le cadre de nos sociétés, qu'il n'y a donc pas à en faire un problème moral particulier, que certain.es peuvent préfèrer louer des services sexuels plutôt que louer les services de leurs neurones ou des muscles de leurs bras, et qu'il faudrait alors réellement s'occuper de réduire l'exploitation, la violence, la contrainte, la dévalorisation des prostitué.es, condamner les criminels, etc. (et il y aurait fort à faire vu que c'est la très grosse majorité qui vit ces horreurs), exactement comme c'est censé se faire dans les autres secteurs d'activité (ce qui est là aussi loin d'être le cas, il n'y qu'à voir comment sont traités les ouvrier.ères en Asie chez nos entreprises délocalisées qui ont pris le relais des horreurs qui se passaient ici au 19ème siècle).
Ce qui voudrait dire de donner des droits aux prostitué.es, et d'arrêter de les stigmatiser. Tout en luttant contre toutes les formes d'exploitations et de violences dont elles (et aussi ils) pourraient être victimes. Tout en éduquant les jeunes, et plus particulièrement les mâles, à considérer les femelles comme des êtres humains, à reconsidérer complètement cette culture du viol, du virilisme, et des stéréotypes de genres, voire les genres eux-mêmes.

D'un autre côté, je suis tout à fait contre la prostitution, justement parce que c'est un travail tout à fait comparable aux autres.
Comme je suis contre le capitalisme, la marchandisation, les services payants, le salariat, et même l'argent, je suis contre la prostitution tout comme je suis contre n'importe quel travail salarié ou le commerce du pain. Le sexe devrait être gratuit et libre, tout comme devrait l'être le pain.
Dans cette optique, il n'y aurait alors aucun progrès à légaliser complètement la marchandisation d'un autre secteur d'activité (le commerce des services sexuels), vu que je trouve déjà néfaste de privatiser l'eau, l'énergie, le logement, la terre, le téléphone, les services postaux, les transports, etc. (je ne suis pas pour autant pour la collectivisation totalitaire type URSS !). (dans la pratique, en plus, la prostitution illégale, tout comme la drogue illégale, existent quand même)

Et puis, ce qui rejoint GreenPixie ; vu que les femmes sont encore le plus souvent dominées, vu la culture ambiante, vu que la plupart des prostituées sont des femmes et sont forcées, vu surtout que les autorités semblent incapables (ou pas assez volontaires ?!) de réduire la violence et l'exploitation que subissent les putes, on pourrait se dire qu'il vaut mieux tout interdire par mesure d'urgence ? Mais n'est-ce pas une illusion de "solution" qui se contenterait d'escamoter les questions de fond ?, et qui ne règlerait :
- ni la pauvreté qui pousse à la prostitution (ou à se faire exploiter dans une usine textile ou d'I-phone, ou à un mariage "d'amour" avec un riche...)
- ni la misère sexuelle (des mâles hétéros principalement)
- ni la marchandisation de plus en plus totale de tout le reste de nos vies et échanges

Spontanément, je serais plutôt pour donner tout de suite les droits sociaux aux prostitué.es, pour lutter efficacement contre les exploiteurs et violents, et pour éduquer tout le monde pour que les garçons respectent les filles, et pour que d'autres relations soient possibles pour qu'il n'y ait plus de personnes (ou très peu) cherchant à recourir aux services sexuels marchandisés. Seulement, ça prendrait du temps, et pas du tout sûr que ce soit possible dans le cadre de nos systèmes sociaux/éducatifs tels qu'ils vont...

Il paraîtrait (je sais pas si c'est vraiment scientifiquement prouvé en l'état de nos connaissances) que la vente de services sexuels, parce que la sexualité serait quelque chose de "spécial"/important pour les humain.es, serait dans tous les cas plus destructrice que les autres secteurs d'activité. A vérifier, mais je n'y crois pas trop, c'est plus une question de contexte social (acceptation, droits, stigmatisation, protection contre les violences) et de variabilité individuelle non ?

