Polyamour.info

Les messages appartiennent à leurs auteurs. Nous n'en sommes pas responsables.

Merci de consulter notre charte de discussion pour connaître les règles qui régissent les conversations sur ce site.

Eduquer ses enfants hors des clichés de genre

(Hors sujet)
#
Profil

tentacara

le mercredi 24 octobre 2012 à 10h20

Salut tous!

Je suis consciente que le sujet n'est pas lié directement au polyamour, mais je sais que certains s'y intéressent de près et les autres sont tout de mêmes des spécialistes en déconstruction de la norme sociale.

J'ai donc une petite fille de 14 mois. Elle est vive, éveillée, très maligne, casse-cou(illes), affectueuse, rigolarde et rigolote. Elle est aussi très jolie.
Depuis sa naissance, les gens qui la croisent, même au moment où elle entreprend l'ascension d'un toboggan par la face nord, ont tendance à ne remarquer que sa jolie frimousse. Évidemment, ça m'énerve prodigieusement! Qu'une gamine espiègle, intelligente, douée pour le contact social, etc. soit en permanence ramenée à son apparence est un des nombreux fardeaux qui pèsent sur les épaules des fillettes de nos lieux et temps.
Nous essayons, mes amoureux et moi, de l'éduquer avant tout dans le respect de sa personnalité et de ses goûts. Elle adore la musique et n'hésite pas à danser la tektonique sur du Chopin, on fait donc en sorte qu'elle entende autant de styles de musiques que possible au cours de la journée. On la pose devant le piano, et elle s'éclate (ainsi que nos tympans). Elle est très physique, on la laisse escalader les meubles toute seule, on la laisse chouiner quand elle échoue, on la laisse se casser la gueule de temps en temps et on lui fait de gros câlins pour la consoler.
On veille de près aux jouets qu'on lui offre : une poupée, ok, mais avec des fermetures éclair, des boutons et des scratch pour l'agilité des mains.
Côté vestimentaire, selon la météo et ce que je trouve à tâtons dans d'armoire le matin, elle est vêtue tantôt unisexe, pantalons ou salopettes, couleurs "neutres", tantôt plus marqué "fille" , petites robes, même roses parfois!

Désolée pour l'intro un peu longue, j'en viens au fait.

Nous voulons que notre fille se sente libre d'être elle-même. Qu'elle soit à l'aise en elle-même et avec les autres. Nous refusons, sous prétexte qu'elle est fille de lui assigner un rôle de bibelot joli et silencieux. Elle est très curieuse de ce que je fais en cuisine (mais ne peut pas y entrer) et adore aider son père à trier le linge ou son parrain à ranger la maison. On essaye de lui donner des repères basés sur les goûts de chacun plutôt que sur les genres.

J'ai peur toutefois que notre vigilance à ne pas trop l'exposer aux marqueurs culturels féminins ne finisse par lui laisser croire qu'être une fille, c'est mal.
Or si nous ne voulons pas qu'elle subisse sa féminité comme un stigmate qui l'empêcherait de faire exactement ce que font les garçons si ça lui chante, nous ne souhaitons pas non plus lui donner une image dévalorisante des filles en général, de leurs jeux, leurs codes, etc.

Y a-t-il d'après vous un équilibre possible entre la liberté de développer sa propre personnalité sans être pollué par le déterminisme de genre et la nécessité de s'identifier à des groupes humains pour se construire ? Je sais, ça ressemble à un sujet de bac philo, mais vos réponses peuvent nous aider à maintenir l'édifice fragile de son épanouissement.

Merci, bisous!

#
Profil

Siestacorta

le mercredi 24 octobre 2012 à 10h49

Ben...
Disons que vous avez déjà un rapport éduqué aux clichés de genres vous-même. J'ai tendance à dire que si la gamine perçoit le plaisir que vous avez à vivre cette liberté-là, elle en sera marquée sans que vous ayez besoin de réinventer un gender-concerned montessori (ouanagaine staïle).

