Polyamour.info

Les messages appartiennent à leurs auteurs. Nous n'en sommes pas responsables.

Merci de consulter notre charte de discussion pour connaître les règles qui régissent les conversations sur ce site.

La peur : un mur entre femmes et hommes à dépasser ?

Bases
#
Profil

ScottBuckley

le samedi 19 janvier 2013 à 18h39

Il existe dans nos sociétés des pratiques, des cultures, des traditions et des relations entretenant la peur et/ou la haine entre femmes et hommes, une peur et/ou une haine qui prennent la forme d’un immense mur, souvent inconscient, invisible.

Il y a la peur des femmes à l’égard des hommes (notamment leur manière de s’exprimer, leur force, leurs statuts, leurs dominations, leurs pulsions, leurs violences, “légales” ou non).

Ces peurs et/ou ces haines provoquent notamment la naissance de sentiments qui vont jusqu’à l’apparition de “men haters” (que je traduirais ici par “femmes détesteuses d’hommes”).

Dans la vie j’ai déjà croisé des femmes “men haters”. Elles se sentent souvent menacées et/ou opprimées par les hommes dans la société (y compris parfois au coeur de leur famille, par leurs frères, leur père…), elles peuvent être ou non proches d’une religion, être - par exemple - catholiques, musulmanes et/ou soufistes (une tendance modérée de l’islam).

Le courant plus ou moins informel des “men haters” est parfois difficile à observer, et d’ailleurs, c’est une amie féministe qui m’en a parlé, lors de nos discussions dans la vraie vie, de vive voix autour d’un repas, toujours lors de nos conversations en anglais. Mais à ce jour je n’ai pas trouvé trace du mot “hater” dans un dictionnaire d’anglais (même pas dans mon Slang dictionary !) : ce mot semble appartenir pour partie à la culture orale et féministe, je ne l’ai jamais croisé ailleurs. Mais ce mot nouveau je le trouve assez pratique car il permet de pointer du doigt un ressenti fort, et tout à fait compréhensible, légitime. D’ailleurs, en tant qu’homme, ma haine des machos, de la domination masculine et des cultures phallocratiques ancestrales est parfois proche de ce ressenti.

Et il y a aussi, plus ou moins en parallèle, la peur des hommes à l’égard des femmes : certains hommes, nombreux, ont peur (de façon plus ou moins inconsciente) des femmes, de leurs libertés, leur caractère sauvage, leur corps, leur sexe, leur utérus, leurs règles, leur sang, leur capacité à pouvoir faire des bébés notamment sans hommes, leurs nouveaux droits politiques, leurs libertés et émancipation sexuelle croissante, leur capacité à obtenir très souvent (trop souvent pour eux ?) la garde des enfants lors de divorces, leur capacité à avoir plusieurs compagnons et amours (polyandrie et amours plurielles), plusieurs relations sexuelles parallèles, grâce notamment à la liberté de contraception en France et ailleurs…

Ils ont peur de perdre la face, la partie, de devenir inutiles et inférieures aux femmes.

Peur peut-être aussi de voir un jour naître une société matriarcale au 21ème ou 22ème siècle (qui sait ?), provoquée par l’apparition d’un nombre croissant de femmes libérées, émancipées, ces amazones modernes réinventées (libres comme l’immense fleuve du même nom).

Des femmes qui n’auraient plus besoin des hommes, et qui pourraient priver ces hommes des plaisirs de la chair, des plaisirs féminins, de l'amour. Une société matriarcale, une utopie, une chimère ? Là encore, le mot “Chimère” renvoie à une femme, dans la mythologie grecque. Une femme qui, dans ce mythe, est tuée avant de laisser place aux combats des hommes contre… les Amazones, ces femmes guerrières. Les mots, les légendes et l’histoire ne sont jamais innocents !