Je ne suis pas plus heureuse quand je vois un.e prostitué.e libre et fièr.e de son buziness capitaliste que quand je vois un.e petit.e patron.e fier.e et libre de son bizeness, ni quand je vois un.e ouvrier.e fièr.e et libre de sa condition.
Toutes et tous, à leurs niveaux et à leurs manières, acceptent et cautionnent ce système marchand.
Certain.es gagnent plus que d'autres, certaine.s sont plus exploité.es/libres, que d'autres, certain.es sont plus favorisé.es que d'autres (pays, capacités persos vendables, richesse des parents), c'est tout.

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Alygator427

le dimanche 24 novembre 2013 à 12h36

Geraldin-e
- ni la misère sexuelle (des mâles hétéros principalement)

Désolé je ne suis pas d'accord avec celle la, la misère sexuelle concerne tout le monde, et les clients on par ailleurs une vie sexuelle comme les autres.

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bodhicitta

le dimanche 24 novembre 2013 à 13h47

Geraldin-e
Mais n'est-ce pas une illusion de "solution" qui se contenterait d'escamoter les questions de fond ?, et qui ne règlerait :
- ni la pauvreté qui pousse à la prostitution (ou à se faire exploiter dans une usine textile ou d'I-phone, ou à un mariage "d'amour" avec un riche...)
- ni la misère sexuelle (des mâles hétéros principalement)
- ni la marchandisation de plus en plus totale de tout le reste de nos vies et échanges

Spontanément, je serais plutôt pour donner tout de suite les droits sociaux aux prostitué.es, pour lutter efficacement contre les exploiteurs et violents, et pour éduquer tout le monde pour que les garçons respectent les filles, et pour que d'autres relations soient possibles pour qu'il n'y ait plus de personnes (ou très peu) cherchant à recourir aux services sexuels marchandisés.

oui la vision globale que j'ai du probléme c'est: "la marchandisation de plus en plus totale de tout le reste de nos vies et échanges."
et pour agir local: " éduquer tout le monde pour que les garçons respectent les filles, et pour que d'autres relations soient possibles"

Geraldin-e
parce que la sexualité serait quelque chose de "spécial"/important pour les humain.es

Tout est relatif, donc:
"de variabilité individuelle non ? "
oui l'importance dépend de chacun...

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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ScottBuckley

le lundi 25 novembre 2013 à 12h52

Maia
Clairement ce que je vais dire ne répond pas à la question principale posée par le très intéressant article de Marco, qui parle surtout des normes sexuelles imposées autant aux hommes qu'aux femmes dans la société actuelle.

Sur la question du "demander avant d'agir", je trouve que non seulement ça ne brise pas le charme quand c'est bien compris par les deux partenaires, mais en plus de cela ça créé une aura de respect incroyable dans la relation. C'est ce que j'ai l'occasion de vivre avec mon amoureux actuel, et c'est une attitude qui s'est imposée spontanément à nous. Alors même que nous sommes en couple depuis sept mois (oui, c'est le tout début!), nous voyant presque quotidiennement, cela m'arrive de lui demander si ça ne le dérange pas que je l'embrasse, que je le prenne dans mes bras, que je lui prenne la main, que je le touche, même. Car dans certaines situations, je ne suis pas certaine de ses envies, et ce n'est pas parce qu'on s'aime qu'on est télépathe ! (peut-être qu'on certain romantisme dont vous parlez admet implicitement l'idée qu'on est justement télépathe avec l'être aimé, et qu'on ne fait qu'un avec lui, qu'on est en fusion. Ce qui nuit beaucoup à la communication, mais surtout est une vision assez irréaliste de l'amour!) Et je trouve que c'est très beau de reconnaitre que l'autre est justement autre, et qu'il peut avoir des envies différentes des nôtres, et donc ne pas vouloir de contact physique lorsque nous en voudrions. Pour moi cette attitude est la base du polyamour, et recoupe aussi l'idée de ne jamais prendre l'autre pour acquis -ce qui suppose paradoxalement une grande confiance.

Donc je pense que finalement, plus largement que simplement "supposer que l'autre veut faire l'amour" (ce qui est incroyablement violent, soit dit en passant), c'est arrêter de supposer quoi que ce soit des désirs de l'autre, en l'absence de signaux clairs. Et constamment interroger le désir de l'autre, mais également son propre désir. Ce qui peut être fait avec beaucoup de douceur, et ne pas être bizarre du tout.

