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Les amours plurielles, est-ce politique ?

Politique
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ScottBuckley

le mercredi 03 avril 2013 à 19h56

Bonjour,

D’après vous, y a-t-il une ou des dimensions politiques liées au fait d’être poly ?

“ Politique ” est une notion polysémique, mais ici j’en parle dans le sens de : ‘ non réservé uniquement à la sphère privée, qui émerge dans la sphère publique, avec pour objectif de faire évoluer voire changer un groupe social, une communauté, une société ’.

Par exemple, les communautés homosexuelles (en parallèle souvent des luttes féministes), se sont battues pendant au moins des décennies, avant de se faire davantage reconnaître par certaines sociétés occidentales (comme en France, par exemple, où l’homosexualité n’est plus considérée comme une “maladie” et est sortie du “catalogue”, il y a seulement 30 ans, vers 1982).

Elles se sont battues notamment pour faire évoluer les regards de la société, les normes, le droit, et pour avoir le droit de vivre leurs relations en plein jour (sans risque d’être mal vues, ou punies par la société), et quelle que soit la forme de leurs relations (en couple ou non, avec ou sans enfants, pacsés ou mariés ou non…).

Croire ou être engagé-e dans des relations polyamoureuses, honnêtes, cela amène-t-il parfois à vouloir revendiquer une autre manière de vivre ?

Une écologie amoureuse, de nouvelles formes d’égalités et/ou d’équités (entre femmes et hommes), de nouveaux droits (juridiques, de type polypacs, ou ‘polygamie’ au sens étymologique du terme avec même droits entre femmes et hommes mariés), une acceptation sociale de pouvoir vivre ces relations au grand jour, sans se cacher (parce que l’on n’est pas des monstres) ? Et si oui, lesquels par exemple ?

Avez-vous des informations sur des personnes engagées dans une forme de poly pride (voir la grande bannière horizontale 'polyamory' que l'on trouve sur internet lors d'une manif) ?
( je fais référence à cette image du site web de la world polyamory association : worldpolyamoryassociation.net/2013/02/legalize-pol... )

Des indigné-es de la monogamie ? (double clin d'oeil à Stéphane Hessel)

Vos regards et informations sur ce sujet m’intéressent !

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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lam

le mercredi 03 avril 2013 à 21h01

Ah tiens voilà un sujet de fil qu'il est intéressant. Je viens de poster un truc qui rejoint le sujet à coté.
Pousser cette question permettrait peut-être de voir si un jour les polys auront des revendications. Pour le moment j'ai l'impression que ça en est plus au stade où on se justifie d'exister qu'à celui où on pose ce qu'on voudrait voir arriver, ou peut-être un état de transition entre les deux.

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Anarchamory

le jeudi 04 avril 2013 à 00h15

A mon avis, il y a peut-être une corrélation statistique entre le fait d'être poly et le fait d'être de tel ou tel bord politique. Mais sur le principe, il me semble que le polyamour et la politique sont deux dimensions orthogonales.

Remarquez... j'avoue qu'il y a peut-être des options politiques qui sont difficilement compatibles, quand même, avec le polyamour. Par exemple, j'ai du mal à imaginer comment on pourrait être 100% polyamoureux et 100% conservateur. Au mieux, si on est 100% conservateur, on sera un polyamoureux mal dans sa peau et honteux, qui cherchera à se faire soigner de ce qu'il considèrera comme un vice. Je pense, par exemple, qu'il ne doit pas y avoir foule de polyamoureux dans le parti de Christine Boutin.

Mais pour ce qui est des compatibilités fortes, je pense qu'on peut en trouver avec pas mal d'autres courants des plus divers : l'écologie, le socialisme, le libéralisme, l'anarchisme, le républicanisme (et notamment le radicalisme), l'extrême-gauche ; avec à chaque fois une conceptualisation différente de la chose, mais des conséquences pratiques sensiblement identiques.