La grève totale du sexe est déjà présente chez Aristophane (un féministe avant l’heure !?), à l’époque des Grecs antiques, dans la pièce de théâtre “Lysistrata”, qui est le prénom d’une femme, une belle Athénienne qui convainc les femmes de mener cette grève du sexe pour arrêter les combats. “Lysistrata” qui étymologiquement signifie “Qui délie l’armée”, puisque cette femme et cette grève sont là pour dissuader les hommes de faire la guerre, de tuer, donc de dominer les autres.

Ce sont des femmes qui mettent au monde les enfants, … et ce sont des hommes qui en faisant la guerre tuent ces enfants, de tous âges. Aristophane cherche à montrer ici que des conflits politiques à la tête des Etats peuvent trouver des solutions non pas venant “d’en haut” (politiques, lois, etc.)… mais aussi “d’en bas”, dans la sphère la plus intime des êtres : dans leurs propres foyers, leur vie privée, leur lit, leur vie sexuelle ! Une manière de dire “ - Ah oui, vous et votre démocratie grecque moderne, vous privez les femmes de droits civiques et politiques, de droits de vote, du statut de citoyennes, en haut ? Eh bien elles trouveront d’autres manières de s’exprimer et de se révolter, de se faire entendre !”. Tout comme les esclaves gladiateurs et autres combattants emmenés par Spartacus, un peu plus tard, eux aussi privés du droit de vote.

Il y a donc là un combat de la part des femmes de protéger des enfants et des vies, et de préserver la paix, pour garantir l’avenir de l’humanité, combat illustré par cette pièce d’Aristophane, du moins c’est comme cela que je le ressens et comprends. Il existe d’ailleurs une expression et tradition qui dit : “Les femmes et les enfants d’abord !”, connue, comme signification de protection des “plus fragiles”, sans doute pour la survie de l’espèce, en cas de danger, de navire qui coule dans l’océan…

Les hommes doivent combattre le danger, conduire le bateau jusqu’à la fin (y compris jusqu’à la mort, à bord du navire), et les femmes et les enfants doivent pouvoir leur survivre en priorité, ailleurs en lieu sûr, en cas de danger, au cas où…

Quand certains hommes voient des femmes devenir libres, sauvages, expressives, extraverties, folles, voire libres d’aimer d’autres femmes, et/ou plusieurs hommes à la fois, ils ne les comprennent pas toujours (car chez ces hommes, leur langue, leur grammaire, leur culture patriarcale, phallocratique, ne les a pas habitués à cela), alors en réaction, ces hommes-là les traitent parfois, je cite d’ “hystériques” (dont l’étymologie est lié au sexe de la femme, l’utérus), ou de “salopes” (notamment parce qu’elles couchent avec plusieurs hommes). A chaque fois, ces insultes sont liées au sexe des femmes, et/ou à leur sexualité, que eux voudraient contrôler, brider.

Idem quand des hommes “draguent” ou agressent verbalement des femmes dans la rue ou ailleurs, et les harcèlent à coup de “Eh mademoiselle t’as pas un 06 ?”. Quand la femme refuse, c’est un peu comme si des Lysistratas modernes renaissaient. L’une de mes amies leur répond parfois : “ - Non moi je te donne pas mon n°, par contre moi je prends ton n° et c’est Moi qui t'appelerait ! ;) (ce qui aurait parfois un effet “castrateur” sur eux paraît-il. Astucieuse, comme réponse !)

D’où la naissance de méfiances, de sentiments de peurs et de haines masculines à l’égard des femmes, de la part de ces hommes, dont certains iront jusqu’à se rapprocher des thèses des “masculinistes”, pour qui les femmes ont déjà acquis “trop de droits” au 20ème siècle, et menacent à la fois les hommes (au sens masculin) et donc toute la civilisation patriarcale multi-millénaires.

Les hommes ont-ils toujours, de tous temps, eu peur des femmes ? Je n’en suis pas sûr. Dans de nombreuses cavernes et grottes préhistoriques, sur différents continents, on trouve de nombreux dessins (faits par des hommes notamment ?) présentant des femmes, vraisemblablement respectées, voire déifiées, et représentées dans des corps tout en rondeurs (y compris enceintes !?), présentées parfois comme les déesses de la Nature et de la fécondité, capables de donner la vie, de permettre à d’autres vies d’exister malgré la mort de certain-es.