#

(compte clôturé)

le mercredi 24 octobre 2012 à 11h07

Coucou,

mère de fille qui s'est posé les mêmes questions que toi - et qui continue d'ailleurs, et depuis 5 ans hou la la comme le temps passe - au rapport !

Pour la faire courte j'ai passé en gros les trois premières années d'existence de ma chérie-chérie à me prendre la tête sur le fait que je ne voulais pas qu'elle ait une éducation sexiste ni qu'elle s'imprègne des normes de genre. Je voulais l'élever de la façon la moins genrée possible - et le papa a suivi, merci à lui d'ailleurs au passage.
Ce qui a donné : des vêtements choisis en fonction de leur aspect pratique avant toute chose (vive la combinaison en coton rayée unisexe, vive les bas de survêtement et les pantalons avec des poches et des zip qu'on trouve beaucoup plus au rayon garçon qu'au rayon fille, vive les chaussures sans kiki-froufrou-pompons qui s'arrachent dès le deuxième jour).

Des jouets le plus unisexe possible - des peluches, des jeux de construction, des livres tout plein tout plein, une dînette oui mais surtout pour patouiller dans le sable.

On va aider papa à la cuisine et aussi à l'établi (papa très bricoleur = gamine qui apprend à faire de l'enduit à 3 ans, j'ai des preuves en photo), on aide aussi maman à plier le linge et on sait que quand elle est dans son bureau on n'entre pas sous peine de mort parce que maman TRAVAILLE.

On évite les livres style "zoé princesse parfaite" (envie de la tarter cette zoé), et quand on regarde un dessin animé nunuche c'est avec maman à côté qui fait remarquer que quand même ces nénettes elles passent un peu leur journée à se recoiffer...

Bref je me suis beaucoup pris la tête mais je ne regrette pas, quelque chose a germé d'intéressant à mes yeux.

MAIS

Oui, il y a un mais. En fait il y en a deux.

1) Je me suis retrouvé avec une enfant qui se roulait par terre quand on lui proposait de mettre une jupe. Réaction qui m'a semblé un peu disproportionné. Je me suis interrogé. Et j'ai un peu lâché du lest quand je me suis rendu compte que, comme tous les mômes, elle forgeait ses goûts aussi en fonction de ce qu'elle pensait que j'attendais d'elle. Une mère, un père, sont des prescripteurs inconscients terribles pour les enfants. Ils veulent avoir notre approbation, c'est vital pour eux, alors s'ils sentent comme dans mon cas une méfiance vers ce qui est typé "féminin", ils vont s'en détourner, pour de mauvaises raisons : pas par indépendance d'esprit ou autonomie, mais pour faire plaisir à maman. Donc je donne beaucoup moins qu'avant mon avis et parfois même je lui propose ce que j'appelle en rigolant des "activités de fille" : on va toutes les deux se balader, manger des glaces, se faire un ciné, acheter des fringues... Et je lui apprend aussi à prendre plaisir à s'occuper de son corps, le parfum, les huiles de massage (pas de maquillage en revanche, j'en mets jamais), la coquetterie... Sans excès mais de temps en temps, je crois que ça rééquilibre.

2) L'entrée à l'école, c'est la fin de la "toute-puissance" parentale en terme de choix de vie. Elle va se retrouver confrontée aux autres, qui vont lui balancer du stéréotype plein la figure. Et il faudra lui apprendre à en prendre et à en laisser. Ma fille a eu droit à "tu as des chaussures de garçon", "tu as les cheveux courts", etc etc. Et de fait elle n'a quasiment que des copains garçons (mais elle en a beaucoup (+) ) entre autre parce qu'elle n'aime pas les jeux de fille... Il a fallu essuyer des larmes, expliquer, réconforter et surtout rebooster l'ego. Ce qui a été l'occasion d'une part de choisir - et cette fois à partir de ses vrais choix à elle - ce sur quoi elle n'allait pas transiger (pas question de se forcer à jouer avec les filles ou à mettre des robes roses qui la gênent) et ce qu'elle souhaitait changer pour être acceptée (faire pousser ses cheveux, choisir des vêtements pratiques mais un peu plus typés fille). Et d'autre part de discuter de façon très approfondie sur ce que ça veut dire, être une fille, être un garçon. Et je crois que c'est surtout ça, l'échange qu'on a eu à partir de ce moment, la réflexion qu'on mène tous ensemble en famille, qui est le plus pertinent pour notre projet d'éducation non sexiste : ce qu'on en dit et ce qu'on en discute ensemble, bien plus que des trucs à appliquer ou des pratiques.
Bon courage en tout cas, c'est une belle aventure !