Enfin, pour les compatibilités plus faibles, je pense que, là aussi, la diversité est de mise, et aux précédents, on peut donc rajouter tous les autres courants de la gauche, du centre, et même de la droite et de l'extrême-droite, qui ne se réduisent pas à des partis conservateurs (ainsi, de nombreuses mouvances néo-païennes associées à la droite dure ne sont sans doute pas fermées totalement à l'idée des amours plurielles).

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wacko

le jeudi 04 avril 2013 à 01h17

Par politique, je soulignerai bien la notion polysémique de ce mot que t'as déjà mis en avant GreenPixie ; càd que je distingue : le politique de la politique.

La politique, c'est cette sphère élitiste de luttes de pouvoir et de conflits d'intérêt qui me désintéresse certains jours, qui me fait doucement sourire les bons jours ou encore qui m'exaspère les mauvais jours. Au pire, ce qu'on peut craindre de la politique, c'est une récupération de l'idée d'amours plurielles/multiples/polyamour par une quelconque organisation, parti, syndicat etc. Ce qui à mon sens serait une aberration terrible.

Tandis que le politique est pour moi : des positionnements de libre arbitre individuel par rapport à des normes, des lois et des oppresseurs : qu'ils soient oppresseurs étatiques ou oppresseurs sociaux (càd les regards de travers, les remarques dès que qqn se permet de dépasser la norme en vigueur, on est d'ailleurs sans le vouloir tous sociaux-flics mutuels dans nos propres milieux d'interaction).

Donc privilégier son libre arbitre et ses convictions au détriment de normes en place c'est un choix délibérément politique de mon point de vue.

A ça, j'ajouterai le célèbre proverbe "Tout est politique" : prendre position contre des normes en place (sexisme, monoamour, hétéronorme, spécisme ...), vouloir être neutre et se dire apolitique/désintéressé a un caractère politique, l'acceptation du travail salarié, l'éducation, le divertissement et le spectacle, l'institution de la famille, du couple, nos affinités, amitiés, amours ont une dimension politique ...

A mon sens, il ne faut pas nier la dimension politique de chaque relations, en particulier celles auxquelles on consacre du temps et de l'énergie. Car, lors de chaque interaction avec une individualité, on est potentiellement scruté et remis dans le droit chemin en fonction des normes de la situation (norme en vigueur dans un milieu à l'instant T, les milieux "alternatifs" ne sont pas non plus exempt de ceci).
Essayer de construire des relations qui s'émancipe de ces normes sus-citées est à mon sens une action politique des plus respectables : Connaitre qqn au point de pouvoir et de savoir quand être présent lors de situations oppressantes, c'est un signe qu'on a décidé d'accepter la nature politique de toutes relations et d'essayer de la modeler dans un sens qui conviennent aux protagonistes de la relation.

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LuLutine

le jeudi 04 avril 2013 à 02h45

Oui.

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(compte clôturé)

le jeudi 04 avril 2013 à 09h44

Je rejoins wacko sur son analyse du politique. Je partage cette idée du "tout est politique", y compris le "personnel". Ma position, et je dirais même mon engagement en polyamour part de là. Il s'agit d'abord d'un choix politique, de réappropriation de ma vie, de mes choix, de mon corps, de ma liberté... Les choix jugés comme "personnels" sont liés aux normes et doivent, eux-aussi, être ré-envisagés : normes amoureuses, régimes alimentaires, choix éducatifs... C'est un prolongement de mes réflexions et prises de position liées à l'anarchie, au féminisme,... C'est d'ailleurs presque plus difficile à faire entendre, le fait que cela vienne d'une décision, et non d'une façon d'être ou d'une "nature" polyamoureuse. Donc oui, en ce qui me concerne, les amours plurielles, c'est avant tout politique.

