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Castres (France)

Couple quinqua du grand toulousain sympa, multiculturel, artiste, developpement perso, poly de nature car c'est ce choix d'ouverture qui a fondé notre relation.
Ouvert à des échanges et plus avec personnes ou couples en affinité.

En nous s'inventent les amours de demain…

Rédigé le mardi 08 juillet 2014 à 19h51

Mis à jour il y a un an

Billet d'humeur : doit en voir en la remise en cause du couple et du mariage dans le monde moderne une démarche individualiste ? Et si ce n'était pas une si mauvaise idée que ça ?

Comme ils seront de plus en plus nombreux à le réaliser, jeunes, moins jeunes, et ceux en lesquels le cœur de leur jeunesse bat encore : l'amour ne peut plus être calibré aux normes d'une société dont les normes se fissurent toujours plus. Sa nature solaire ne peut plus être exclusivement enfermée dans l'unique horizon d'un couple administratif, bourgeois et consommateur, validé par le code napoléon, lequel Napoléon le conçut aussi pour autoriser son divorce ! L'amour s'émancipe enfin, même s'il reste encore massivement assujetti aux fers des normes conventionnelles. Même s'il bidouille encore ses clandestinités et ses transgressions. Après la terreur les années Sida, après la mode du re-mariage annoncée et avortée, il n'a jamais autant buissonné hors des sentiers battus que ces dernières années. En fait si on observe bien, non seulement l'amour ose sortir tout nu du bois où il se cachait, mais mieux : il se ré-invente un autre art d'aimer et annonce un nouveau printemps amoureux !

Illustration : adagnino (CC By NC)

Où l'on quitte enfin l'état de minorité en amour !

Avez-vous été comme moi : dans l'inconfort d'un amour barbelé à un « nous » réduit à deux ? À vous sentir étouffer dans la seule version possible et admise : la légitimité d'une capsule familiale réduite au couple ? Passionné de spiritualité et de psychologie du changement j'ai toujours été embarrassé par cet état conventionné de la relation amoureuse légitime, gardée comme une forteresse et menacée en permanence par l'infidélité, les dangers multiples et constants des « tentations ». Un amour qui fait si peu confiance aux personnes et à l'amour, et qui depuis des siècles impose comme seules alternatives les voies tortueuses et coupables de l'adultère et des infidélités, en poussant les plus irréductibles aux clandestinités les plus glauques. Mais les choses changent, pas seulement dans les idées, mais comme souvent dans les vrais changement sociétaux, cela change en douceur, dans les usages, dans les pratiques, dans… la vie !

Il est amusant par exemple de voir la multiplication des applications de « rencontres » sur les mobiles qui vont jusqu'à offrir des subterfuges et des alibis « aux infidèles ». Ainsi dans l'apparition des sites réservés aux couples mariés en recherche d'aventures, on constate un nombre impressionnant de femmes mariées qui osent déposer leurs annonces et aller à la rencontre d'inconnus. Elles construisent et assument ainsi des scénarios étonnants et romanesques, qui suite à la découverte d'autres amours et de vrais redécouvertes de la sexualité, anticipent souvent des séparations… d'avec un conjoint coincé sur un rail de confort ennuyeux et… inamovible !

Dans un monde qui voit l'assomption des libertés des femmes, la ré-appropriation de leur corps et leur émancipation économique et spirituelle on devine qu'une révolution est en marche. Mais ce n'est pas la seule révolution des femmes qui advient. C'est celle aussi de tous les êtres qui trouvent dans ce ré-équilibrage des genres une étape salutaire qui peut permettre de vivre enfin un nouvel état relationnel. Un état relationnel qui n'est plus l'otage ni du curé, ni de l'imam, ni du contrôle bourgeois conservateur que nous portons et transmettons à tous propos. Un état relationnel d'êtres mûrs qui aspirent à vivre l'authenticité de leur nature. Sans pour autant glisser dans le désordre ou dans le déni de l'autre comme ce le fut dans "les figures relationnelles imposées" dans le passé. Au contraire l'authenticité de notre nature nous porte à la responsabilité, au soin de soi et des autres, à être intégrateur et bienveillant, à être dans l'amour précisément. Et cet amour est un lieu ouvert dans l'être: qui peut accueillir aussi bien des amours pluriels que singuliers, sans exclusive ni « figure imposée ».

Après l'avènement de l'individu, voici celui de l'être singulier

Après que Montaigne se soit reconnu au nom de tous comme un individu capable de penser par lui-même, et que les révolutions américano-françaises aient légitimé cet individu comme libre et égal en droit, c'est la conscience féministe alliée à la révolution de 68 qui ont ouverts la boîte à Pandore. Depuis lors la versatilité créative et libertaire de l'être ne cesse d'ébranler les mentalités et d'irradier dans tous les mondes : les petits villages africains de la savane du Mali voient advenir des femmes qui osent dire non aux violences sexuelles qu'elles subissaient jusqu'alors comme une norme contrainte, et des jeunes osent remettre en cause le féodalisme autoritaire des anciens réunis autour de l'arbre à palabre.

