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FredCLK

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Paris (France)

Contractant du pack poly-fémino-veggy-gauchiste

L'individualisme et le polyamour — La mauvaise influence

Rédigé le samedi 23 décembre 2017 à 12h42

Mis à jour il y a 3 mois

Réflexions sur le rapport entre individualisme et polyamour, ou entre vision européenne et nord-américaine des relations multiples.

Illustration : diorama_sky (CC By NC ND)

Individualisme ou altruisme relationnel : la mauvaise influence

Il existe dans le milieu polyamoureux français une tendance individualiste assez paradoxale pour un mouvement regroupant de nombreuses personnes aux idées humanistes. Ces influences venues des États-Unis sont un apport à la réflexion intéressant pour celles qui s’intéressent au sujet depuis quelques temps. Cependant, la large diffusion de textes traduits de l’anglais trouvables en librairie (exemple : La salope éthique) ou sur le net peuvent vite donner l’impression d’une culture individualiste dominante dans le milieu polyamoureux. Les poly débutant·e·s venant se renseigner subissent cette influence, que cette suite de textes propose de nuancer et mettre en concurrence avec une autre manière de vivre ses relations: l’altruisme relationnel.

Les textes qui suivent vont schématiser deux courants dans la communauté polyamoureuse: un courant libertaire-altruiste relationnel et un courant libertarien-individualiste relationnel.

Alors que l'individualisme relationnel considère les personnes comme indépendantes et met l'accent sur le besoin de liberté, l'altruisme relationnel considère les personnes comme interdépendantes et met l'accent sur la solidarité.

L'adhésion à l'un de ces 2 courants entraîne une divergence d'opinion sur les questions suivantes, qui seront abordées en détail par la suite :
- Est-ce que l'autre est responsable de mes émotions ?
- Est-ce qu'il faut encourager la critique au sein des relations ?
- A quel point doit-on s'occuper des affaires de l'autre ?
- Est-ce que la dépendance affective est un bien ou un mal ? Que peut-on exiger de l'autre ?
- Le polyamour est-il une multiplication des vies de couple ou un rejet des contraintes liées au couple ?

Le courant individualiste relationnel semble s'imposer de plus en plus dans les prises de parole publiques, au risque de parfois constituer une nouvelle norme polyamoureuse.

Pour que chacun·e puisse trouver sa place et s’épanouir dans le polyamour, notre communauté doit défendre une plus grande diversité d'opinions contradictoires en son sein et se méfier d'une trop grande influence de l'individualisme relationnel. Les sujets qui vont être abordés dans cette série de texte gagnent à être abordés dans chaque relation, afin d'éviter de fâcheuses incompréhensions dans la façon de voir le polyamour.

Individualisme ou altruisme relationnel : retour aux sources du polyamour

Si le mot « polyamory » (francisé en polyamour) a été popularisé aux états unis dans les années 90, la France a une culture politique de l’amour libre remontant au 19ième siècle, avec le rejet anarchiste de la « propriété amoureuse ». Il en va de l’amour libre comme du père noël et de Saint Nicolas : originaire d’Europe, il nous est revenu dénaturé par une culture individualiste et consumériste, dont l’influence culturelle et commerciale nous a fait oublier le modèle d’origine.

L’amour libre a un fondement politique issu d’une remise en cause libertaire et révolutionnaire de l’amour propriétaire et des enjeux de pouvoirs qu’il implique (en particulier capitalistes et patriarcaux, en analysant très tôt le couple comme fondement du patriarcat). La mouvance anarchiste dont il est issu, hors des clichés parfois assimilés à l’anarchisme relationnel, n’implique pas l’absence de règles ou de contrainte interpersonnelles. Au contraire, la défense du plus faible contre le plus fort et le renversement des enjeux de pouvoirs nécessite la présence de règles et de structures, afin d’instaurer la solidarité et de s’unir contre les injustices sociétales.

Le modèle libertarien prône quant à lui l’absence de règle et la quête individualiste et sans entrave de la satisfaction personnelle. Ce modèle retranscrit l’imaginaire collectif du pionnier américain, arrivant dans un vaste espace dans lequel il peut agir à sa guise. Toute personne est pleinement responsable d’elle même et la liberté individuelle est érigée en valeur suprême. Seul le principe de non-agression (directe) régit la vie collective, les enjeux de pouvoirs indirects plus subtils ou les conditionnements sociétaux étant passés sous silence.