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(compte clôturé)

le jeudi 04 avril 2013 à 10h23

A partir du moment où le couple exclusif a été une construction politique pour maintenir les biens dans la lignée paternelle sans risque qu'ils aillent à des enfants adultérins, le fait de refuser cette exclusivité amène à remettre en cause la transmission des biens et à penser en termes d'intérêts de l'enfant par exemple et non de patrimoine à préserver.
C'est politique aussi parce que sans modification des lois régissant la famille, certaines situations seront illégales. Exemple: si une polyamoureuse souhaite avoir un enfant avec son amoureux non légal soit elle le reconnaît, mais son amoureux n'aura aucun droit sur l'enfant, il sera légalement l'enfant du mari si elle est mariée ou pacsée avec un autre amoureux, soit c'est l'amoureux qui reconnaît l'enfant, et celui-ci sera considéré comme adultérin.
Enfin- actualité oblige!- le polyamour est fondamentalement politique puisqu'il prône la franchise et la confiance et non pas le mensonge et le parjure :)

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bouquetfleuri

le jeudi 04 avril 2013 à 10h55

Je souscris entièrement aux réflexions de wacko, no6tm et aimerplusieurshommes, le problème des relations amoureuses est éminemment politique.
Il s'agit bien de l'organisation d'une activité essentielle dont dépend la façon de vivre dans sa société.

En ce qui me concerne, mon approche du polyamour a accompagné mon envie de secouer un peu le système, dans le champ réduit d'un petit segment de la création artistique, en interrogeant des pratiques et des a priori, des définitions et des fonctionnements.
En étant en accord avec l'idée que le plus important est de créer de la relation entre les personnes, je vis mes relations amoureuses comme une expression particulière de ma démarche artistique.
À ce jour, je n'ai pas bien ébranlé le système. Disons que les résultats ne sont pas encore bien sensibles...hihihi

Je suis réceptif aussi au point d'éclairage particulier de MetaZet, Le polyamour s'articule mal avec une pensée conservatrice qui fait la part belle à la hiérarchie et à la morale au dépend de l'éthique.
Une autre observation de trente ans, celui qui se dit a-politique est toujours, toujours à droite. Pas forcément engagé, mais à droite. Pour la raison simple qu'il exprime implicitement se conformer à l'état politique profond du pays. Or, et ce n'est pas près de changer, la France est un pays latin, hiérarchisé, de culture judéo-chrétienne avec une tendance catholique et un reste de monarchie mal nettoyé, un pays ancré dans le conservatisme, malheureusement.
Ce qui explique en partie la difficulté de faire émerger simplement un autre regard sur les relations amoureuses

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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Siestacorta

le jeudi 04 avril 2013 à 13h23

Pour faire simple, je pense qu'il y a des conséquences politiques à une promotion du polyamour, qu'un bon nombre de pratiquants sont en cohérence avec leurs idéaux à travers le polyamour, mais que le polyamour ne nous amènera pas forcément à partager des revendications politiques communes, même au sujet du polyamour, ni même tous les pratiquants à considérer l'aspect politique de leur pratique.

Je radote : ce qui est important politiquement dans le polyamour n'est pas spécifique au polyamour, mais se retrouve dans plusieurs modes de vies affectifs intimes, dont on doit reconnaître globalement la pertinence sociale pour aimer librement.

On peut aimer librement dans le polyamour ET en dehors,en revanche, dans les moeurs sociales majoritaires, cela est beaucoup plus difficile. Donc, la liberté morale et politique dont on parle ne se situe pas exclusivement (héhéhé :-D ) à l'intérieur du polyamour, mais on peut s'aider du polyamour pour la définir, ainsi que d'autres pratiques (asexuels, enjeu des genres, penchants, contraception, échangisme, métissage, kinky... ).

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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demeter