#
Profil

Katouchka

le mercredi 24 octobre 2012 à 12h07

Cette question mériterait au moins 6 copies double mais je ne vais pas m'étaler.
Cette enfant est élevée sans aucun doute dans un milieu et un cadre qui l'ouvre sur le monde d'avantage que la plupart des enfants de son âge. Je sais un peu de quoi je parle pour vous avoir rencontrés plusieurs fois et pour connaître la plupart des enfants. Vous lui montrez un modèle ou justement il n'y a pas de clichés. Sur aucun sujet, pas même sur les femmes. Son modèle de féminité c'est toi principalement pour le moment et franchement c'est un très joli modèle de féminité absolument pas cliché en plus! Alors j'ai envie de dire ne t'inquiète pas. Cela ne l'empêchera pas de vouloir peut-être à un moment vouloir jouer aux Barbies et s'habiller tout en rose, toi cela va te rendre verte mais c'est comme ça. L'important il me semble c'est de lui montrer qu'il n'y a pas un seul modèle de féminité, c'est de développer son esprit critique sur tous les sujets. Et lorsqu'elle sera grande elle choisira toute seule le modèle qui lui correspond le mieux. (voire peut-être elle en inventera un tout neuf!)

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

#

Plumetis (invité)

le mercredi 24 octobre 2012 à 12h08

Moi qui lis le forum depuis un bon bout de temps sans intervenir, cette discussion me parle beaucoup et j'attends toutes les réponses avec impatience.
Je n'ai pas de réponse, n'étant pas encore mère pour l'instant mais juste une petite interrogation à partager : ce qui relève traditionnellement du masculin étant, encore de nos jours, largement valorisé alors même que ce qui relève du "féminin" reste perçu comme futile, moins important, l'exception par opposition à la règle (masculine), j'ai l'impression qu'il est presque plus "facile" (je mets plein de guillemets hein) pour des parents d'éduquer une fille dans une large palette de possibles ; une petite fille déguisée en pompier sera toujours bien perçue, voire admirée, alors qu'un petit garçon qui veut s'habiller en princesse sera plutôt perçu comme anormal voire stigmatisé (j'enfonce des portes ouvertes là). Donc je me demande si, dans le monde dans lequel on vit encore, éduquer des enfants loin des stéréotypes de genre est différent selon leur sexe ? Car cela peut apporter beaucoup socialement à une petite fille tout en "desservant" un petit garçon, dans la mesure où des comportements perçus comme féminins - pleurer, être en mesure d'exprimer ses émotions, ne pas vouloir se battre pour des bêtises etc - le mettent en porte-à-faux avec tout ce qui est exigé socialement de lui...
Pour le côté pratique, si jamais ça t'intéresse, tu trouveras ici un lien avec une liste de livres pour enfants sélectionnés par l'assoc' lab-elle, attentifs à ne pas reproduire les stéréotypes de genres.
www.lab-elle.org/actions/livres/

Bon courage dans cette entreprise !

#
Profil

tentacara

le mercredi 24 octobre 2012 à 13h11

Merci Katouchka et Siesta, mais justement, notre fille a des parents dont l'une des caractéristiques principales est de s'interroger sur leur façon de faire les choses. J'espère bien que nous lui donnons un exemple parlant de la diversité des possibles transcendant le genre, d'autant plus qu'elle est encore dans une phase de son développement où ses références viennent essentiellement de nous. Mais je pense plutôt à l'après, à la socialisation, à l'école, au besoin de partager les codes des groupes ou au moins de les connaître.