On est alors (trrrès) loin des images stéréotypées des femmes artificielles de magazines féminins actuels (du 21ème siècle) où les femmes sont représentées presque toutes par des top “modèles” et mannequins minces tailles de guêpe, voire anorexiques, et retouchées sur photoshop, ce qui amène beaucoup de lectrices et autres femmes du monde réel (sans photoshop) à complexer sur de nombreuses parties de leur corps qui ne seraient pas “normales”, et beaucoup s’endettent tristement dans cette fuite en avant qu’est la “chirurgie esthétique” (voir à ce sujet le livre Femme fatale, de Mona Chollet).

Si on veut avancer dans notre société, vers des relations sentimentales, amoureuses, sexuelles, plus épanouies, plus libres, par exemple polyamoureuses mais pas seulement, à la fois consentantes Et gracieuses (sans violence ni argent), on devra, parmi d’autres combats, s’attacher à libérer femmes et hommes de ce mur de peurs et de haines qui existe entre ces deux moitiés de l’humanité, et à trouver toutes les pistes possibles pour le dépasser, me semble-t-il.

Qu’en pensez-vous ?

#
Profil

Apsophos

le samedi 19 janvier 2013 à 19h35

Quelques réactions en vrac :
"hater" existe bien en argot : www.urbandictionary.com/define.php?term=hater
Il y a même un meme knowyourmeme.com/memes/haters-gonna-hate

Un "homme féministe" est parfois qualifié de "mangina", ou de rigoureuse impossibilité, selon le camp. Voir à ce sujet les réactions que peut provoquer la pub "pizza boomerang", je ne donne pas de lien j'imagine que tout le monde sait utiliser un moteur de recherche.

Quand on respecte ou déifie quelque chose, ce n'est pas forcément parce qu'on l'aime, ça peut aussi être simplement parce qu'on en a peur. J'aurais tendance à dire que l'être humain a toujours été un "hater" de ce qui n'est pas comme lui, selon sa perception en tous cas. Et cette perception se manipule, on divise pour régner (sur l'ensemble ou sur la partie, selon les moyens du moment) et il y a bien d'autres exemples de ce type de divisions. Mais celle entre hommes et femmes semble naturelle, si c'est naturel il faut le respecter/il n'y a rien à y faire.

(j'en ai sûrement d'autres mais là c'est un peu confus)

#
Profil

anges

le samedi 19 janvier 2013 à 19h57

J'inverserais la cause et la conséquence: la non exclusivité permet justement de libérer les hommes et les femmes du mur de peur qui s'est construit au cours de l'histoire.

L'exigence d'exclusivité interdit aux êtres d'aller à la rencontre réelle des personnes de l'autre sexe. Elle encourage ainsi la méconnaissance réciproque des sexes. Cette méconnaissance crée la peur d'être dominé(e) et conduit à des réflexes de protection, d'un coté comme de l'autre.

J'ai été impressionnée par le reportage sur les Mosos disponible sur le site polyamour.be. (dont le lien est: http://www.polyamour.be/e107_plugins/autogallery/autogallery.php?show=Video%2F16.Les_Mosos_-_Sans_jalousie_[Arte_TV].wmv). Les relations entre hommes et femmes paraissent totalement apaisées.

Je crois donc que si nous avançons dans notre société, vers des relations sentimentales, amoureuses, sexuelles, plus épanouies, plus libres, par exemple polyamoureuses mais pas seulement, à la fois consentantes Et gracieuses (sans violence ni argent), cela permettra de libérer femmes et hommes de ce mur de peurs et de haines qui existe entre ces deux moitiés de l’humanité, et à trouver toutes les pistes possibles pour le dépasser.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

Répondre

Chercher dans cette discussion

Autres discussions sur ce thème :

Espace membre

» Options de connexion