le vendredi 05 avril 2013 à 02h01

La construction de l'autonomie me semble un problème politique important dans une société qui ne parvient plus à donner du sens collectivement aux individus qui la constituent, à une morale collective, qui ne fournit plus d’ascenseur social à suivre, plus de reconnaissance par un groupe majoritaire qui donnerait une marche à suivre, plus de lutte des classes facilement identifiable. Alors qu'il se nourrit de cette individualité en y espérant trouver la source d'une croissance économique infinie, le social laisse l'individu vide de consistance. Alors que, par nature, il n'existe pas d'individu qui ne soit pas social, la politique semble disparaître derrière le concept d'individu qui représenterait la seule alternative viable à une écologie humaine au bord de la rupture, et laisse chacun responsable de soi jusqu'à la dépression. Le polyamour ne nait-il pas de cette autorisation, voire de l'encouragement donné dans ce contexte, où l'individu ne peut compter que sur lui pour se sentir acteur de son projet de vie ? La société laissant chacun dans l'ignorance de ce qu'il faut faire, il ne reste plus à chacun comme issue qu'à passer par un processus réflexif et une adaptation au jour le jour vers un avenir inconnu. La pratique du polyamour entre autre, par la mise en lumière des relations et les bouleversements des rites qu'elle soulève, par "l'autonomie" amoureuse qu'elle nécessite, touche une problématique universelle des relations humaines, dont une autre représentation serait alors une urgence très actuelle.
En dehors de sa pratique, dans sa formulation, le risque comme tout mouvement, comme tout concept, c'est peut-être qu'il devienne un simple groupe d'intérêt supplémentaire qui revendique quelque chose pour son propre compte en excluant délibérément le reste du monde, en ne devenant plus qu'une simple revendication parmi tant d'autres pour satisfaire les besoins d'un groupe d'individus qui réclameraient "leur part du gâteau", leur droit à l'existence dans la reconnaissance par la loi, au lieu de permettre d'étendre la réflexion à un domaine public d'intérêt plus général sur les manières de vivre et un besoin de tolérance. En somme, il n'aurait véritablement d'avenir politique que lorsque il ne se présente pas ainsi. De la même manière que le féminisme n'est pas né des idées de Betty Friedan, mais bien des premières femmes qui ont tenté bien avant elle de le mettre en pratique dans leur vie, avec plus ou moins de succès, sans se soucier des objections qu'elles rencontraient.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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Cendre

le vendredi 05 avril 2013 à 15h23

demeter
Le polyamour ne nait-il pas de cette autorisation, voire de l'encouragement donné dans ce contexte, où l'individu ne peut compter que sur lui pour se sentir acteur de son projet de vie ? La société laissant chacun dans l'ignorance de ce qu'il faut faire, il ne reste plus à chacun comme issue qu'à passer par un processus réflexif et une adaptation au jour le jour vers un avenir inconnu. La pratique du polyamour entre autre, par la mise en lumière des relations et les bouleversements des rites qu'elle soulève, par "l'autonomie" amoureuse qu'elle nécessite, touche une problématique universelle des relations humaines, dont une autre représentation serait alors une urgence très actuelle.

Ça me parle beaucoup, cette problématique.
Je l'ai eu en arrivant ici, je le vivais comme un paradoxe :
A l'origine, je suis très républicaine, persuadée que la seule bonne méthode pour lutter contre la jungle de la loi du plus fort (comme l'est le capitalisme aujourd'hui), c'est la réglementation, c'est une instance supérieure (l'état) qui pose des limites au nom du bien commun et du vivre ensemble. Je me suis même un temps considérée comme « conservateur de gauche », avec une certaine nostalgie pour certaines vielles réglementations (de l'interdiction de spéculer au droit du travail)
que l'on assoupli les unes après les autres au prétexte de la liberté et de la fluidité.
J'ai encore beaucoup de mépris pour les tendances individualistes (et leurs dérivés corporatistes), qui divisent, mettent en concurrence, revendique des droits au détriment des autres.
J'ai eu la chance d'obtenir un statut social confortable sans trop me mouiller, cela ne me dédouane pas d'être solidaire par rapport à la population qui a moins de chance que moi. Ne serait-ce qu'en payant mes impôts.

Et face à ça, le paradoxe : je tombe amoureuse. Plus rien n'a d'importance que moi et mes relations. Ma perception du bien commun se dissous et je prends les règles de la société une à une pour les déformer à mon avantage, pour qu'elles me permettent de vivre mon propre bonheur très égoïste.

J'ai laissé ça de coté pendant un bon bout de temps, parce que ça faisait vraiment mal à ma propre estime personnelle.
Donc je suis contente que vous donniez quelques billes pour me justifier (à moi même) que ce n'est pas la même chose, qu'il y a plusieurs formes de libertés, et que militer pour certaines ne signifie pas que l'on croit à la main invisible du marché (ou à la concurrence libre et non faussée)

...

