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La frustration sexuelle masculine

Politique
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Tagore

le dimanche 18 août 2013 à 22h41

Cette intervention a pour but d'attirer l'attention sur le fait que l'aliénation sexuelle des femmes, dont les formes sont connues et combattues par le mouvement féministe, a pour conséquence l'aliénation sexuelle des hommes, dont les formes sont différentes et sont couvertes par un tabou presque impénétrable. Il ne s'agit pas de nier l'aliénation sexuelle des femmes mais de parler de celle des hommes, et de mettre en évidence la liaison de celle-ci à celle-là.

Le fond de l'aliénation sexuelle féminine est l'infériorité économique de la femme. Elle donne lieu à toutes sortes de marchandages sexuels, dont les deux principaux sont le mariage et la prostitution.

Mettre sur le même plan le mariage et la prostitution comme sexualité marchande peut choquer bien des préjugés, il n'en demeure pas moins :

_ que les femmes se marient majoritairement avec des hommes plus riches qu'elles,
_ que leur dépendance économique est aggravée à la naissance des enfants,
_ qu'elles reçoivent des compensations économiques substantielles au moment du divorce.

Force est de constater que la différence entre le mariage et la prostitution est que la femme mariée vend sa sexualité /d'un seul coup/, et reçoit son payement de manière différée et multiforme (sociale et économique, garantie légale...), alors que la prostituée la vend /par morceau/, et reçoit son payement de façon immédiate et habituellement uniforme (argent). Le mariage est à la propriété privée ce que la prostitution est à la location.

Cependant, il ne faut pas négliger que l'homme vend lui-aussi sa sexualité dans le mariage, quoique cela soit moins évident, comme l'illustre le cas de Jean-Louis Ange G.

www.lefigaro.fr/actualite-france/2011/11/30/01016-...

Le fait que la sexualité puisse servir, et serve effectivement à compenser l'infériorité économique de la femme a des conséquences économiques, sociologiques et psychologiques très importantes.

=== économie et sociologie ===

Si les femmes d'un niveau culturel et économique très élevé peinent à trouver un mari, ce sont les hommes des classes inférieures qui ont toutes les difficultés du monde à trouver un compagnon de sexe féminin s'ils ne réunissent pas le minimum de conditions sociologiques et économiques jugées indispensables. Chômage, difficultés de logement, manque d'argent sont des facteurs à faire fuir les femmes. Alors que l'inverse n'est pas symétriquement vrai : une femme trouvera plus facilement à se caser même si elle est pauvre ou au chômage, car il est plus socialement accepté qu'une femme soit dépendante d’un homme que l’inverse. En témoigne l'écrasante majorité des clochards qui sont des hommes et non des femmes, ainsi que certaines formes de délinquance qui sont presque exclusivement masculines : sans argent, il n'existe pas pour les hommes de /filet de sécurité/ qui serait le mariage.

=== Psychologie : offre et demande, inhibition. ===

Dans la mesure où une bonne partie de la sexualité des femmes est destinée à être vendue, il faut que la sexualité féminine vaille plus chère que la sexualité masculine. Comme toute autre marchandises, le prix de la sexualité est conditionné par le rapport de l'offre et de la demande : il faut donc diminuer l'offre et maximiser la demande afin d'en augmenter le prix. C'est ce qui explique la tendance à s’identifier à une /petite princesse/ que l'on retrouve à des degrés divers chez presque toutes les femmes. On explique aux jeunes filles que les garçons sont des « obsédés », et qu'elles sont chastes et pures, qu'il est dans la nature que les garçons couchent avec plusieurs filles, alors que l'inverse est... être une « pute ». Tout ce conditionnement renforce les inhibitions des jeunes filles, déséquilibre le rapport entre l'offre et la demande et les préparent à se vendre au plus offrant.

Il existe d'autres méthodes pour manipuler le rapport entre l'offre et la demande. C'est notamment le fait d'épuiser sa libido avec une seule personne – ou de feindre de l'épuiser – afin d'assécher le marché à l'extérieur. Je m'explique : l'investissement affectif pour réaliser une relation sexuelle n'est pas proportionnel à la satisfaction affective de cette même relation sexuelle. En d'autres termes, il est possible de réaliser un très grand plaisir sexuel sans nécessiter beaucoup d'investissement affectif, et inversement d'investir toute sa libido dans une relation avec des résultats très moyens, voire médiocres. La monogamie instituée a pour effet d'absorber une quantité phénoménale d'énergie psychique au seul profit du couple (avec des résultats pas toujours bons), tandis qu'une masse considérable d'hommes et de femmes sont frustrés à l'extérieur. Dit autrement : /la sexualité exclusive implique qu'il y ait des exclus/.

