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Thalmann

Thalmann

(Suisse)

www.yathalmann.ch

Yves-Alexandre Thalmann a d'abord étudié les sciences naturelles à l'Université de Fribourg. Il obtient un doctorat en physique des particules en 1997. Il réalise bien vite que sa formation ne lui est d'aucune utilité pour affronter les difficultés relationnelles qu'il rencontre.

C'est...

Aimer sans limites

Rédigé le dimanche 25 janvier 2009 à 18h14

Le verbe aimer est entaché d’un nombre impressionnant de croyances qui en limitent la portée. Une des plus tenaces nous impose de n’aimer, sur le plan sentimental, qu’une seule personne à la fois !

Et pourtant, est-ce si évident que l’amour doive se conjuguer à deux uniquement ? Rien n’est moins sûr…

Illustration : Naixn (CC By SA)

L’amour a été chanté comme la force la plus puissante capable d’animer l’être humain. Il est supposé vaincre toutes les difficultés, surmonter tous les obstacles et réunir tous les contraires. Il est même présenté comme solution à la violence et catalyseur de paix universelle.

Pourtant, ce merveilleux sentiment est vite catalogué dans la réalité : il y a le bon amour, et le mauvais. De façon simplifiée, celui qui unit deux personnes de même âge, de même condition sociale, si possible de sexe opposé, avec le projet de mettre des enfants au monde est considéré comme opportun. Par contre, celui qui naît entre un professeur et son élève, entre un thérapeute et sa patiente, entre une personne d’âge mûr et un jeune, entre deux individus d’appartenance culturelle ou religieuse très différente, éveille la méfiance et la critique. De même, l’amour entre deux célibataires est salué et encouragé, alors que celui qui surprend des personnes mariées ou déjà engagées est condamné avec fermeté. Il y a ainsi des amours qu’il vaut mieux éviter…

L’amour qui unit les êtres humains est donc fortement influencé par la culture ambiante. Et cette culture impose presque toujours l’image du couple exclusif : aimer vraiment, c’est n’aimer qu’une seule personne, ainsi que le répètent inlassablement les contes de fées racontés aux enfants, les séries télévisées, les films hollywoodiens et même les religions…

Dans la réalité, cependant, les sentiments sont plus volages. Ainsi, différentes statistiques nous apprennent que :

  • 10 à 20% des enfants sont élevés par un père qui n’est pas leur père biologique tout en étant persuadé de l’être,
  • 20% des familles sont des familles recomposées, avec des enfants issus de différents lits,
  • 40 à 50 % de divorces sont prononcés par rapport au nombre de mariages contractés la même année, soit environ un divorce pour deux mariages,
  • plus de 50% des personnes interrogées avouent avoir au moins une fois trompé leur partenaire amoureux, c’est-à-dire lui avoir été infidèle sur le plan sexuel.

La monogamie et l’exclusivité sexuelle relève donc bien plus d’une utopie que d’une quelconque réalité (les statistiques ne relevant que la partie émergée de l’iceberg). Est-ce à dire que notre propre inconstance nous condamne à souffrir en amour ? Je ne le crois pas, à condition toutefois que nous renoncions à la possessivité.

La possessivité amoureuse amène à considérer son partenaire comme un objet, une chose dont on peut disposer à sa guise. C’est une façon de l’aliéner de sa liberté. La possessivité elle-même est un des résultats directs de la contrainte d’exclusivité : celui qui accepte de mettre la satisfaction de tous ses besoins affectifs et sexuels dans les mains d’une unique personne a avantage à garder un œil sur elle. Mieux, il doit commencer à la contrôler pour être sûr de ne manquer de rien. Il va même exiger certains comportements de sa part, le devoir conjugal en étant un exemple classique (triste s’il en est). De plus, toute autre relation peut représenter une menace, puisque susceptible de faire perdre cette exclusivité et partant, d’entraîner des carences. La jalousie entre alors en scène, entraînant un sordide cortège derrière elle : surveillance, interrogatoires, restriction des contacts avec l’extérieur, méfiance, et même dévalorisation (une personne dévalorisée prend moins l’initiative d’amorcer des rencontres avec d’autres).

Le polyamour, c’est-à-dire la reconnaissance de notre capacité à aimer simultanément plusieurs personnes à la fois, de façon ouverte et respectueuse semble offrir une autre voie. La réalité sous-jacente est un secret de polichinelle : nous savons tous que nous éprouvons des attirances multiples, des inclinations plurielles, des émois amoureux divers, même si nous les cachons habituellement. Ni l’engagement sentimental, ni le mariage n’y change quoi que ce soit. Les polyamoureux choisissent un chemin de transparence ! Ils acceptent de voir ce que la plupart camouflent, et plus que le reconnaître, ils l’assument. Ils osent briser l’ultime tabou, celui de l’exclusivité amoureuse.

Même si les critiques contre le polyamour sont nombreuses (solution de facilité, immoralité, exacerbation de la jalousie, etc.), il n’en reste pas moins que le projet est séduisant. Selon moi, le polyamour s’approche bien plus de l’Amour inconditionnel prôné par les maîtres spirituels que l’amour conjugal exclusif. En effet,

  • l’Amour est un mouvement expansif. Il s’écoule vers l’extérieur tout en agrandissant l’intérieur. Il fait fondre les limites entre l’intérieur et l’extérieur. L’Amour est donc l’inverse de la peur, qui génère un mouvement de contraction, qui ratatine, renferme et appauvrit. Le lâcher-prise et l’acceptation sont sa nature, alors que la peur se nourrit de contrôle. C’est pour cela que l’Amour est dans le donner, et pas dans le recevoir.
  • l’Amour est par nature englobant, inclusif plutôt qu’exclusif. Il s’enrichit à mesure qu’il grandit et qu’il rencontre plus d’êtres à aimer. Il tend vers l’universalité. Un amour qui exclut d’autres amours, ce n’est déjà plus de l’amour. L’amour qui exclut l’amour, ce n’est pas l’Amour.
  • l’Amour relève plus d’une qualité que d’une quantité : il ne diminue pas lorsqu’il s’attache à plusieurs, il ne peut ni se diviser, ni se fractionner. En tant que qualité, il s’amplifie et s’affine dans la diversité. L’amour ressenti pour l’un rejaillit forcément sur les autres. Tous les êtres aimés sont gagnants de ce qu’ils reçoivent : personne n’est lésé.
  • l’Amour est unique. Il n’y a pas plusieurs amours, même s’il peut y avoir plusieurs objets à l’amour et plusieurs façons de le vivre. C’est le même mouvement, la même qualité, ou la même énergie, à l’image de la lumière : lorsqu’on allume une deuxième ampoule dans une chambre, il n’y a pas deux lumières ; la lumière est simplement devenue plus intense. L’unicité de l’Amour le rend infractionnable.

C’est sans doute dans la nature de l’amour que d’être illimité. Pourquoi l’amour restreint à une seule personne serait-il meilleur que celui qui s’ouvre à la pluralité ? Au contraire, l’amour à deux n’est qu’une particularité d’un amour plus général, plus global. Et si le polyamour, au delà de toute considération sexuelle, était le chaînon manquant entre l’amour romantique et l’Amour inconditionnel ?

11 réactions (la dernière il y a 7 ans)

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