Janis et Plumetis, vous mettez le doigt sur ce qui me turlupine :

Janis, l'exemple de la réaction de ta fille devant une jupe est assez parlant. Je n'ai pas envie d'élever une fifille à froufrous, mais je ne veux pas non plus qu'elle rejette sa féminité à travers les attributs qu'on lui a assigné. Côté vestimentaire, je ne m'en fais pas trop : je n'hésite pas à lui mettre une robe quand c'est possible et elle me voit en jupe et talons quasiment tous les jours. Pour l'instant, elle n'a pas encore identifié ses propres vêtements comme un élément de son identité sociale, mais j'espère que le moment venu, elle sera aussi à l'aise quelle que soit sa tenue.
Et comme le dit très justement Plumetis, la question se poserait sans doute différemment pour un garçon. Ne sommes nous pas nous-mêmes vecteurs d'un certain sexisme en adoptant pour universels les codes masculins et en rejetant les attributs féminins pour leur frivolité?
Pourrai-je aussi facilement habiller mon fils d'une robe rose que ma fille d'un jogging? Probablement pas. Même si je trouve la robe rose très jolie, je sais que j'exposerai mon fils à un rejet de la société. Je suis évidemment prête à le soutenir si il décide un jour que porter des robes lui plaît et je me battrai pour qu'il puisse le faire sans être embêté, mais je ne lui imposerai pas des regards qu'il n'est pas prêt à affronter.
En même temps, si un jour j'ai un fils, il aura toujours l'exemple d'un Thomas en jupe ou d'un Aurélien en talons pour lui rappeler que rien n'est gravé dans le marbre.

Bon, je continue de réfléchir et de surveiller mon dogmatisme :)

#
Profil

Katouchka

le mercredi 24 octobre 2012 à 13h21

J'ai souvent utilisé mes élèves comme cobayes pour approfondir ma réflexion à ce sujet: notamment en mater, les enfants rentrent un à un dans la classe, les garçons se précipitent sur les légos, les voitures, les filles sur les poupées, la cuisine, les dessins... Essayer de sortir de ce modèle est difficile mais pas impossible et plus ils sont jeunes plus c'est facile. Mais j'ai croisé pas mal de ptits loulous et ptites louloutes qui sortent du lot évidemment. La plupart de ceux-là ont souvent des parents qui comme toi ont eu la volonté d'élever leurs enfants hors des clichés. Il y en a aussi qui tout simplement sortent du lot comme ça sans influence. En tous cas, en mater, j'ai rarement vu des enfants qui se jugent. Dans mes classes, il y avait souvent des déguisements. les enfants pouvaient les mettre comme ils voulaient et les garçons aimaient bien les costumes de princesse. ils n'étaient pas gênés du tout! Mais évidemment, plus ils grandissent plus ils sont influencés...

#
Profil

Siestacorta

le mercredi 24 octobre 2012 à 13h28

tentacara
Merci Katouchka et Siesta, mais justement, notre fille a des parents dont l'une des caractéristiques principales est de s'interroger sur leur façon de faire les choses.

Donc, ya des chances que ça soit lié à ça, son identité, et qu'elle sera déjà bien partie pour marquer ses préférences à elle.

Et puis, c'est valable sur plusieurs sujets, c'est plus tard et pas dans l'environnement direct que l'éducation sortira. Tu sais, comme quand ton gamin t'égnerve comme pas possible à la maison, mais que tous les gens chez qui il est invité te disent "mais il est saaaage !"

Ou quand, ados, on s'est mis à aimer telles ou telles musiques, pas du tout celles des parents, mais que plus tard, on finit par aimer ce qu'on entendait déjà à la maison.

#
Profil

tentacara

le mercredi 24 octobre 2012 à 13h36

J'ai vu hier soir le doc "du bébé au baiser" qui a été signalé sur le forum. J'ai été frappée par la méthodologie des études américaines sur la différence des comportement entre garçons et filles.
Ils constatent des différences dans le comportement d'enfant de 2 à 3 ans par exemple, et en déduisent qu'elles sont d'origine biologique. On s'aperçoit aisément d'à quel point les scientifiques on intégré les clichés quand on voit qu'ils sont incapable de s'en départir pour mener leurs études. Et ça va plus loin : plutôt que de s'interroger sur la pertinence d'une éducation aussi différenciée entre filles et garçons, ils accentuent le trait en portant aux nues des écoles non mixtes où les méthodes d'apprentissage sont "adaptées aux besoins des enfants" en fonction de leur genre.