Pour résumer, je dirais que les relations sexuelles de notre époque ne sont qu’un vaste bordel auréolé d’une religion (l’amour); que les hommes et les femmes sont divisées en classes sexuelles que sont le prolétariat, la petite bourgeoisie et la grande bourgeoisie sexuels -- sans parler du lumpen-prolétariat sexuel invisible mais omniprésent ; et que la liberté sexuelle, tant de fois revendiquée, signifie pour beaucoup la liberté de se faire exploiter sexuellement, ou bien d’être rejeté comme un malpropre de l’usine de la reproduction (la famille).

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Evavita

le dimanche 18 août 2013 à 23h04

Eeeeeeee, c'était quoi la question?

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Cendre

le lundi 19 août 2013 à 00h52

Moi, j'aime bien ce type d'intervention.
Parce que j'en suis là, à peu près, dans mes réflexions :

D'où est-ce que je suis persuadée que les besoins sexuels des hommes sont supérieurs à ceux des femmes ?

Plus je retourne le truc dans un sens et dans l'autre, moins ça a de sens.
C'est comme le coup d'associer la fidélité avec l’exclusivité sexuelle, ça tient pas debout quand j'essaye de coller une logique là dessous. Et encore moins si je le confronte avec mon vécu actuel.

Alors oui, je suis contente de pouvoir lire un truc comme ce qu'écrit Tagore.
Que je suis effarée du coup des 10000€ de compensation pour absence de rapport (WTF ?) mais que ce n'est finalement à prendre que comme un symptôme d'un truc qui cloche dans notre système moral, qu'un couple aigri arrive ainsi à aller en justice avec un prétexte pareil, et que ce même prétexte serve de couverture à la décision de la cours d'appel.

Alors oui,
La sexualité comme une valeur marchande, ça me parle.
J'ai commencé à en discuter ici, avec les uns, les autres. Avec mes intimes, où, justement, le but est de dégoupiller le plus vite possible les marchandages (je t'autorise ça et en échange, tu me fais ça ; je fais un effort, tu en fais un proportionnel) qui peuvent vite tirer au chantage affectif (comment ? après tout ce que j'ai fait pour toi ?), ou à ce que certains spy présentent comme une collection de timbre (accumulations de micro-contrariétés, comptage des points)

Et non.
On ne fait jamais quelque chose pour quelqu'un.
Je n'ai de dettes sentimentale avec personne.
(de même que je ne reconnais aucune dette d'un de mes proche à mon égard, ce que j'ai donné est donné, sans contrepartie opposable)
Je m'en veux de ne pas donner de nouvelles à certaines personnes (des vieux amis ou de la famille), mais c'est pas en me collant une culpabilité du style "Cendre, t'abuses, tu pourrais appeler untel quand même, ça lui ferait plaisir" que je le fais plus, au contraire.
Et à postériori, apprendre que dans une très vielle relation, où l'on a été parfois des mois sans se donner de nouvelles, j'ai moi aussi participé au maintien du lien (alors que pour le coup, je me croyais vraiment en dessous de tout), et certainement l'une des plus belles choses qu'il m'ait été donnée de découvrir cette année sur ma capacité à être une amie pas que en carton.

Alors mettre des mots sur cette marchandisation sentimentale, et sexuelle (tient, j'ai gentiment dévié mon propos, je dois pas tout à fait être encore capable d'en parler publiquement, de l'aspect sexuel ;-) ) c'est important pour moi, ça donne une logique à l'ensemble, permet de construire une contre-argumentation.

Et en même temps, je ne sais pas aller au bout de mon raisonnement.
Je dois pas être encore assez égoïste, pas assez anarchique.