Interroger son propre désir, je pense que c'est un peu plus dans le vif du sujet. Parce que quand on fait quelque chose simplement parce qu'en tant qu'homme ou femme, la société nous fait tendre à le faire, c'est le contraire d'écouter son réel désir. Pour moi, il est impossible d'écouter le désir de l'autre si on n'écoute pas son désir propre. Parce que (petite piste pour Marco?) si un homme se retrouve à faire l'amour à une femme simplement parce que dans cette situation il en avait l'occasion, sans peut-être en avoir une envie profonde et autre que superficielle, il est tout aussi victime.

Et il n'est pas si compliqué que ça de dire d'une voix douce et sensuelle : "j'ai très envie de t'embrasser", ce qui laisse la possibilité à l'autre de refuser.

Ou simplement : "De quoi as-tu envie?" dans une situation plus sexuelle, ce qui laisserait entendre que l'acte pourrait ne pas avoir lieu si l'envie n'est pas partagée. Voire "de quoi as-tu envie maintenant?" ce qui prend en compte le fait qu'on peut très bien ne pas être disposé à faire l'amour à un moment donné, même avec quelqu'un qu'on aime et désire.

Par ailleurs, toutes ces demandes sont clairement plus simples à faire dans le cadre d'une relation où une certaine confiance est déjà instaurée. C'est vrai que c'est beaucoup plus difficile de manière générale de communiquer avec des personnes que l'on connait depuis peu.

Oh, Merci Maia !

Tu n'imagines pas à quel point tes mots, ton vécu ici exprimé et ton message ici me touchent et me parlent, et répondent (pour ma part du moins) bien aux nouvelles questions que ce post fait surgir en moi.
( désolé pour la longue citation mais elle me plaît tellement .... )

Une ((( aura ))) incroyable en émane, oui.

' Interroger son propre désir ' , notamment pour se libérer de la routine et de la "force de l'habitude" (que je trouve souvent oppressantes), et pour s'ouvrir à d'autres regards, d'autres expériences, d'autres sens (dans les multiples sens de ce mot).

S'interroger soi & interpeller l'autre aussi sur ce que l'on s'interdit de faire ( ex. : ' pourquoi aimer une personne serait mieux qu'en aimer deux ? ' )

Et à partir de là, déjà mieux se saisir, s'attraper, mieux se prendre, mieux se com-prendre, mieux se sentir soi (d'abord), mieux se ressentir, soi, puis l'autre, dans ses sens, dans ses désirs questionnés, mieux partager, mieux co-construire ensemble, pour mieux ressentir ensemble *.

* D'ailleurs, avant que ce mot (comme tant d'autres) ne voyage à travers les siècles et ne soit parfois 'délavé' par le temps, c'est le sens fort & d'origine (en latin) de ces mots, consensus et consentir
( et là c'est mon côté maître capello qui parle ;) ) :
fr.wiktionary.org/wiki/consensus

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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(compte clôturé)

le mercredi 27 novembre 2013 à 00h02

Maintenant ça fait presque 2 mois que j'ai ouvert ce fil, et ça fait presque deux mois que j'explore le thème du consentement. Entre temps il y a eu la Marche des Salopes (slutwalk.ch/), il y a eu la soirée polysensuelle organisée par GreenPixie (soirée dans laquelle on a beaucoup discuté sur le consentement, et que a aussi été une soirée polyconsensuelle), et il y a eu plein d'occasions où j'ai pu mettre en pratique une véritable culture du consentement. Les résultats ont été assez surprenants:

- En demandant, on reçoit beaucoup plus de "oui" de ce qu'on croit!
- La plus grande résistance ne vient pas de l'autre personne, mais plutôt de soi-même. En décidant de demander, on se met un peu à nu, on revit tous les refus d'avant, on s'imagine l'autre personne dire quelque chose du genre: "comme oses-tu me demander ça?"... Et puis, quand on demande vraiment, tout se passe bien, on reçoit un "oui" ou un "non", et tout continue comme avant!
- Si on prend l'habitude de demander, les relations amoureuses deviennent très faciles: on sait qu'on peut recevoir un "oui" ou un "non", on sait que on survivra dans les deux cas, et que dans les deux cas on saura comment se comporter. Fini donc les papillon dans l'estomac à chaque demande, l'amour devient une forme de présence à soi-même et à l'autre.

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