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Voici Gali l'alligator,
Il arrive, il sème la mort
Éventre les oisillons,
Torture les papillons !

Voici Gali l'alligator,
Les lapins il les dévore,
Véritable psychopathe,
Il leur arrache toutes les pattes ! :D

(Pub 13ème rue, Gali l'alligator)

Le cœur a ses raisons que la Raison ne connait pas

Rédigé le mardi 10 août 2010 à 17h12

Mis à jour il y a 7 ans

Sur ce forum et ailleurs, j'ai souvent eu l'occasion d'observer une certaine idée reçue, assez commune, mais qui me fait tiquer à chaque fois : la supposée complexité du polyamour, par rapport au reste.

Illustration : qronoz (CC By)

On nous demande souvent : « C'est pas trop compliqué le polyamour ? Ce ne serait pas plus simple si tu n'étais qu'avec une seule personne ? »
Ce à quoi je réponds toujours : « Tu peux enlever le préfixe poly, hein. »
(Oui, je tutoie beaucoup mes interlocuteurs, ça pose l'ambiance.)

Parfois, je trouve "amusant" d'observer combien les gens n'ont pas du tout tendance à voir les choses d'une manière globale mais plutôt à se focaliser sur les détails, sur une histoire, un témoignage, un son de cloche, en occultant le reste.
L'Amour, ce n'est pas forcément simple et facile, qu'il soit poly ou n'importe quoi d'autre, en fait.

Le Poly Amour n'est pas moins compliqué que l'Amour Unique, ni plus, il a juste des problématiques différentes. Un peu comme si vous compariez des fraises à des courgettes. Certaines personnes ne peuvent vivre comme mono, pour d'autres c'est le contraire. Certaines personnes essaieront ce mode, histoire de, par curiosité ou conviction ou « j'ai-vu-de-la-lumière-je-suis-entréE », mais surtout en s'imaginant trouver le Graal, ce qui est juste l'erreur à ne pas commettre. Et d'ailleurs, ainsi, certaines ne réussiront pas. La plupart se mettront alors en tête que ce mode est plus compliqué qu'un autre. Alors qu'en vrai, ce n'est juste pas leur "truc".

Je vais essayer de donner une image plus parlante. Prenons trois élèves, l'une bonne en maths, l'une en dessin, l'autre en français. Chacune des trois élèves n'excelle bien entendu pas dans la matière de prédilection de sa petite camarade.

  • Roberta est bonne en maths, est capable d'avoir 17 de moyenne sans en foutre une et surtout sans jamais ouvrir un bouquin. Elle touche pas une bille en français et même en travaillant, et en ayant la collec' complète des Bescherelle et consorts, elle atteint péniblement un petit 7 (ce qui n'est pas top) et fait 4 fautes par phrase (é sa, saymal!!).
  • Gastonne elle, elle a 6 de moyenne en maths. Dans ses bons trimestres. La seule chose cool qu'elle voit dans les chiffres, c'est leur couleur et leur graphie. Un jour, elle se pointe à un examen de rédaction en français un quart d'heure en retard, torche un truc vite fait sur les trois quarts d'heure restants, et au final, parvient à majorer tout le monde de son niveau d'étude, avec un beau 18,5. Gastonne dit que les maths sont plus compliquées, Roberta dit l'inverse.
  • Raymonde, quant à elle, son domaine, c'est le dessin. Elle trouve que Gastonne et Roberta sont toutes les deux à côté de la plaque, parce que ce qui est simple, c'est sa matière, et elle ne voit pas franchement l'intérêt de débattre sur ce qui est le plus velu ou non, les maths et le français sont aussi compliqués l'un que l'autre.

En vrai bien entendu, la vision de chacune est tordue et se cantonne au bout de leur nez, car il n'y a pas de matière plus compliquée que les deux autres. On s'aperçoit simplement que certaines ont plus de "facilités", d'intérêts, sont plus "enclines" vers le français, d'autres, les maths, etc.

Parce qu'elles sont toutes intelligentes, elles pourraient chacune en s'y mettant "sérieusement" (entre guillemets hein), dans de bonnes conditions, avoir de meilleurs résultats dans les matières où elles ne sont pas bonnes, voire franchement médiocres. Mais ça leur demanderait un effort constant dans des sujets pour lesquels elles n'ont pas d'affinités, dans lesquels elles ne s'épanouiraient pas, quand toute cette énergie, elles pourraient la dépenser à améliorer leur domaine de prédilection.

Et bien c'est la même chose en amour.