L'homme est un animal social.
Il y a un verni de politesse à respecter, on ne fait pas ce qu'on veut en société, on ne peut pas piétiner l'autre pour son bon plaisir.
Je peux faire en partie confiance à mon empathie, au fait que je ressente suffisamment puissamment la douleur de mon voisin pour ne pas avoir envie (égoïstement) de la provoquer. Mais de là à théoriser que cela suffit, ça passe pas. il me faut une assurance plus concrète pour me sentir digne, respectable, rester quelqu'un de bien, quoi.
C'est flou, je n'ai pas fini de me battre avec mon surmoi...

Bref, merci Tagore.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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(compte clôturé)

le lundi 19 août 2013 à 10h22

Un exemple de cette inégalité sexosociale marquante dans un univers soi-disant "libéré": certains clubs libertins refusent l'entrée aux hommes seuls (ou les font payer très cher) tandis que les femmes payent peu ou pas du tout. C'est clairement désigner celles-ci comme des marchandises (quand un service est gratuit, tu n'es pas client, tu es la marchandise) et jouer de la frustration sexuelle des hommes seuls vus comme des "mort-de-faim" et des mecs pas capables d'avoir une meuf à eux. Sans parler des hommes qui demandent à l'époux la permission de "s'occuper de leur femme", preuve qu'ils considèrent que celle-ci est la propriété de son compagnon.
Pour le problème de la sexualité versus la condition sociale, j'en avais fait un chapitre de mon livre "ce qui trouble Lola", avec un chômeur: « Et pour le sexe, demande Lola, vous faites comment ? » Il ne fait rien, ou pas grand chose. L’hôtelier interdit qu’on amène une femme dans la chambre, trop peur de tomber pour proxénétisme. Aucune femme ne lui propose de l’emmener chez elle, trop peur de se faire violer ou dévaliser, d’ailleurs aucune femme ne l’aborde comme Lola l’a fait, les gens ont peur des pauvres, ils doivent croire que c’est contagieux, alors ils préfèrent les éviter, changer de trottoir, penser que ces gens là sont forcément dangereux ou violents...

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Anarchamory

le lundi 19 août 2013 à 11h08

aimerplusieurshommes
Un exemple de cette inégalité sexosociale marquante dans un univers soi-disant "libéré" : certains clubs libertins refusent l'entrée aux hommes seuls (ou les font payer très cher) tandis que les femmes payent peu ou pas du tout. C'est clairement désigner celles-ci comme des marchandises (quand un service est gratuit, tu n'es pas client, tu es la marchandise) et jouer de la frustration sexuelle des hommes seuls vus comme des "mort-de-faim" et des mecs pas capables d'avoir une meuf à eux. Sans parler des hommes qui demandent à l'époux la permission de "s'occuper de leur femme", preuve qu'ils considèrent que celle-ci est la propriété de son compagnon.

Tout à fait. En fait, ce genre de libertinage n'a rien de subversif : il endosse et accentue les pires axiomes de la pensée "monogame exclusive obligatoire".

aimerplusieurshommes
Pour le problème de la sexualité versus la condition sociale, j'en avais fait un chapitre de mon livre "ce qui trouble Lola", avec un chômeur : « Et pour le sexe, demande Lola, vous faites comment ?  » Il ne fait rien, ou pas grand chose. L’hôtelier interdit qu’on amène une femme dans la chambre, trop peur de tomber pour proxénétisme. Aucune femme ne lui propose de l’emmener chez elle, trop peur de se faire violer ou dévaliser, d’ailleurs aucune femme ne l’aborde comme Lola l’a fait, les gens ont peur des pauvres, ils doivent croire que c’est contagieux, alors ils préfèrent les éviter, changer de trottoir, penser que ces gens là sont forcément dangereux ou violents...

Je pense que la condition sociale n'est qu'une des dimensions — peut-être même pas si déterminante, en tout cas lorsque la pauvreté n'est pas extrême — qui entrent en ligne de compte dans la "misère affective et sexuelle". Même si je ne suis pas du tout d'accord avec les conclusions réacs et antilibérales de Houellebecq, j'ai tendance — tendance seulement — à penser comme lui que "le sexe représente bel et bien un système de différenciation, tout à fait indépendant de l'argent" (Extension du domaine de la lutte).