Au fondement philosophique, le désaccord sur l’égo

On retrouve à la racine de ces pensées une approche fondamentalement différente de ce qu’est l’identité. Le but de cette série de texte et conceptualiser 2 approches antagonistes du polyamour. Si ce qui suit verse volontiers dans la caricature, il peut être bon de grossir le trait pour bien comprendre ce que sont ces approches, comment elles se construisent et quelles sont leurs conséquences sur nos relations. Dans nos relations, nous avons toujours une part plutôt individualiste et une part plutôt altruiste.

Souscrire à la croyance d’un égo ne signifie pas forcément adopter toutes les attitudes ci-dessous. Tout comme nier la réalité de l’égo ne signifie pas rejeter toutes ces attitudes.

A la source de l’individualisme : la croyance en un « vrai moi » immuable

Depuis le « Cogito ergo sum » cartésien jusqu’aux thèses de développement personnel (en passant par certaines approches psychologiques et la majorité des courants philosophiques occidentaux), il existe un ego, fondement de la personnalité “vraie”. La croyance en l'ego permet de cristalliser une image d’identité profonde et d’affirmer, par exemple, qu’on “s’éloigne de soi”, qu’on “ne se respecte pas”, qu’on “se recentre”. Dans cette conception, il existe une séparation nette (inspirée de la psychanalyse freudienne) d’un vrai moi, permanent, autour duquel gravitent d’autres sources de volontés telles que l’inconscient, l’éthique personnelle et bien sûr les sources d’influences extérieures. Dans nos relations, les égos sont imperméables et agissent en parallèle les uns des autres, parfois en s'entrechoquant, mais l’essence réelle de la personne, présente (au choix) dès la naissance ou dès les premières années de la vie, demeure.
Il s’ensuit que d’après cette approche, dans nos relations, nous sommes par nature indépendant·e·s.

Le fondement des théories altruistes : déterminisme sociale de l’individualité et impermanence de l’être

Pour un certain nombre de courants philosophiques ou spirituels (en particulier le bouddhisme), l'ego est la représentation fausse qu'un individu se fait de lui-même. L'ego est une illusion, une fausse personnalité constituée de souvenirs et d'expériences. Cet ego est l’étiquette ultime qu’on peut se coller dessus. Il est une tentative de l'esprit de contrôler le changement inhérent à la vie plutôt que de l'accepter. Il introduit une illusion de stabilité rassurante au début, mais sclérosante. L'éloignement graduel de la réalité et des aspirations changeantes produit une nécessité d'un combat pour la défendre (vexations, "honneur" bafoué, insultes, etc.). L'ego correspond alors à une image imparfaite (car la connaissance et la conscientisation totale de soi est impossible) donnée à un instant précis.

Le « vrai moi » n’existe pas, et c’est en connaissance de cela qu’on peut chercher à mieux approcher les processus déterminent nos actions, nos désirs et nos pensées.

Une fois l’illusion de l'ego dépassée, on peut envisager l’identité comme un flux. Chaque influence que nous percevons est reçue, incorporée, retravaillée… notre personnalité est indissociable de notre environnement et des objets, idées ou personnes avec lesquelles nous interagissons. Avant notre naissance, notre personnalité est pratiquement une page vierge. Les influences naturelles (génétiques ou épigénétiques) sont minimes comparées aux grands changements que provoqueront l’ensemble de toutes les influences extérieures (culturelles ou sociétales) qui orienteront tout au cours de notre vie ce qui sera notre personnalité.

Il s’ensuit que d’après cette approche, dans nos relations, nous sommes par nature interdépendant·e·s.

Les deux parties initiales schématisent deux manières opposées de voir le polyamour: Une manière libertaire-altruiste relationnel et une manière libertarienne-individualiste relationnel. Ce texte aborde par la suite des questions concrètes et montre comment notre façon de voir le polyamour change la manière comment nous vivons nos relations. Il s’agit là de réflexions personnelles basées en partie sur des observations de quelques comportements ou traces écrites et non d’études sociologiques.

Individualisme ou altruisme relationnel: La responsabilité émotionnelle


Dans l'individualisme relationnel, les personnes qui se conçoivent comme étant insensibles aux influences extérieures sont souvent amenées à penser chaque personne comme seule responsable de ses émotions. Par exemple, la jalousie appartiendrait à la personne qui ressent cette jalousie, d’autres personnes peuvent se sentir concernées si elles ont envie, mais n’auront pas à se sentir responsables. Il est alors abusif de demander à quelqu’un de ne pas coucher avec une autre personne en raison de la douleur affective que cela nous ferait ressentir. Je crée cette douleur ; ce n’est pas à l’autre de s'accommoder de ce je provoque en moi-même. Outre le ressenti, les actions que j’entreprends pour limiter l'occurrence ou l’intensité de cette douleur sont exclusivement de ma responsabilité, puisque « qui je suis » n’a rien à voir avec le contexte dans lequel j’évolue.