J'ai quand même également encore beaucoup de mal à considérer que mon mieux vivre actuel ne s'est pas fait au détriment de mon mari.

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bouquetfleuri

le vendredi 05 avril 2013 à 16h32

Le paradoxe est surtout de trouver cela paradoxal, à mon avis.
L'amour est le premier geste social et l'individuation est l'inverse de l'individualisation.
C'est aussi en cela que le polyamour est un geste politique fort qui est d'offrir à la société ses capacités d'individu fort de son libre arbitre et de sa raison à la transformation des règles construites soi-disant sur un modèle naturel qui briment et oppriment.
Et cela n'a rien de romantique.

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Anarchamory

le vendredi 05 avril 2013 à 20h16

Cendre
Ça me parle beaucoup, cette problématique.
Je l'ai eu en arrivant ici, je le vivais comme un paradoxe :
A l'origine, je suis très républicaine, persuadée que la seule bonne méthode pour lutter contre la jungle de la loi du plus fort (comme l'est le capitalisme aujourd'hui), c'est la réglementation, c'est une instance supérieure (l'état) qui pose des limites au nom du bien commun et du vivre ensemble. Je me suis même un temps considérée comme «  conservateur de gauche », avec une certaine nostalgie pour certaines vielles réglementations (de l'interdiction de spéculer au droit du travail)
que l'on assoupli les unes après les autres au prétexte de la liberté et de la fluidité.

En fait, aussi étrange que cela puisse paraître au premier abord, la loi du plus fort, et la domination capitalistique, trouvent essentiellement leur origine dans l'excès de réglementation, et l'interventionnisme d'Etat. Des grands groupes s'enrichissent démesurément parce qu'ils savent que l'Etat sera là pour les secourir en cas de faillite... avec l'argent du contribuable. Cette déresponsabilisation les incite à prendre de gros risques qu'ils n'auraient pas pris s'ils avaient dû, eux-mêmes, en payer les frais en cas d'échec. On a donc une privatisation des profits et une collectivisation des dettes qui n'a rien de libéral ! On appelle cela du capitalisme de connivence. "Je vote pour toi, et en échange tu me subventionnes".

Le libéralisme économique réel, n'est que l'application aux échanges de biens du principe plus général qui consiste à être libre de mener sa vie comme bon nous semble dans le respect du droit d'autrui d'en faire autant.

Originellement, ce qui nous appartient n'est qu'un prolongement de nous-même par le travail (ex. : je trouve un morceau de bois qui n'appartient à personne, et je le sculpte pour un faire une statuette : cette statuette est à moi). Et puisque nous sommes libres de faire ce que nous voulons de nous-même, tant que nous respectons le droit d'autrui d'en faire de même, de même nous sommes libres de faire ce que nous voulons de ce qui nous appartient, tant que nous respections le droit d'autrui d'en faire de même.

Ainsi, j'ai le droit d'échanger ma statuette contre un pot de confiture appartenant à Pierre, si Pierre est d'accord. Et si cela marche avec les statuettes en bois et les pots de confiture, cela marche aussi avec les euros, les dollars, les autres types de biens, les services, etc. La seule condition c'est que les "choses" échangées appartiennent bien légitimement à leur propriétaire officiel, et qu'il y ait accord libre et honnête entre les protagonistes.

Cendre
J'ai encore beaucoup de mépris pour les tendances individualistes (et leurs dérivés corporatistes), qui divisent, mettent en concurrence, revendique des droits au détriment des autres.

Pourtant, les droits dits "sociaux" sont souvent des droits revendiqués au détriment des autres. Et paradoxalement, ce sont ces droits là qui favorisent cette forme d'individualisme que tu méprises à juste titre. Le tissu social tend à se désagréger car l'Etat, par sa main-mise, se substitue à lui.
Il y a aussi cette forme pervertie du libéralisme qu'on appelle le "néo-libéralisme" et qui n'a rien de libéral, avec son modèle de la "concurrence pure et parfaite" qu'on ne peut obtenir qu'au prix d'interventions étatiques (les réglementations sur la concurrence). L'Homo oeconomicus est un être abstrait qui n'existe pas à l'état naturel. Naturellement, l'homme est social. Il devient froid calculateur égoïste et atomistique par suite de la dissolution étatique du tissu social, sous prétexte d'égalitarisme forcené (comment peut-on à la fois vouloir la diversité et l'égalitarisme ? faudra m'expliquer : la seule égalité qui vaille, c'est celle devant la loi).