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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Apsophos

le lundi 19 août 2013 à 12h13

aimerplusieurshommes
(quand un service est gratuit, tu n'es pas client, tu es la marchandise)

Le fait que les femmes soient la marchandise n'est pas le fait des clubs (libertins ou non) ou des sites de rencontres qui les font payer beaucoup moins cher que les hommes, les fournisseurs de ces services ne font que s'adapter à un marché qui a ses spécificités d'ordre culturel : les femmes n'ont pas besoin de ça (donc les "clientes" potentielles sont rares, et il parait que ce qui est rare est cher), c'est aux hommes de faire la démarche (de "prendre les choses en main", de diriger) donc c'est à eux de payer (et tant qu'à rencontrer des hommes, les femmes les préfèrent riches, n'est-ce pas ?), et surtout - et là on est dans le sujet - les hommes sont des morts de faim alors si on ne les fait pas payer super cher il y en aura beaucoup trop chez nous.

Enfin ça me parait évident, oui ça renforce le déséquilibre constaté, mais voilà ce qui se passe quand on veut faire de tout et n'importe quoi une activité lucrative.

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(compte clôturé)

le lundi 19 août 2013 à 13h02

metazet
"le sexe représente bel et bien un système de différenciation, tout à fait indépendant de l'argent"

Certes, c'est un système de différenciation qui a des paramètres non liés à l'argent, mais le sexe reste intimement lié à l'argent. C'est un marché depuis toujours avec la prostitution, depuis pas mal d'années avec les sites et clubs de rencontres les agences matrimoniales, etc. Le mariage aussi, à l'origine avait été créé pour réunir des terres et des biens (voir Thérèse Desqueyroux) pls que pour des raisons sentimentales. En fait, l'amour ( le sexe) libre, joyeux et gratuit reste l'exception.

apsophos
et tant qu'à rencontrer des hommes, les femmes les préfèrent riches, n'est-ce pas ?

généralisation un peu abusive, moi c'est l'inverse: les mecs riches me font fuir tellement ils se croient séduisants à cause de leur fric!

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Cendre

le lundi 19 août 2013 à 14h30

Apsophosmais voilà ce qui se passe quand on veut faire de tout et n'importe quoi une activité lucrative.

J'arrive pas à avoir un avis sur la question. Savoir si c'est l'activité lucrative qui génère la déviance où si elle n'en est que le symptôme...

Nourrir ses proches est un plaisir pour beaucoup de personne. Cela peut avoir une symbolique très forte, sensuelle comme sentimentale. Et même parfois conduire à des comportements excessifs (Martin Winckler en parle dans La Maladie de Sachs, quand il décrit ces femmes qui viennent consulter pour quelqu'un en se plaignant "qu'il ne mange rien")
Et pourtant, le fait qu'il y ait des traiteurs, des cantines, des restaurants ne pose pas de problème de société.
Une personne aimante et un professionnel n'offriront jamais le même plaisir, mais est-ce que l’existence du premier plaisir (se retrouver entre proches autour d'un bon repas où chacun aura apporté sa contribution) nie l’existence du second (s'offrir le luxe d'un service, d'une ambiance, un peu d'exotisme, voire de facilité ?)

En quoi le sexe serait-il si différent ? (ce n'est pas une boutade, ou une affirmation masquée, mais une vraie question)
En quoi le fait que certains marchandent leurs faveurs sexuelles m'empêche moi de les offrir pour le simple plaisir du partage ?

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Vaniel

le lundi 19 août 2013 à 15h20

Merci pour cette discussion Tagore. J'ai toujours trouvé que les relations étroites entre mariage et prostitution sont trop souvent passées sous silence. Le mariage, quand il ne dérive pas à l'extrême vers un esclavage moderne légalisé, se construit fréquemment comme une structure d'échange, de dons et de contre-dons aux valeurs hautement fluctuantes.

Tagore
les femmes se marient majoritairement avec des hommes plus riches qu'elles

Le fait est là mais une autre formulation me semblerait plus juste : "les hommes se marient majoritairement avec des femmes moins riches qu'eux". Beaucoup d'hommes sont mal à l'aise s'ils gagnent moins que leurs épouses. Ils éprouvent le besoin de posséder une supériorité économique, laquelle est favorisée par les disparités salariales homme/femme. Conséquemment, les femmes ne choisissent pas des hommes plus riches qu'elles, elles n'ont souvent que le choix d'hommes plus riches qu'elles parce que les hommes plus pauvres qu'elles ne sont souvent pas disposés à les épouser. C'est un peu caricatural mais ça se vérifie souvent en regardant les couples mariés.