Finalement, c'est une question de principe : soit on considère qu'il est dommageable en soi de soumettre les enfants à des injonctions genrées et l'on s'attache à les en protéger ou leur donner des outils pour s'en protéger eux-mêmes, soit on constate que ces injonctions existent, qu'elle conduisent à des différences de comportement et qu'il faut ensuite s'adapter à ces différences pour que la transmission du savoir soit efficace.

Personnellement je suis évidemment plus de la première école, évidemment. Et je crois même que la deuxième option est dangereuse en ce qu'elle enferme les enfants dans un schéma figé, légitimant un comportement caricatural et repoussant le moment où ils seront confrontés à un fonctionnement différent. Je crois qu'on ôte à ces enfants des ressources précieuses d'adaptabilité et d'ouverture à l'altérité.

Bon, je commence à penser que je tiens le sujet de mon prochain docu (après l'abolition de la prostitution, j'aime les questions simples :) )

Plumetis : merci beaucoup pour le lien, je ne connaissais pas du tout et c'est formidable comme idée!

#

(compte clôturé)

le mercredi 24 octobre 2012 à 21h07

Ma fille a 4 ans et demi et la question du refus d'une éducation genrée a été présente dès son plus jeune âge. Mais ce que nous avons refusé avant tout, c'est de l'enfermer dans un schéma : dans celui de la petite fille sage en rose, comme dans celui de la fille qui n'aurait pas le droit à être en rose ou jouer à la poupée. L'important dans ce refus de rangement en genres a été de lui ouvrir un maximum de portes là où d'autres les ferment au plus vite. Alors au niveau vestimentaire comme dans ses jeux, elle fait des trucs plus "fille" et d'autres plus "garçon " , mais elle a surtout développé, et cela commence à se voir à cet âge, l'idée qu'elle pouvait TOUT faire, sans limitation due au fait qu'elle est une fille. Et qu'il n'y a pas des choses réservées aux filles et d'autres aux garçons... Chacun peut bien jouer avec ce qu'il veut.

On ne peut pas tout choisir et orienter, et ce n'est pas souhaitable, il vaut mieux tout simplement vivre en accord avec ses convictions et présenter un modèle cohérent. C'est l'idée générale qui est importante, pas la façon dont nous apparaissons. Et de la même façon, je ne me sens pas moins féministe les jours où je suis habillée de façon féminine, car ce sont mes convictions et attitudes qui importent. Et puis chaque fois qu'un livre ou une personne a une parole jugée sexiste ou dévalorisante sur les filles, on corrige le tir et on en profite pour en discuter avec elle, et ce depuis toute petite...

#

Gd-f (invité)

le jeudi 25 octobre 2012 à 00h21

Passionnant sujet, j'adore !
Je recommande à tous la lecture de "CERVEAU ROSE, CERVEAU BLEU", de Lise ELIOT. L'auteure épluche les études sur le développement de l'identité de genre, de la gestation jusqu'à l'adolescence. Et bien évidemment, impossible de trancher entre l'acquis et l'inné...
Il y a une expérience citée dans le livre que je raconte régulièrement. On a vu sur les rats que le taux de testostérone reçue à certain moment de la gestation influe directement sur le comportement. Des rates ayant reçue artificiellement ces hormones in utero ont, à la naissance, un comportement plus "masculin" (je rentre pas dans le détail de ce que veut dire "masculin", il vous faudra lire le livre !). On serait tenté de conclure que ces comportements sont donc "inné". De plus, les hormones produites par un foetus se propagent dans le liquide amniotique. Les portées de rats étant d'une petite dizaine, les foetus mâles arrosent leurs voisin(e)s de leur propres hormones. Et on constate qu'une rate ayant poussé entre deux rats est plus agressive à la naissance qu'une rate entourée de deux rates !
Question évidente...est-ce que c'est pareil pour les humains. Bien évidemment, des études ont été faites sur les jumeaux...une fille ayant un jumeau a un comportement plus "masculin" (même remarque) qu'une fille ayant une jumelle...la messe est-elle dite ? les comportements sont-ils innés ? pas du tout ! car une fille avec un grand frère a un comportement encore plus masculin qu'une fille avec seulement un frère jumeau !
Morale de l'histoire : y'a un peu de tout.