Cendre
J'ai eu la chance d'obtenir un statut social confortable sans trop me mouiller, cela ne me dédouane pas d'être solidaire par rapport à la population qui a moins de chance que moi. Ne serait-ce qu'en payant mes impôts.

Parce que tu as le choix de ne pas les payer, si tu veux ? Il me semble que la solidarité a une valeur morale dans la mesure seulement où elle vient du cœur. On peut, certes, consentir sincèrement aux impôts que l'on paye, mais même si on n'y consent pas, on les payera de toute manière, donc je trouve que ce sont des conditions peu propices à l'émergence de la générosité authentique.

Après, on peut bien sûr se dire : si on ne force pas les gens à payer, il n'y aura jamais assez d'argent pour subvenir aux besoins fondamentaux de tous, puisque même en les forçant, on voit bien que ça ne suffit pas. Sauf que :
1. Actuellement, beaucoup d'argent est gaspillé en pure perte, pour nourrir une bureaucratie inefficace et labyrinthique, subventionner des grands patrons sans scrupule, etc.
2. Avec un taux d'impôt plus faible, il y aurait davantage d'incitation à participer comme acteur à l'économie du pays, donc les recettes ne seraient peut-être pas diminuées : elles pourraient même se trouver paradoxalement augmentées.
3. La re-responsabilisation des gens ferait en sorte qu'ils auraient, du coup, moins besoin de l'Etat pour s'en sortir.
4. La suppression parallèle de nombreuses réglementations qui étouffent l'emploi avec la "bonne intention" de vouloir le protéger, permettra à moins de personnes d'être exclues du système, et permettra de faire des économies.

Cendre
Et face à ça, le paradoxe : je tombe amoureuse. Plus rien n'a d'importance que moi et mes relations. Ma perception du bien commun se dissous et je prends les règles de la société une à une pour les déformer à mon avantage, pour qu'elles me permettent de vivre mon propre bonheur très égoïste.

J'ai laissé ça de coté pendant un bon bout de temps, parce que ça faisait vraiment mal à ma propre estime personnelle.
Donc je suis contente que vous donniez quelques billes pour me justifier (à moi même) que ce n'est pas la même chose, qu'il y a plusieurs formes de libertés, et que militer pour certaines ne signifie pas que l'on croit à la main invisible du marché (ou à la concurrence libre et non faussée)

...

J'ai quand même également encore beaucoup de mal à considérer que mon mieux vivre actuel ne s'est pas fait au détriment de mon mari.

Ton message illustre bien la difficulté de coller une étiquette politique définitive au polyamour : pour ma part, je suis libéral — tu l'as compris je pense — mais libéral de gauche. Je me sens vraiment la fibre sociale, mais je diffère sur les moyens pour aider les gens.

Je crois qu'il est vrai qu'il y a différentes formes de liberté. Mais je pense qu'il n'y a pas lieu, nécessairement, de les opposer les unes aux autres. Quand je lis des textes écrits par des anarchistes, je suis en général d'accord... jusqu'à ce que je tombe sur des phrases accusant le capitalisme et la propriété privée de tous les maux de la Terre et associant l'économie de marché et la domination du modèle hétéromonogame.