Tagore
On explique aux jeunes filles que les garçons sont des « obsédés », et qu'elles sont chastes et pures, qu'il est dans la nature que les garçons couchent avec plusieurs filles, alors que l'inverse est... être une « pute ». Tout ce conditionnement renforce les inhibitions des jeunes filles, déséquilibre le rapport entre l'offre et la demande et les préparent à se vendre au plus offrant.

Dans ce cas, il s'agit d'inhibitions psychiques. A partir de la puberté, les femmes sont aussi souvent victimes d'inhibitions biologiques qui accentuent le déséquilibre des désirs. Beaucoup de pilules contraceptives diminuent, voire néantisent, la libido d'un grand nombre de femmes.

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Anarchamory

le lundi 19 août 2013 à 15h43

Je suis d'accord avec Cendre. En fait, je suis personnellement pour que la prostitution, la pornographie, tout ce qui est travail du sexe au sens large soit totalement libre, dans l'esprit du STRASS, et ne lutter que contre les violences perpétrées contre le consentement d'autrui (ce qui a une portée qui va bien au-delà du travail du sexe...).

Ça n'empêche pas, évidemment, de se poser des questions. Je pense qu'à l'instar de ce qu'on appelle les "excès du capitalisme", ce qui se joue essentiellement dans ce qu'on pourrait appeler les "excès du travail du sexe" — hors cas de violences non-consenties — n'est pas un "excès de liberté" (expression qui n'a pas beaucoup de sens d'ailleurs), mais au contraire un manque de liberté. Dans les deux cas, il me semble que c'est l’État — mais aussi, dans une moindre mesure, des groupes de pression plus ou moins soutenus par l’État — qui est — sont — responsable(s) d'une raréfaction des "ressources", qui induit une montée des tarifs.

L’État, l’Église, etc. en réglementant la sexualité, en défendant le mariage comme seule cadre d'expression légitime de la sexualité, en méprisant la sexualité, en la réprimant, etc. induisent une forte "demande" en générant ainsi de la frustration, mais également une très faible "offre" en générant de la culpabilité (et parfois, en punissant véritablement). Dans un monde idéal, si deux personnes se désiraient mutuellement, elles pourraient donner corps à leur désir en communiquant, tout simplement, comme pour n'importe quel autre type d'échange. Dans le monde actuel, celui qui demande en premier va passer pour un "needy", un "frustré", et celle qui accepte pour une "traînée", une "Marie couche toi là". Et si j'emploie bien le masculin dans le premier cas et le féminin dans le 2ème cas, c'est parce qu'une autre pesanteur sociale qui n'a rien de naturel veut que ce soit les hommes qui proposent et les femmes qui disposent. Manque plus que l'échange implique de l'argent — et pire, qu'un tiers soit mêlé à cet échange d'argent en en percevant par exemple une partie pour une raison X ou Y, même parfaitement consentie par les deux autres protagonistes — et là c'est carrément la loi qui va s'en mêler. Dans le monde actuel, on peut se retrouver avec la configuration où deux personnes qui se désirent pourtant ardemment se refuseront l'une à l'autre ou l'autre à l'une, par crainte de la stigmatisation sociale, parce qu'elles ont "déjà quelqu'un", parce qu'elles se disent qu'elles ne peuvent pas, juste comme ça, simplement vivre leurs désirs, qu'il faut que ça prenne un chemin compliqué : se connaître depuis plusieurs mois, s'être invités au resto, au ciné, s'être offert des fleurs (mais pas des choux-fleurs), etc., s'être séduits / dragués selon les normes en vigueur, en restant dans le flou, le suggestif et l'implicite sur leurs intentions, alors qu'elles cherchent pourtant la même chose !...

