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Désirs et langages

Culture
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ScottBuckley

le samedi 22 juin 2013 à 21h40

Bonjour,

Comment avez-vous découvert la notion de polyamory, et-ou les relations affectives et amours plurielles ?

Par quel moment, découverte, activité, plaisir, mot, lecture, ou autre ?

Et si c’est via un mot ou un livre : avec lequel, et dans quelle langue ?

Pour ma part, c’est principalement en découvrant juste le mot “polyamour” en français dans une brochure papier “contre l’Amour” ,
>> puis en le pianotant sur internet ,
>> qui m’a conduit au livre papier ‘ le guide des amours plurielles ’ (écrit par Françoise Simpère, en poche) ,
>> puis à ce site web et forum,
... >> puis à des rencontres et cafés polys, dès 2009, dans la vraie vie (sans écran) .

Ce qui veut dire que finalement c’est juste un seul mot, bien placé dans un texte, qui m’a à l’origine ouvert sur cette philosophie amoureuse libre et éthique...

La puissance des mots, c’est fou !

L’autre jour, avec des ami-es polys, on a parlé d’une conférence gesticulée de Franck Lepage (que vous devriez pouvoir trouver en vidéo sur internet, via le Scop Le Pavé), qui parlait d’incultures, d’éducation populaire, et à un moment donné il nous a expliqué que selon lui,
on ne pense pas “avec son cerveau”, mais avec sa langue (maternelle, en l’occurrence la langue française), et que l’on peut donc difficilement désirer quelque chose depuis son cerveau si on ne le connaît pas, d’où la phrase :
“ On ne désire que ce que l’on connaît ”.

Pour Franck Lepage, la grande subtilité d’une mauvaise démocratie (d’une médiocratie), ou d’une forme de dictature douce subie/consentie, est dans sa capacité à nous encourager à une vie normée, formatée, avec une langue réduite et appauvrie des mots les plus subversifs (une forme de ‘ novlangue ’, comme dans le roman ' 1984 ' de George Orwell, privée notamment de mots comme “polyamour”, “compersion”, “polyfidélité” ... ), tout en nous donnant l’impression d’une liberté " totale " de s'épanouir, de penser, de s'exprimer et d’agir, avec notre cerveau comme outil principal .

Et en feuilletant le dictionnaire “le petit robert”, ou en lisant et écoutant la triste pauvreté de vocabulaire utilisé depuis de loooongues années dans les principaux médias (sans créativité ni néologisme), je suis assez d’accord avec lui.

Qu’en pensez-vous, ça vous parle ?

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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Reveur

le samedi 22 juin 2013 à 22h48

"La pensée se fait dans la bouche" disait Tristan Tzara.

Mais où se fait le désir ? Peut être effectivement pas au même endroit selon les territoires mentaux développés grâce au language. Moi c'est le livre "En terre étrangère" de Robert Heinlein qui a marqué le début de mon voyage vers le concept de polyamour, mais je ne suis pas certain d'avoir encore tout bien intégré..:-) Peut être qu'il faudrait créer d'autres mots pour m'aider à comprendre :-)

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Cendre

le dimanche 23 juin 2013 à 20h28

Je suis venue au polyamour avec un mot : "non- exclusivité". C'est avec ce mot là que Google m'a trouvé ce site, les articles que j'ai dévoré, puis le forum.
J'étais tellement soulagée de trouver enfin des paroles qui collaient à mon ressenti !

Et trouver enfin du vocabulaire permet en effet de développer non seulement une argumentation, mais beaucoup plus basiquement des mots pour le dire, pour exprimer, en me sentant un minimum légitime dans le sens que je colle aux mots ( comme fidélité) appuyée sur une communauté et non plus seule dans mon coin.

La démonstration de Franck Lepage m'avait bien impressionnée en son temps ( il faut que je reprenne le temps de le revoir, j'ai pas tout suivi au moment des tomates). Et il fini sur la nocivité du mot "projet" que l'on emploie ici aussi. Alors que ce mot contient des connotation de planning, de respect de contrat et de délais, d'optimisation, de rentabilité. Comme si je me bouffais pas la vie avec ses machins là de base, déjà.

Alors oui, je pense qu'il faut faire attention aux mots que l'on emploie, que parler d'un exploité ou un défavorisé n'est pas la même chose.
Et en même temps, faire attention à notre interlocuteur, qui va pas forcément comprendre l'attention que l'on aime porter à la juste sémantique, qui va trouver que l'on cherche midi à quatorze heure pour le plaisir de se justifier.