Cet exemple est caricatural mais malheureusement répandu dans les textes traitant de polyamour. Il est évident que des sentiments complexes comme la jalousie n’apparaissent que sous la contrainte d’influences extérieures. La responsabilité de l’émergence de sentiments est donc partagée entre:

  1. les circonstances extérieures qui provoquent l’apparition de ce sentiment
  2. la personnes qui ressent ce sentiment.

  1. Les circonstances extérieures d’un sentiment comme la jalousie sont d’ordinaire dépendantes d’autres personnes, par leurs actes ou leurs paroles. Ces personnes sont donc directement co-responsables de l’apparition de mon sentiment.
  2. En estimant que chaque personne est le fruit des influences qu’elles a reçu, la personne que je suis lorsque je perçois une influence extérieure est aussi de la responsabilité des gens qui m’entourent. Par exemple, une comparaison à mon désavantage n’a pas autant de chance de me rendre jaloux si je pense que la personne qui compare restera, quoi qu’il en soit, bienveillante envers moi. Dans le même ordre d'idée, si mon compagnon a démontré la fiabilité de son engagement par le passé, je n'aurai pas peur d'être abandonné et ne ressentirai pas la jalousie liée à cette peur.

Que je sois sensible ou non à la jalousie pour un stimulus identique n’est donc pas exclusivement de ma responsabilité, mais aussi de la responsabilité des personnes qui ont contribué à faire de moi qui je suis à cet instant.

La façon dont j’agirais face à la souffrance provoquée par la jalousie que je ressens (pour diminuer son occurrence ou son intensité) est indissociable de ma personnalité en cet instant et des options que m’offre mon environnement. Les personnes qui interagissent avec moi pendant et suite à ce ressenti de la jalousie sont donc coresponsables de mes actions, qu’elles le veuillent ou non. Même lorsqu’on quitte une relation, nous restons coresponsable du ressenti de l’autre, puisque notre absence ne manquera pas de provoquer des émotions.

Individualisme ou altruisme relationnel : le refus des critiques


L’idée qu’il n’existe pas de « vrai moi » figé, ne pouvant pas évoluer, permet d’entendre, d’accepter et d’utiliser bien plus facilement les jugements émis à notre égard. En effet, la personne qui a été perçue n’est pas celle que je suis. Si je sais que la critique était infondée, je peux l’ignorer et éventuellement expliquer en quoi je ne me sens pas concerné. Je peux aussi juger que ce qui ne paraît améliorable à l’autre peut tout à fait me convenir.
Au delà de ça, si la critique était fondée et me révèle quelque chose qui ne me plait pas, je peux évoluer et devenir meilleure, car quoi qu’il arrive je suis en constante évolution. Les critiques entendues pour la première fois à propos de nos attitudes ou nos pensées sont des outils précieux pour comprendre comment le monde nous perçoit, et comment nous améliorer.

Se percevoir comme figé, à travers le prisme de l'ego, rend difficile l’utilisation des jugements des autres. « Pourquoi cette personne me dit-elle qu’elle me trouve trop possessive, si je le suis complètement et définitivement par nature ? » La remise en question est bloquée par cette illusion de permanence de l’égo. Ces personnes assimileront à des attaques ou à une négation de leur « vraie nature » tout jugement, critique, ressenti ou avis sur leur personne contraire à l'opinion qu'elles ont de leur égo .

Individualisme ou altruisme relationnel : paradoxe de la bienveillance neutre


Dans un idéal de liberté individuelle maximale, des actions entreprises visant à agir pour l’autre, peuvent être plutôt vues comme des actions infantilisantes entreprises à la place de l’autre et non avec l’autre. On retrouve aussi cette idée dans certains groupes de lutte contre les oppressions, où on considère qu’une personne ne peut pas être « concernée », et donc ne pas agir légitimement, si elle ne subit pas cette oppression.