Le problème n'est donc pas que le sexe puisse être tarifé, mais les oligopoles créés et soutenus artificiellement par la réglementation étatique et la stigmatisation sociale (plus ou moins soutenue par l’État). Sous couvert d'activité "salon de massage", des entreprises déjà aisées pourront proposer de véritables services prostitutionnels "de luxe" et onéreux en contournant la réglementation et la stigmatisation sociale, pendant que les prostituées "ordinaires" seront opprimées. L'étape suivante, ce sont les subventions étatiques de quelques activités de travail du sexe bien réglementées et bien contrôlées que l’État aura choisi d'autoriser. Je pense au métier d'assistant sexuel qui est en train d'émerger et qui relève tout le paradoxe de la bien-pensance de la classe politique française qui, d'un côté, veut abolir la prostitution, mais qui d'un autre côté veut la réinventer dans un cadre étatique, réglementé, subventionné, légiféré, etc. Ça me fait penser à cette phrase de Reagan : "Si ça bouge, taxez-le. Si ça continue à bouger, régulez-le. Si ça s'arrête de bouger, subventionnez-le."

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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demeter

le lundi 19 août 2013 à 22h48

MetaZet
Dans le monde actuel, on peut se retrouver avec la configuration où deux personnes qui se désirent pourtant ardemment se refuseront l'une à l'autre ou l'autre à l'une, par crainte de la stigmatisation sociale, parce qu'elles ont "déjà quelqu'un", parce qu'elles se disent qu'elles ne peuvent pas, juste comme ça, simplement vivre leurs désirs, qu'il faut que ça prenne un chemin compliqué : se connaître depuis plusieurs mois, s'être invités au resto, au ciné, s'être offert des fleurs (mais pas des choux-fleurs), etc., s'être séduits / dragués selon les normes en vigueur (...) alors qu'elles cherchent pourtant la même chose !...

Je ne peux pas m'empêcher juste une réaction a chaud parce qu'on ne se refait pas : pour moi le contraire s'appelle de la pornographie, et ça me fait aujourd'hui partir en courant, le plus loin possible sans me retourner... :-) Je ne suis pas un adepte des fantasmes unilatéraux dans lesquels l'autre ne devient qu'un objet virtuel construit sur du néant ou une simple image. J'ai surement testé trop souvent pour ne pas savoir le goût et l'insatisfaction que cela me laisse... Faudrait voir à pas mélanger l'interdit avec la privation...je parle de l'interdit qui me construit, pas celui que l'état ou tout autre personne morale ou physique m'impose, bien sûr...
Il me semble peu probable par ailleurs que ces deux personnes cherchent à priori la même chose...

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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clairobscure (invité)

le mardi 20 août 2013 à 10h42

Discussion qui mérite d'être mise sur le tapis, certes.
Mais faudrait pas oublier non plus qu'il existe bien des différences entre les attentes des hommes et des femmes, en partie dues à notre construction culturelle, mais pas seulement: hormones, structure corporelle et mentale, entre autres, jouent un rôle qu'on le veuille ou non, que les tendances soient plus ou moins marquées selon les individus, même du même sexe.
C'est toujours un grand débat intérieur que de distinguer les différentes influences qui guident nos attitudes, nos réflexes et nos choix. Un homme peut s'intéresser au yoga pour son propre développement, mais peut-être aussi pour comprendre pourquoi tant de femmes s'y intéressent et moins les hommes, voire trouver un terrain commun de partage et/ou de compréhension avec ces femmes, être vu comme un égal et avoir un rapport entre individus.
Une femme peut s'intéresser à la mécanique en soi, mais aussi pour partager un terrain d'échange commun avec des hommes, voire démolir un peu cette barrière entre eux pour enfin être vue comme une égale et avoir un rapport entre individus.
En gros, faire la distinction entre ce qui est spontané, curieux ou stratégique, n'est pas simple et en réalité très mélangé. Le fric me semble un élément non négligeable, parfois vital, mais de là à dire que les relations humaines se construisent toujours uniquement autour de cela, c'est nier la réalité humaine des choses. Et un manque de curiosité envers soi-même ;)

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clairobscure (invité)

le mardi 20 août 2013 à 11h01

Peut-être aussi que la tendance à un comportement plus "touristique" des hommes que les femmes face au sexe, est dû au fait que le pénis est un attribut externe, alors que le vagin est interne à la femme, et pénétrer est une sensation et a une signification très différentes que se faire pénétrer.