Il y a la liberté positive, c'est-à-dire la liberté comme émancipation, ce qui est généralement valorisé par la gauche.
Il y a la liberté négative, c'est-à-dire la liberté comme non-agression, ce qui est généralement valorisé par la droite.
Bizarrement, la plupart des gens qui sont pour la liberté positive veulent l'imposer par la force : ils veulent nous contraindre à être libre (selon leur définition de la liberté).
Bizarrement, la plupart des gens qui sont pour la liberté négative s'en contente : une fois celle-ci acquise, ils n'aspirent à plus aucun autre idéal.
Pour ma part, en tant que libéral de gauche, je souhaite utiliser des moyens libéraux (non-agression) à des fins libertaires (émancipation). Ça me semble la stratégie la plus payante sur le long terme. Pourquoi, au lieu de vouloir construire un état socialiste, ne pas se réunir dans des coopératives, des mutuelles, des associations d'entraide, etc., basées sur le volontariat ? Pourquoi un Etat formé de gens de la société civile, serait-il plus vertueux que la société civile ? Le système des SELs, défendu par l'extrême gauche, est une forme de libéralisme qui s'ignore, puisqu'il s'agit de créer sa propre monnaie, non taxée par l'Etat, afin d'échanger des services entre individus. De même, l'annulation de la dette des Etats, souvent défendue par l'extrême-gauche aussi, est très libérale : les contribuables n'ont pas contracté cette dette, ce n'est donc pas à eux de la rembourser.

Bref, moi, mon polyamour, je le vis comme un combat libéral, mais libéral grand angle, qui inclus à la fois la non-agression et l'émancipation.

D'ailleurs, pour être libre, même au sens de la liberté négative, il faut être responsable, et pour être responsable, il faut être éduqué, développer ses compétences, ses connaissances, ses attitudes, grandir en esprit critique, en discernement, en tolérance, en amour, etc. donc non, je ne pense pas que liberté négative et positive s'opposent vraiment. En tout cas il y a moyen de trouver un dosage optimal entre les deux.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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(compte clôturé)

le dimanche 14 avril 2013 à 20h33

Bon, voilà, ça fait des semaines que je viens lire régulièrement ici, en silence, et que, comme tant d'autres, j'y trouve de quoi réfléchir et «  avancer». Et que je me dis que je pourrais aussi écrire… Mais ce n'est pas non plus si simple, de venir comme ça, parler de soi…

Alors je prends ce biais - ce sera comme une première manière de dire quelque chose de moi; et ensuite on verra bien!

Je suis tombé là-dessus l'autre jour, et ça me paraissait intéressant sur la question «  polyamour et politique», même si c'est de 1975!

www.monde-libertaire.fr/antisexisme/15357-liberati...

Juste les dernières lignes:
«  On a inoculé en nous depuis l’enfance la peur de nos semblables, la peur de l’autre, la peur d’aimer, la peur d’être libres, la peur de vivre. Se libérer de ces peurs fondamentales, arriver à aimer sans entraves plusieurs personnes, et chacune de façon singulière, se débarrasser de notre besoin d’amour fermé, possessif et exclusif, vivre librement sa vie affective et sexuelle, c’est sans doute une voie difficile à cause de nos préjugés et de nos conditionnements profonds, mais c’est déjà préparer la société égalitaire et le monde sans frontières de demain, où les hommes ne craindront plus de s’aimer, de créer ensemble, de vivre.»

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Geraldin-e

le samedi 04 mai 2013 à 22h37

Qi-do
Juste les dernières lignes :
« On a inoculé en nous depuis l’enfance la peur de nos semblables, la peur de l’autre, la peur d’aimer, la peur d’être libres, la peur de vivre. (...)

Citation toujours très pertinente ! Les choix de modes de relations ne sont pas séparées des autres choix : travail, organisation... Tout est plus ou moins connecté.
Oui, le polyamour est politique, comme vous l'avez dit.
Mais ça peut être à différents niveaux.
Tout simplement des revendications "catégorielles". On est un groupe de personnes particulières, et on veut des droits pour vivre selon nos désirs dans ce système, parmi d'autres options.