Ces choix pris pour l’autre, sans son explicite consentement, restreignent sa liberté de choix et d’action. De plus, aller à l’encontre des envies temporaires d’une personne (même si elles peuvent être contraires à son intérêt sur un plus long terme) peut être vu comme une violence faite à cette personne, une négation de son autonomie.

Au delà de ça, agir sans consentement explicite préalable revient aussi à prendre un risque d’avoir mal analysé les envies et les besoins de la personne pour laquelle on agit.

C’est pourquoi l’individualisme relationnel demande une bienveillance neutre. Il s’agit de respecter l’isolement de l’identité de l’autre, sans chercher à créer des ponts entre elle et son environnement. C’est par exemple écouter ce que l’autre a à dire, en n’exprimant aucun jugement, en émettant aucun commentaire, sans chercher à créer d’interaction rationnelle avec elle.

Si ne pas agir sur une personne sans son consentement explicite est réalisable dans le cadre d’une théorie d’indépendance de la personnalité, il est évident que c’est tout à fait intenable si l’on prend en compte que toute interaction volontaire ou involontaire, directe ou indirecte, avec une personne impactera cette même personne. En pratique, la demande de consentement ne peut s’appliquer que sur les interactions volontaires dont l’impact sera particulièrement évident pour la personne qui agit.

Mais la bienveillance, la volonté de viser au bien et au bonheur d’autrui, peut-elle se satisfaire de cette neutralité en l’absence de consentement explicite ?

Cette bienveillance neutre paraît logiquement souhaitable lorsqu’on a aucun indice des souhaits d’une personne. Ainsi, en l’absence de connaissance d’une personne, mieux vaut par exemple ne pas l’aborder dans la rue.

Mais faut-il se limiter à ce genre de relation au sein d’une relation affective ? L’altruisme relationnel correspond à la bienveillance appliquée avec un discernement. Si respecter le consentement préalable de l’autre va souvent de pair avec cette attitude, en faire une condition nécessaire à toute action peut s’avérer contre-productif. Ainsi, questionner l’autre sur ses choix, lui permettre d’apprendre, de corriger ses erreurs, de prendre de meilleures décisions ou de sortir de comportements addictifs ou irrationnels négatifs sort tout à fait du cadre de la bienveillance neutre. Se maintenir dans un contexte de liberté maximale dans le cadre d’une bienveillance neutre envers nous-même, c’est assurément se priver non seulement des élans spontanés des personnes qui nous sont proches, mais aussi limiter grandement l'aide qu'ils peuvent nous apporter pour nous améliorer.

Individualisme ou altruisme relationnel: Dépendance affective et paradoxe de l'exigence vis-à-vis de l'autre


Dans le cadre individualiste, dépendre de l’autre est vu comme une faiblesse ou un dysfonctionnement. Toute dépendance à l’autre nuit à la vertu suprême de la liberté individuelle. Il faut donc éviter pour que les relations ne dégénèrent en une situation ou l’attachement est tel qu’une absence momentanée ou définitive serait mal vécue. Il y a une distanciation nécessaire, où chaque personne utilise l’autre pour son propre bonheur, mais ne sera pas en droit d’exiger plus qu'une neutralité bienveillante. Il n'est par exemple pas admis, dans le cadre individualiste, de pousser l’autre à passer plus de temps avec nous. Répéter l’expression de nos émotions ou de nos besoins pourrait passer pour une pression visant à diminuer la liberté de choix de l’autre. L’individualisme nous pousse à identifier, analyser et exprimer nos besoins pour les accueillir, mais à « lâcher prise » sur l'obtention de leur satisfaction par autrui.

Si nous sortons de ce modèle de pensée individualiste, nous sommes forcément dépendant·e·s de l’autre, à des intensités différentes. Plus une relation est intime, plus cette dépendance est forte et plus il sera probable que des émotions soient provoquées par les interactions entre les deux personnes. Ces émotions peuvent être agréables ou désagréables. L’altruisme vise à diminuer les souffrances de l’autre et augmenter son bonheur. Il nous encourage donc à nous sentir concerné·e·s par les émotions de l’autre, d’autant plus si nous sommes co-responsables de leur apparition.

Il y a donc un paradoxe: l'individualisme relationnel mène davantage à renoncer à la satisfaction de ses propres besoins que l'altruisme relationnel. Communiquer à l’autre ses aspirations, ses craintes, ses plaisirs ou ses douleurs est non seulement acceptable mais positif. Cette communication permet de faire connaître à l’autre les meilleurs moyens de rendre son altruisme efficace. Nos bonheurs étant interdépendants, cette communication relationnelle est bénéfique pour les deux personnes.