Quelques remarques supplémentaires, pour rebondir sur les réponses précédentes : dans la construction de l'enfant, il y a le modèle des parents, mais il y a un environnement extérieur contre lequel on ne peut rien, sauf à élever nos enfants coupés de la société, ce qui à mon avis leur ferait plus de mal que de bien.
Que ma fille s'habille en princesse et mes fils en chevalier, finalement, c'est grave ? Ca ne les empêche pas de jouer ensemble. Et il y a beaucoup d'autres jeux auxquels ils jouent de façon neutre.
Il y a des différentiations homme / femme (porter une robe ou un pantalon, se maquiller ou pas) qui sont bien évidemment culturelles et pas biologique, mais faut-il les supprimer pour autant ? Ce n'est que de la cosmétique, du paraitre. Ce qui est important, c'est qu'une femme et un homme peuvent *faire* la même chose : la lessive, des études scientifiques, le ménage, diriger une entreprise, garder des enfants, conduire un tracteur, etc...

Gdf

#
Profil

Alys

le jeudi 25 octobre 2012 à 08h06

Gd-f
Il y a des différentiations homme / femme (porter une robe ou un pantalon, se maquiller ou pas) qui sont bien évidemment culturelles et pas biologique, mais faut-il les supprimer pour autant ? Ce n'est que de la cosmétique, du paraitre. Ce qui est important, c'est qu'une femme et un homme peuvent *faire* la même chose : la lessive, des études scientifiques, le ménage, diriger une entreprise, garder des enfants, conduire un tracteur, etc...

Bwarf. Me voilà obligée de participer !

"Ce n'est que de la cosmétique, du paraitre". Je pense très sincèrement qu'en réduisant ainsi les marqueurs de genre à de la simple "déco", tu passes à côté de beaucoup de choses, Gdf.

L'image que l'on renvoie - masculine ou féminine - influence directement le comportement qu'auront les autres à notre égard. Donc ce que tu assimiles à de la déco participe pleinement aux distinctions de genre et à l'inégalité qui en découle - je pourrais même dire "domination". Car les individus considérés comme "hommes" ont plus de droits, de reconnaissance sociale, d'écoute, de pouvoir, etc. que ceux considérés comme "femme".

Un petit exemple, tiré du film "La Domination Masculine", de Patrick Jean, à propos de ces comportements différenciés et non anodin vis à vis des hommes et des femmes :

Lorsque l'on passe une video d'un nouveau né en train de pleurer en layette bleue à un groupe d'adulte et qu'on demande "à votre avis, qu'a ce bébé ?", les participants répondent "il est en colère, il est contrarié" etc.

Lorsque l'on passe la même video exactement, en changeant simplement la couleur de la layette en rose, les réponses sont "elle est triste" et autres trucs du même acabit qui évoquent la fragilité.

Je pourrais ainsi multiplier les exemples, mais je dois y aller !

Tant que "féminin" et "masculin" seront associés à des valeurs différentes et, le plus souvent, hiérarchisées, alors je suis pour tenter au maximum de "brouiller les pistes" : élevons nos enfants comme des individus, à part entière, sans essayer de les faire rentrer dans une norme de genre ou une autre.