Pour revenir sur le fric: au lieu d'y voir une cherche d'inégalité, j'y verrais plutôt une recherche d'égalité globale. En tout cas je ne connais personne qui préfère recevoir une pension alimentaire plutôt qu'être heureux en amour.

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Tagore

le mardi 20 août 2013 à 14h53

Bah il y a les journalistes.

Récemment, un chercheur a démontré (une fois de plus) la corrélation entre richesse et nombre de relations sexuelles. Comme l’explication la plus évidente est que les femmes cherchent à coucher avec des hommes les plus riches pour compenser leur infériorité économique, et que cela entre frontalement en contradiction avec l’idéologie dominante selon laquelle les femmes couchent uniquement pour le plaisir et pour l’amour, les chiens de garde inversent la causalité et déclarent que c’est au contraire le nombre de relations sexuels qui déterminent la richesse.

Et commencent immédiatement une campagne de proxénétisme invitant tous les hommes et toutes les femmes à se prostituer :

“Travail et vie de couple : à rapports sexuels fréquents, salaire plus élevé” “Des salaires liés à la fréquence des rapports sexuels?” “Insolite : une activité sexuelle épanouie influence le salaire” “Quatre rapports sexuels par semaine, c'est bon pour le salaire ?” “Sexe : Les relations sexuelles auraient un impact sur votre salaire” “Coucher plus pour gagner plus” “La fréquence des relations sexuelles pourrait influencer le salaire” “Faire l'amour souvent influencerait positivement votre salaire” “Scientifiques allemands : Faire plus l’amour permet d’augmenter ses revenus”

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Cendre

le mardi 20 août 2013 à 22h22

lexpress
L'équipe médicale a toutefois précisé que ces conclusions pouvaient s'expliquer de deux manières différentes : soit le sexe est une clé au succès, soit le succès est un moteur sexuel.

Mais c'est sûr, il y a un sens plus racoleur que l'autre...

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wolfram

le dimanche 01 septembre 2013 à 16h57

je réveille cette discussion pour demander quels sont les constructions sociales qui ont poussé les hommes à rechercher l'assouvissement de leurs désirs sexuels au travers de la prostitution (masculine ou féminine) et qu'ont fait les femmes pour s'en abstraire ?

Comment nos sociétés inégalitaires patriarcales ont-elles réussies à construire cette faiblesse chez les hommes qui pousse certains à donner le fruits de leur travail en échanges de sexe ?

Les lecteurs qui connaissent mieux le gender que moi pourrait-ils m'expliquer ?

la vraie égalité sera-t-elle atteinte quand on trouvera des femmes roulant au pas dans les allées des bois entourant les grandes villes ou quand plus personne, ni homme ni femme, ne voudra rechercher des prostitués.

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(compte clôturé)

le dimanche 01 septembre 2013 à 21h32

une bonne explication du processus est ici

Pour résumer: on établit que une relation sentimentale franche, libre, gratuite et assumée entre deux personnes est le mal absolu, et que c'est encore pire si c'est une femme qui désire en avoir une. On laisse comme seules options le mariage à vie ou la prostitution, tout en disant que une prostituée libre, franche et qui assume son métier est également le mal absolu. On a ainsi la recette pour créer plein d'hommes insatisfaits et de prostituées malheureuses.

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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wolfram

le dimanche 01 septembre 2013 à 23h46

Je ne connaissais pas le sexe 3.0 !!!

Mais quel est l'intérêt pour le mâle dominateur d'organiser socialement sa propre frustration ?

Comment le mâle a-t-il pu éviter la frustration chez la femme au point de rendre exceptionnel le viol ou le recours à la prostitution même en cas de privation sexuelle de longue durée ?

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LuLutine

le lundi 02 septembre 2013 à 00h25

wolfram
Comment le mâle a-t-il pu éviter la frustration chez la femme

Il évite la frustration chez la femme ???

Quand une femme est frustrée (et ça arrive)...bah elle est frustrée.

Quand un homme est frustré....il est frustré, ou bien il va voir un(e) prostitué(e).

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Len

le lundi 02 septembre 2013 à 00h40

Lol

Je n'ai pas encore testé, y'à des méthodes pour transformer la frustration (l'énergie sexuelle) en une énergie positive.

Y'à pas de fatalité, y'à que des solutions, plus où moins bonnes pour soi.

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