Illustration : echomrg (CC By SA)

Partout fleurissent des êtres singuliers, inédits, qui échappent aux normes sociales habituelles, qui se découvrent des identités multiples, des multi-appartenances sans clivages et non exclusives. Cette singularité est la fleur de la liberté. Elle nous ouvre une nouvelle ère de notre histoire hominiscente, celle du « care » et de l'authenticité, une nouvelle ère relationnelle élargit à tous les être vivants, plus intégrative, plus pacifique, moins normée par la contrainte mais pluri-normée par nos choix de conscience, plus incertaine aussi, plus floue, qui nous imposera un vrai apprentissage de cette nouvelle liberté.

Cette émergence de la singularité a pour particularité de se faire en rhyzome, de manière soft et virale, en douce en quelque sorte. Par les usages d'internet et des smartphones qui permettent à des jeunes indiennes de participer à des coalitions virtuelles contre le viol et d'être activistes à l'insu de leur milieu conservateur, ou à des millions de jeunes du monde arabe de vivre par des identités provisoires et ludiques des itinéraires d'émancipation sociale, sexuelle et politique.

De plus en plus, et partout dans le monde, nous ne nous sentirons plus contenus dans notre pièce d'identité, dans notre métier, dans notre histoire sociale de mono-appartenance — qui faisaient de nous des individus laborieux, vertueux et patriotes — mais nous les déborderons de toutes parts.

Cette pulsion créative et libertaire qui nous est constitutive est en train de prendre d'assaut le réel. Les grandes réactions conservatrices - qu'elles soient islamiques ou de sensibilités chrétiennes, voir hindoues - avec les nuances radicales que l'on connait, ne sont que les symptômes de cette déstabilisation des plaques tectoniques qu'induit l'émergence de la singularité individuelle.

L'urgence de notre polyamour assumé ?

Si on ne peut pas parler de la fin du mono-amour, ce qui serait absurde, on peut parler de son décloisonnement. Le propre de la singularité est son goût de la liberté et de l'authenticité, même si ces éléments n'apparaissent pas consciemment dès le départ. Le chemin de la singularité est un chemin initiatique auquel nous sommes tous tenus. Mais un chemin ouvert, incertain, qui appelle l'inattendu et notre capacité à s'inventer, à oser, à assumer ce que nous sommes pour mieux se connaître et rencontrer les autres. Pour la première fois dans notre histoire nous pouvons assumer notre évolution "singulière" et notre naturel polymorphisme amoureux. Et c'est heureux vous en conviendrez. J'ajouterai que c'est heureux mais aussi urgent.

Car nous allons découvrir avec l'avènement du virtuel des formes de simulacres amoureux inédits, des palliatifs de l'amour : androïds, tiers-objets connectés et sensibles, compagnons virtuels.

Cette poly-réalité en quelque sorte fera son lit dans nos intimités de vie et va bouleverser nos manières de « relationner ». Elle va ricocher dans notre univers relationnel avec un sésame : les usages softs et ludiques, ergonomiques, de confort et de plaisir. Un peu comme les sites pornographiques qui servent de sextoys de décompression psychique dans les couples conventionnels. Face à cette marée qui s'annonce et qui va « augmenter » l'univers érotico-névrotique des couples cloisonnés, il est urgent d'ouvrir les vraies poly-relations assumées.

Pour cela il faut donner du sens et de la perspective à notre choix qui est sans conteste celui de l'avenir. Ce n'est pas un choix à mes yeux parmi d'autres, un mode relationnel parmi les autres, dans un monde soft où tout équivaut à tout. C'est un choix d'ouverture aux autres, de non violence intérieure, de responsabilisation qui est la meilleure réponse à la prise en otage de notre réalité par l'industrie ultra-libérale du divertissement digital qui s'annonce et prend racine dans nos smartphones et notre environnement connecté. Et qui substituera des artefacts relationnels aux vrais relations - qui sont toujours des relations de l'être et de la singularité. Et les relations de l'être et de la singularité ne sont jamais cloisonnées, elles sont libres.

En nous s'inventent les amours de demain

Des amours en grappes, néo-tribales, solidaires, ouvertes, initiatiques, sans mâles dominants. Soyons les néos des amours noétiques - des amours non accapareurs ni prédateurs, qui ont conscience que toute relation est d'abord une relation avec soi-même. Qui commence d'abord par la construction de notre sécurité intérieure , au-delà des projections, des infantilisations, de l'instrumentalisation de l'autre comme substitut parental ou comme palliatif de nos violences. Comment aimer le monde ou son/ses conjoint(s) si l'on apprend pas à s'aimer soi-même ? Et si l'on s'aime soi-même comment et pourquoi mettre alors des limites à nos amours s'ils sont responsables et assumés ?

En chacun de nous se fabrique le monde de demain. De l'animal, aux paysages, de tous les autres nos semblables, nous sommes consubstantiels. Nous sommes membres du même univers, innervés dans les racines du même grand arbre de vie. Ce que nous changeons en chacun de nous s'impacte en tous. En libérant l'amour de nos peurs et en l'ouvrant au soleil qu'il contient nous participons à la maturation de notre espèce. Nous participons à transformer en chacun de nous les racines de la guerre, pour en faire un broyat de substances médicinales et aphrodisiaques !

3 réactions (la dernière il y a un an)

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