Dans ce cadre, l'altruisme s'oppose à la négation de nos propres besoins. Si le bonheur de la personne qui nous aime et nous fréquente dépend entre autres de notre propre bonheur, il est préférable (pour elle et moi) de ne pas se satisfaire d'une simple neutralité bienveillante si elle n'optimise pas notre bonheur mutuel. Il faut alors savoir exiger ce qui nous semble nécessaire au bonheur commun et signaler ce qui nous semble favorable au bonheur commun.

Exiger la satisfaction de ce qui est essentiel au bonheur mutuel dans la relation peut éventuellement tomber dans un travers, si la communication des besoins passe par le plan émotionnel. Inspirer à une personne un sentiment de culpabilité et/ou de responsabilité morale constitue un chantage affectif. Il est possible d'exiger des choses essentielles ou de demander des choses préférables tout en évitant la communication émotionnelle. L'autre sera alors dans une position optimale pour décider avec discernement de la meilleure manière de satisfaire (ou non) à notre demande, afin de favoriser l'intérêt mutuel. Tout un champ de la communication non violente s'intéresse à cette question.

Cependant, si la communication non violente permet d’améliorer notre propre communication, l’imposer à l’autre est un outil individualiste redoutable: en imposant une approche moins émotionnelle et plus rationnelle du vécu, la personne qui l’impose n’a pas à subir les conséquences directes de la violence utilisée pour imposer sa liberté au détriment de l'autre. Le terrain de discussion devient stérile, et la CNV devient une violence pour la personne émotionnellement touchée ne sachant pas aussi bien utiliser cet outil. La communication non violent silencie ainsi les victime de l’individualiste.

Il peut arriver que les intérêts de deux personnes en relation affective divergent. Il convient alors à chacun de choisir quelle est l’importance à donner à son bonheur par rapport au bonheur de l’autre.

Plus cette importance donnée au bonheur de l’autre par rapport au sien s’approche de zéro, plus nous nous approchons de l’individualisme se contentant d'un principe de non-agression. Plus nous nous approchons de l’égalité, plus nous nous rapprochons de l’altruisme relationnel. Plus nous nous éloignons en donnant au bonheur de l’autre plus d’importance qu’au nôtre, plus nous avançons vers la réelle dépendance affective*. C'est notamment vers ce type de relation asymétrique que vont pousser les manipulateurs, afin d’étendre leur influence sur l'autre, et se la capacité de lui couper les moyens de communication avec l'extérieur pour créer un isolement.

* La dépendance affective est une obsession douloureuse à aimer et être aimé·e d’une personne. Dans une relation affective où chacune prend soin de l’autre, ce mécanisme est douloureux pour les deux personnes. Chacune doit donc faire en sorte de l’éviter.

Une dévotion aveugle aux besoins de l'autre et la négation de ses propres besoins n'est pas de l'altruisme relationnel, mais au contraire une négation de l'interdépendance des individus, dans une conception individualiste de la relation. Provoquer sa propre souffrance est un obstacle au bonheur de ceux qui nous aiment (d'autant plus s'ils s'en sentent responsables). La bienveillance doit être éclairée par le jugement de ce qui sera préférable pour le bonheur mutuel.

Individualisme ou altruisme relationnel : le polyamour comme plusieurs couples / le polyamour comme célibat libertin


Dans sa définition originelle (et désuète), le libertinage était la remise en question des normes morales (et parfois leur rejet) . Il peut alors entraîner la mise de côté de certaines normes indésirables (ex: la propriété amoureuse) et proposer un autre système moral alternatif (exemple : le polyamour) comme entrainer une négation nihiliste de toute valeur morale.

La compréhension populaire de ce qu'est le libertinage et les pratiques des personnes qui se revendiquent du libertinage sont cependant très éloignées de ces conceptions philosophiques. Souvent, le libertinage se réduit au rejet de l'injonction morale à n'avoir sur la même période qu'un seul partenaire sexuel, et donc repose exclusivement sur le fait de coucher avec plus d'une personne. Même dans cette définition très restreinte du libertinage, une personne peut être à la fois polyamoureuse et libertine, pour peu que toutes ses partenaires (même d'un soir) soient au courant de cette non exclusivité.