Ou, ce que je préfère, une version élargie, qui dit que le polyamour (avec toute sa diversité) est ce qui serait bien pour toustes les humain.es, chacun.e à sa façon, et qu'il serait bien mieux si tout le monde s'en rendait compte et essayait de la comprendre/suivre, de s'évoluer (et pour ça il faudrait modifier progressivement l'éducation et la culture pour accompagner).
Dans cette vision, ça signifie que le polyamour n'est pas une question de goût individuel particulier (comme préférer le chocolat noir ou blanc), mais une question politique qui concerne tout le monde, donc aussi sociale, économique..., qui engage sur une vision des humains, de la vie collective.
Ca veut dire qu'il n'y aurait pas certaines personnes poly et d'autres qui seraient inéluctablement ("naturellement", ou "génétiquement", ou selon leur personnalité) monogames exclusives, ça appelle donc à des changements fondamentaux dans les relations.
Evidemment, ça ne peut pas se décréter, et se faire en deux jours, surtout avec nos tonnes de peurs/blocages persos + les mégatonnes de conditionnements sociaux.

Certain.es vont peut-être dire : "horreur, ce serait instaurer une nouvelle norme à la place de la norme monogame !"
Il faut laisser la liberté de choix à tout le monde.
Le problème, c'est qu'actuellement tout groupe majoritaire tend à vouloir imposer ses normes de force aux autres..., mais si une société devenait majoritairement poly, on peut espérer une largesse d'esprit qui laisserait la liberté de choix aux autres options ? Avec une éducation qui parle vraiment de toutes les options possibles ?

D'autre part, si chaque personne se rend compte librement que c'est génial et que le poly est (en l'état de nos connaissances actuelles) ce qui convient le mieux au genre humain, ce n'est plus une norme, mais un choix libérateur fait dans l'enthousiasme communicatif !

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dr.house

le samedi 04 mai 2013 à 23h07

Bonjour tout le monde,
C'est depuis les manifestations organisé par la sainte barjot que moi et mes deux copines avons recommencer a avoir dans un premier temps des bras d'honneur des insultes jusqu'à qu on se venge sur leur voitures respective avec des graffitis de haine.

Nous savons depuis des lunes que la monogamie en France est terminer combien de divorce, raz le bol de la curie romaine zut ;
Cordialement ...

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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Cendre

le jeudi 09 mai 2013 à 00h38

Geraldin-e
Mais si une société devenait majoritairement poly, on peut espérer une largesse d'esprit qui laisserait la liberté de choix aux autres options ?

Quinze années de quiétude, j'en porte chaque secondes en moi. C'est inscrit en majuscule à coté de la certitude que ce n'est pas moi que tu quittais, comme la preuve indélébile que nous avions toujours été à part, si différents de nos semblables et de leurs contrats d'un an, au pire reconductibles, que l'idée ne m'était pas venue.

Ayerdahl, La logique des essaims L'adieu à la nymphe.

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dr.house

le jeudi 09 mai 2013 à 07h14

Si le polyamour n'est pas majoritaire qui'il soit au moins reconnu comme une autre manière de vivre en société..

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Abel

le jeudi 09 mai 2013 à 08h50

wacko
Au pire, ce qu'on peut craindre de la politique, c'est une récupération de l'idée d'amours plurielles/multiples/polyamour par une quelconque organisation, parti, syndicat etc. Ce qui à mon sens serait une aberration terrible.

Je nuancerai ce propos pour rappeler que s’il y a un courant politique qui peut s’honorer d’avoir, depuis le milieu du XIXe siècle jusqu’à nos jours, d’une part combattu le sexisme et le patriarcat, et d’autre part, réfléchi, théorisé, expérimenté et diffusé sur l’amour-libre en général, ce sont les anarchistes. Au moins ceux-ci, et leurs organisations politiques (FA, AL, OCL, etc) ou syndicats (CNT) vous ne pourrez pas les accuser de récupération.

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Abel

le jeudi 09 mai 2013 à 13h18

A ce propos, je voudrais vous recommander le n°29, automne 2012, de la revue "Réfractions : recherches et expressions anarchistes" qui a pour thème : Voies sexuelles, Voix désirantes.
Bien que cela ne parle pas spécifiquement du polyamour, vous y trouverez un article intéressant de Jacques Lesage de La Haye sur : Sexe et politique.
Les parisien(ne)s la trouveront à la librairie Publico, 145 rue Amelot dans le 11e, au prix de 15 euros. Les autres pourront le commander directement sur le site de la revue.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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