Mais comme j'en ai eu la démonstration hier ( soirée entre amis, contexte mono) : il est souvent contre productif de vouloir se justifier. Que l'on ait raison ou tord, s'appesentir sur le pourquoi du comment nous fait plus souvent perdre en crédibilité qu'autre chose.
Alors pour soi même et notre propre logique, s'appliquer à employer les mots justes, ceux dont les ramification nous conviennent, et peut être simplement observer leur progression dans notre entourage, leur appropriation par autrui.
Ça va le faire.

Ps: désolée pour le côté décousu du messages, te tape depuis mon téléphone portables, et cela déconstruit pas mal mes idées. Merci a ceux qui liront quand même. ^^.

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demeter

le dimanche 23 juin 2013 à 21h38

Personnellement, les notions liées au mots de projet et d'autonomie sont probablement à l'origine, de part le double sens qu'il suppose dans un contexte éducatif, à la remise en cause de quantité de choses, tant sur le plan pratique que de celui du discours. Cela me semble un peu long de l'exposer ici, mais il suffit de voir combien il est parfois facile dans l'éducation de croire que l'on parle de même chose quand on parle de projet éducatif alors que chaque interlocuteur y met un sens différent. Que ce soit dans le cadre de l'école ou dans les centre de formation pour adulte, les centres de reconversions professionnelles, et même le noyau familial sur lequel est posée une exigence de réussite éducative mal définie que les parents sont supposés dispenser à leur progéniture sans y parvenir (et pour cause).

Aux deux extrémités on trouve ceux qui parlent de projet pour la réussite de la personne formée et son intégration dans la société, afin qu'il parvienne à obtenir un maximum d'autonomie pour se débrouiller seul dans cette société et ceux qui voient dans cette vision de projet une dictature vicieuse contraignant la personne formée à devenir ce que l'on veut qu'elle soit. L'autonomie recherchée n'est alors qu'une obéissance totale et intégrée qui permet au formé de faire alors seul ce que l'éducateur veut lui faire faire.

Se trouver confronter à cette incompréhension entre les deux conduit à trouver le lien qui peut réunir ces points de vue, tant d'un point de vue politique, sociologique, psychologique que personnel. La seule issue me semble de ne pas en faire une opposition mais à voir en quoi ces deux points de vue se complètent et ne sont pas différentiables. Il n'y a pas pour l'individu de viabilité dans cette dichotomie. De là l'opposition entre la morale et l'éthique, la raison et la passion, la nécessaire redéfinition de l'ensemble des cases dans lequel chacun se range pour y trouver une place dans lequel son projet trouve une cohérence tant au niveau des sens que du sens, la remise en cause de la légitimité et la pertinence du couple, et puis la découverte de la puissance de mots, en tant que symboles constructif des relations humaines, du désir ou non désir une traversée de la symbolique du discours dans la construction d'un discours social qui tend aujourd'hui faute d'unification ou par la trop grande réussite de l'amélioration du niveau de vie vers l'urgence de raccommoder l'individualisation avec la socialisation...

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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ScottBuckley

le dimanche 23 juin 2013 à 21h51

Cendre

Et trouver enfin du vocabulaire permet en effet de développer non seulement une argumentation, mais beaucoup plus basiquement des mots pour le dire, pour exprimer, en me sentant un minimum légitime dans le sens que je colle aux mots (comme fidélité) appuyée sur une communauté et non plus seule dans mon coin.

La démonstration de Franck Lepage m'avait bien impressionnée en son temps (il faut que je reprenne le temps de le revoir, j'ai pas tout suivi au moment des tomates).

Et il finit sur la nocivité du mot "projet" que l'on emploie ici aussi. Alors que ce mot contient des connotations de planning, de respect de contrat et de délais, d'optimisation, de rentabilité. Comme si je me bouffais pas la vie avec ses machins là de base, déjà.

Alors oui, je pense qu'il faut faire attention aux mots que l'on emploie, que parler d'un exploité ou un défavorisé n'est pas la même chose.

Oui, Cendre, tout à fait, et en effet trouver de nouveaux mots permet d'affiner sa langue, son regard, ses yeux, et son imaginaire !

Un nouveaucabulaire est en marche.

Un cerveau et une langue débridées aussi ! (+)

En ce qui concerne le mot " projet " , Franck Lepage dit que c'est ainsi que le néo management capitaliste nous permet de croire qu'il n'y aurait plus de hiérarchie / de chef, de domination, etc. , or c'est faux.

Car un " projet " te formate dans le moule de celui qui l'a pesé / pro-grammé / pré-conçu / pensé / budgeté / normalisé, qui te l'a confié, et implique une obligation de rentabilité, de début et de fin décidés très longtemps avant.