#
Profil

tentacara

le jeudi 25 octobre 2012 à 08h07

Ce que tu dis sur la "cosmétique du paraître" m'interpelle, Gd-f : Certes, il ne s'agit que d'apparences, mais elles sont lourdes de signification et de conséquences sociales. Aujourd'hui, même une femme qui a le même potentiel technique qu'un homme sera jugée avant tout sur sa féminité. Il s'agit d'une inextricable injonction paradoxale : "Toute compétente que tu es, tu NOUS dois (à nous les hommes) d'être séduisante ou du moins de faire ton possible pour le devenir. Mais si tu es séduisante, nous partirons du principe que c'est à ta séduction que tu dois ta position professionnelle ou sociale plutôt qu'à tes compétences." Il est là le problème. La jupe, les talons, le maquillage ne sont pas en soi des facteurs aliénants. Les hommes du XVIIIe siècle portaient talons et maquillage, les Ecossais portent traditionnellement des jupes, sans que jamais cela ne mette en cause leur virilité. C'est leur signification sociale, leur message de soumission à une norme esthétique, une norme de séduction à destination des hommes qui pose problème. La valeur et la compétence d'une femme seront toujours passées au crible du regard masculin sur des considérations bien plus vastes.

#
Profil

gdf

le jeudi 25 octobre 2012 à 09h04

Je ne nie pas qu'aujourd'hui, pour faire simple, rose => fille => sexe faible.
Ce que je dis c'est qu'il faut lutter contre la seconde implication, pas la première.
Et je pense que le problème ne vient pas de l'éducation de nos filles, mais de nos garçons.
Tentacara, quel type de questions te serais tu posé si tu avais eu un petit garçon ?

#
Profil

Katouchka

le jeudi 25 octobre 2012 à 09h44

gdf
Le problème ne vient pas de l'éducation de nos filles mais de nos garçons.

Le problème reste à mon avis global!
Les garçons et les filles doivent apprendre à se respecter en tant que "personnes" et non être vus avant tout comme des "genres". Il ne s'agit pas de décréter l'égalité entre les sexes pour qu'elle soit, il faut amener les enfants dès le plus jeune âge à penser, à réfléchir comment la société, la culture peut influencer leur jugement sur "l'âme d'une personne" et les amener à établir de nouveaux critères plus objectifs. Les filles par exemple ont aussi une image de ce que doit être ou comment doit se comporter un garçon.
Mais il est vrai que socialement les conséquences semblent aujourd'hui plus lourdes pour les filles que pour les garçons.

#
Profil

lam

le jeudi 25 octobre 2012 à 13h37

tentacara
J'ai peur toutefois que notre vigilance à ne pas trop l'exposer aux marqueurs culturels féminins ne finisse par lui laisser croire qu'être une fille, c'est mal.
Or si nous ne voulons pas qu'elle subisse sa féminité comme un stigmate qui l'empêcherait de faire exactement ce que font les garçons si ça lui chante, nous ne souhaitons pas non plus lui donner une image dévalorisante des filles en général, de leurs jeux, leurs codes, etc.

Y a-t-il d'après vous un équilibre possible entre la liberté de développer sa propre personnalité sans être pollué par le déterminisme de genre et la nécessité de s'identifier à des groupes humains pour se construire ?

Je ne pense pas qu'il soit possible de développer sa personnalité hors des codes genrés. Mais il est possible de jouer avec, de ne pas être en conformité avec les stéréotypes binaires, d'avoir une identité de genre qui évolue.

Au sujet de la posture je pense sincèrement qu'il y a beaucoup d'intérêt à discuter les conditionnements genrés que l'on perçoit avec les enfants et les jeunes. Pourquoi des activités de "fille", de "garçon"? Et ça implique quels présupposés sur les caractères, intérêts, attitudes des personnes qu'on range dans ces deux catégories?

Se construire totalement hors des valeurs ce système (aux valeurs genrées binaires, de domination hétéropatriarcale) est impossible. Par ailleurs la socialisation (école...) et la société se chargent et se chargeront bien de transmettre des injonctions à la féminité-belle-patiente-passive-à-l'écoute-et-douce à votre fille. Il y a aussi les conditionnements que l'on porte et qu'on aura pas le temps ou la place de déconstruire dans la vie.
Du coup je crois qu'une attention des adultes repères qui l'entourent à sa compréhension et sa prise de recul sur ces sujets, visant à l'aider à comprendre pour pouvoir choisir, ne peut faire que du bien.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

#

(compte clôturé)

le lundi 29 octobre 2012 à 08h07

La question m'interpelle: comme j'ai moi-même grandi en dehors des clichés de genre, et je souhaite faire grandir mes enfants dans un contexte assez similaire, je me pose les mêmes questions que tentacara.