Dans le cadre de l'individualisme relationnel, cette forme de polyamour-célibat libertin peut constituer une manière simple de limiter l'interdépendance relationnelle tout en conservant une vie sexuelle active et variée. Il peut permettre éventuellement un mélange entre des relations amicales peu contraignantes, avec des relations sexuelles occasionnelles, avec des sexfriends. Cette volonté de limiter les contraintes dans la pratique polyamoureuse mériterait bien plus le qualificatif de « libertarisme relationnel » que « d'anarchie relationnelle » (ce second terme correspondant mieux à l'absence de pouvoir hiérarchique au sein ou entre des relations).

Le polyamour peut lui aussi être perçu de manière restrictive comme le fait d'entretenir en même temps plusieurs relations romantiques étant à la fois sexuelles et affectives. Vivre son polyamour comme la participation à plusieurs relations amoureuses implicantes et durables permet de développer des connexions plus intimes avec ses partenaires ; des relations de confiance où l'altruisme relationnel pourra se développer bien plus facilement que dans des relations sans engagement affectif.

Individualisme ou altruisme relationnel : l’importance de la diversité d'opinions

En France, les pratiques actuelles des personnes polyamoureuses semblent plus imprégnées d'un altruisme relationnel conforme à la norme romantique monogame. Cependant, beaucoup de personnes dévouées à la communauté polyamoureuse et prenant la parole publiquement (par écrit ou lors de d'événements communautaires) adhèrent davantage à des conceptions individualistes. Cette différence entre les pratiques et leur représentation publique peut s'expliquer de plusieurs manières. D'une part, comme il a été signalé en introduction, les auteur·e·s français·e·s plus proches d'une vision libertaire et altruiste (tel·le·s que Françoise Simpère) sont en minorité comparées aux auteurs américain·e·s imprégné·e·s d'une culture en général plus individualiste. Il est alors logique que les personnes s'intéressant le plus aux questions posées par le concept de polyamour lisent ces ouvrages et s'en retrouvent imprégnées des conceptions individualistes.

De plus, l'essentiel des événements communautaires polyamoureux parisien est destiné aux personnes rencontrant des problèmes dans leur vie polyamoureuse. Celles et ceux qui se dévouent à parler de ce qu'ils ont appris de leur expérience et leurs lectures sont souvent passé·e·s par les mêmes problèmes. Les personnes les plus prolifiques sur les blogs et les forums sont encore une fois les personnes ayant fait le plus de recherche, ayant eu le plus de mal à vivre le polyamour.

Or, il y a fort à parier que les théories individualistes, encourageant à ne pas s'occuper des autres pour mieux s'occuper de soi, aient un succès particulier auprès des personnes vivant avec difficulté leurs relations intimes et de personnes se servant du polyamour pour mieux justifier socialement leur libertinage. Alors que l'apprentissage de la compassion envers soi-même permet de résister à des périodes de crises comme l'entrée dans le polyamour peut en entraîner, l'altruisme relationnel peut permettre un bonheur plus durable mais demande à être construit sur des bases saines, dans la sérénité et la confiance envers autrui.

Paradoxalement, les personnes ayant pu construire leur relations sur cette base d'altruisme relationnel l'auront probablement fait en rencontrant moins d'obstacles, et seront alors moins enclines à se sentir incluses dans une communauté solidaire et à aider les autres polyamoureuses via leurs écrits ou leurs interventions lors de rencontres communautaires.

Il en ressort que ce genre de parole publique, encourageant à favoriser l'interdépendance et à se sentir responsable de l'autre, sont assez minoritaires. Si le milieu polyamoureux se méfie (et il fait bien !) de ne pas rejeter une norme dominante pour en créer une nouvelle, nous devons faire attention à éviter que certaines idées commencent à “aller de soi”. il est important que les personnes qui découvrent le polyamour puisse avoir accès facilement à des conceptions et avis contradictoires sur ce qu'est le polyamour et et les différentes possibilités/ manières de le vivre de le vivre.

Ce texte a donc été écrit avec la volonté de faire lire ce que j'estime être un avis divergent et nécessaire de ce qu'on lit et entend de plus en plus dans le milieu polyamoureux. Il a aussi été écrit pour rappeler aux personnes les plus dévouées et les plus influentes qu'il est important de permettre aux personnes de pouvoir connaître et éventuellement choisir la voie qui leur correspond le mieux, même si ce n'est pas celle qui nous a convenu. Il peut aussi être très important, au sein de nos relations, de connaître le positionnement de l'autre sur les questions abordées dans ce texte, afin d'éviter incompréhensions ou déceptions mutuelles.

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