... Et alors entre polys, après avoir vu cette excellente conférence gesticulée de la Scop Le Pavé, on s'est souvenu de ce passage, où mister Lepage (de mémoire) oppose " projet " et " désir " .

Le 1er , le " projet ", est managérial, intellectuel, contrôlé mille fois et précarisé / labellisé / pasteurisé / hygiénisé / business modelisé / fiscalisé ( Mon amour mon trésor // Vs le Trésor Public :-( ), et on sait dès le début quand il va se terminer : adieu les aventures !

Pas de libido, mais le bide au lit assuré, avec le stress induit par le travail qui ne s'arrête jamais vraiment (avec les appareils mobiles et autres fils à la patte que l'on se greffe) , "migraines" sur l'oreiller, frustration mentale & sexuelle grandissante & achats compulsifs qui vont de pair .

Les mots ont des employeurs, et ces mots travaillent pour le compte de l'organisation dominante de la vie.

Le 2nd, le désir, est puissant : c'est lui qui te chope, qui te réchauffe, t'attrape sans prévenir, et tu ne sais jamais quand tu vas rencontrer du désir, ni pour qui, ni comment, et tu sais encore moins si ça peut se finir ou pas, se multiplier, s'amplifier avec d'autres relations en parallèle... Libido ad libitum !

Et pour le plaisir, voici un petit extrait d'une partie de ping-pong verbal,
entre Alice et Humpty Dumpty :

Alice :
« La question est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire »

Humpty Dumpty : « La question est de savoir qui sera le maître... Un point, c’est tout. »

( Lewis Carroll, De l'autre côté du miroir , 1872 )

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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demeter

le dimanche 23 juin 2013 à 22h52

J'insiste, la notion de projet ne se résume pas au projet d'une institution ou d'une entreprise auquel cas il est projet de l'institution et de l'entreprise, mais il est inhérent à la construction de l'individu. Le détournement de ce mot est source d'aliénation. Un projet est par définition constitué de celui qui le réalise ou l'envisage et il a pour nature de ne pas être réalisé.

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ScottBuckley

le dimanche 23 juin 2013 à 23h01

@ à Demeter :
Oui, mais en fait j'ai écrit mon message en même temps ou presque que le tien, donc je ne pouvais pas y réagir, simultanément... mais je comprends ce que tu veux dire. A suivre ....

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alps

le dimanche 23 juin 2013 à 23h04

demeter
J'insiste, la notion de projet ne se résume pas au projet d'une institution ou d'une entreprise auquel cas il est projet de l'institution et de l'entreprise, mais il est inhérent à la construction de l'individu. Le détournement de ce mot est source d'aliénation. Un projet est par définition constitué de celui qui le réalise ou l'envisage et il a pour nature de ne pas être réalisé.

Le terme est très mal defini si on si intéresse formellement.

L'alienation est un risque pour toute personne inapte à penser de manière ordonnée sans les mots. Ceci est vrai pour n'importe quel mot. Et certains en particuliers pour qui sait les remarquer. PNL and co...En philosophie des types ont passé leur vie à vérifier l'emploi de certains termes. Lachelier est l'un des plus célèbres. Philosophe discret mais très rigoureux. On ne le dit pas assez souvent mais des tas de termes sont alienants dans la philosohphie de kant, dont le terme conscience par exemple. Dans le langage courant cet emploi est devenu dominant d'ailleurs.^^ Ca reste un detail. Ce terme est très peu puissant. Ou plutot ces effets ne mettent pas en cause l'intégrité du mental des gens qui pensent par les mots. L'alienation reste toute relative. Schopenhauer lui a joué avec des mots bien plus puissant et bien plus discret. tout comme leibniz d'ailleurs. Certains de leurs emplois ont carrément été jugé non faux mais non compatibles avec la pensée philosophique. lol

Il est vrai que de nombreux schizoïdes sont victimes d'un auto déplacement sémantique. Genre un petit systeme de mots redondants qui les empeche de sortir de leur sombres d'idées. sans parler des echolalies et autres pathologies.

Pour revenir au terme polyamour. Pour moi il faut pour bien comprendre un terme etre capable d'en donner la definition la plus large possible. La plus restreinte possible. Puis une definition intensive, puis une extensive. Ainsi on a defini l'espace du mot en 4 dimensions. Mais la mode est à laisser n'importe qui définir n'importe quoi n'importe comment. Et de tout mettre sur le meme plan. Donc il y a bien un danger pour les faibles.

A ce stade de ce que j'ai lu. On est très loin du compte. Mais ca n'a rien d'etonnant. Cette idée est encore jeune et encore en pleine mutation. Elle se cherche encore.

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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