Il me semble que, plus que les questions vestimentaires, le nœud soit plutôt dans le cercle de fréquentations: un enfant élevé hors du clichés de genre devrait pouvoir jouer avec des autres enfants des deux sexes, construire ses repères avec eux, et avoir de la familiarité avec des fréquentations soit masculines, soit féminines.

#

Simpère (invité)

le lundi 29 octobre 2012 à 11h00

"J'ai peur toutefois que notre vigilance à ne pas trop l'exposer aux marqueurs culturels féminins ne finisse par lui laisser croire qu'être une fille, c'est mal."
Ayant eu deux filles, Tentacara, je crois que éviter les marqueurs culturels "féminins" peut avoir des effets néfastes effectivement. Exemple: j'avais refusé à l'un d'elles une Barbie, alors que toutes ses copines en avaient, en lui expliquant à quel point cette poupée était un symbole dévalorisant pour les filles. Apparemment, elle avait admis... sauf qu'un jour, en rangeant leurs jouets, j'ai découvert au moins 4 Barbies soigneusement cachées. Deux offertes par une grand-mère à la demande des filles et deux échangées à l'école contre je ne sais quoi. L'envie de partager les mêmes jeux et "valeurs" que leurs copines était trop forte, et malheureusement, sachant ce que je pensais des Barbie, elles les avaient cachées! Du coup, je n'ai plus refusé des jouets que je trouvais parfois débiles, d'autant pus qu'à côté des Barbies et autres poneys à crinière mauve, elle demandaient aussi l'établi avec des outils, les rollers ou le ballon de foot. En revanche, dans les rayons de jouets, je les faisais rire avec moi (mieux vaut rire que s'emporter) du sexisme des rayons étiquetés "fille" ou garçon". Et elles ont vu aussi mon comportement à la maison, mes rapports égalitaires, ma liberté d'être tout simplement un être humain, en ne me refusant rien sous le prétexte que "ce n'est pas bien pour une femme". Aujourd'hui adultes, l'aînée est hyperféministe (elle le fut tant que pendant des années elle ne sortit qu'avec des mecs capables de lui faire la cuisine, aujourd'hui elle aime cuisiner pour le plaisir et pas parce que c'est une tâche féminine), la seconde mène sa vie avec fermeté et refus absolu de se limiter en tant que "fille" (même si, par ailleurs, elle ne se crispe pas à l'idée de faire une lessive ou la cuisine, mais le partage des tâches est une valeur naturelle pour elle, elle y veille...) Elle a même commis un petit court sur Barbie:
www.myspace.com/douzeprod/videos/video/55144082

#
Profil

wolfram

le lundi 29 octobre 2012 à 14h50

J'admire ces parents dont le courage permet la mise en oeuvre de leur esprit scientifique par l'expérimentation sur leurs propres enfants des théories les plus innovantes.

J'attends encore, en revanche, des textes scientifique fondateur sur la théorie du genre (je ne parle pas de pamphlets engagés, aussi bien écrits soient-ils).

#
Profil

tentacara

le lundi 29 octobre 2012 à 16h01

"L'expérimentation sur leurs propres enfants des théories les plus innovantes" ?
A te lire, on fait comme ces fanatiques qui enferment leurs mômes dans une chambre sans leur adresser la parole pour connaître le langage de dieu !
Il ne s'agit pas à mon sens de mettre en œuvre une théorie innovante par esprit scientifique ! Je considère qu'il est nuisible à l'épanouissement des enfants d'être assignés à des rôles sociaux essentialisants en fonction de leurs genres. J'essaye d'épargner à ma fille un handicap social dû à une autocensure intellectuelle. Certes je ne la protègerai pas de tout. Mais j'espère lui donner autant que possible les moyens de s'accomplir en tant qu'individu.

Répondre

Chercher dans cette discussion

Autres discussions sur ce thème :

Espace membre

» Options de connexion