J'ai vécu la monogamie, mais ce n'était pas moi. J'ai essayé. Très fort. Je n'y suis jamais parvenue. Je "sacrifiais" ma voie "par amour" pour un homme et j'ai fini par devenir une ombre. Je ne connais personne qui puisse être heureux sincèrement avec une personne-ombre. Au final, il aura fini par me quitter, pour une fille plus entière, avec qui il ne pouvait être que plus heureux.

Dès lors, j'ai décidé de ne plus jamais devenir cette ombre une fois encore, pour qui que ce soit.
Est-ce que cela m'a simplifié les choses? Oui.
Est-ce que j'ai dû faire face à de nouveaux problèmes ? Est-ce qu'aujourd'hui encore, j'ai des difficultés, des obstacles? Oh oui. Plein. Autant en fait.

Mais les problèmes du polyamour, j'arrive à les résoudre plus facilement que ceux de la monogamie, tout comme Gastonne résout plus facilement le français que les maths ou le dessin.
Je suis entière aujourd'hui. Et libre. Autant que certains monogames. Mais sur une voie différente. Quand je suivais celle de la monogamie, je ne l'étais pas.

Des problèmes, des souffrances, quelles que soient les voies que l'on choisit, il ne faut pas se leurrer, on en aura forcément. Autant choisir une voie où l'on sait qu'on les résoudra plus aisément.

J'ai pu lire et entendre également, de la part de monogames (mais aussi de poly, comme quoi...) que les contraintes liées au polyamour étaient plus drastiques, qu'il fallait limite un don en organisation. Là encore, c'est ne voir qu'une partie des choses. Pour ma part, dans le monde polyamoureux, les contraintes me sont beaucoup moins drastiques que lorsque j'étais monogame. Pour ce qui est de l'organisation, là aussi, c'est une observation pas forcément fondée qui m'a toujours doucement fait rigoler.

Je suis tellement nulle là-dedans que ma colocation, c'est Beyrouth, que mon "agenda", c'est le mur de mon boulot (sur lequel je ne mets plus rien depuis des mois) et que j'ai cherché pendant un quart d'heure le champ où je pouvais indiquer mon loyer dans ma déclaration de revenus, pour ne vous citer que quelques exemples. Je suis une personne désorganisée au possible. Et pourtant, j'arrive à mieux "gérer" les choses depuis que je suis polyamoureuse. Et je ne suis PAS célibataire. Je suis plusieurs fois moins célibataire que la moyenne des gens.

Je vois certains couples monogames, en revanche, qui organisent leur vie en fonction de bébé-quand-ils-en-ont-un, des boulots de chacun, des sorties, de leur vie à deux commune, etc. Leur agenda est bien rempli, au fur et à mesure. Ils ont un agenda d'ailleurs. Ils ont toute une organisation que je serais incapable d'avoir, pour avoir essayé. Le polyamour demande une "organisation" différente, c'est tout, mais pas calquée sur des schémas préétablis.

Bien entendu, il existe des polyamoureux très organisés. Mais savoir prévoir les choses ainsi, c'est lié à la personne, pas à ses relations. Une personne désorganisée peut parvenir à s'en sortir dans le polyamour tout aussi bien que dans l'amour unique. La preuve, j'y parviens très bien.

Le titre de cet article, vous le connaissez tous. On l'aura tous prononcé, un jour, sans y prêter plus attention que cela. Pourtant, l'expression est pleine de sens et je vous certifie ceci, le cœur a ses raisons que la Raison ne connaît pas.

Pour se rendre compte de ces raisons, qui lorsqu'on les connaît n'ont parfois pas de mots pour être décrites, juste ce ressenti, il faut plonger à l'intérieur de soi, et c'est une des choses les plus effrayantes au monde. Comme l'aura été probablement éteindre la lumière lorsque vous étiez petit. Vous souvenez-vous de cette terreur, combien il aura pu être difficile de l'affronter ? Mais vous l'avez fait, et vous y avez survécu.

Gastonne, Raymonde et Roberta ont toutes appris à tenir un crayon avec la main qui leur convenait le mieux, avant de se lancer dans leur matière de prédilection. C'est leur base commune.

La base commune ici, c'est apprendre à savoir dans quelle voie vous vous sentez à l'aise, parfois en prenant des chemins plein de ronces. Mais vous y survivrez aussi. L'instinct de survie, c'est ce que toutes les créatures vivantes, notre espèce inclue, ont en commun, je ne vous apprends rien.

Lorsque vous connaissez ces raisons, celles du cœur, en d'autres mots, lorsque vous parvenez enfin à entendre votre instinct et pouvez dès lors faire vos choix en conséquence, alors, les choses vous deviendront plus limpides.

Une voie n'est pas plus complexe, libre, organisée, restreinte, et j'en passe et des jambons que l'autre voie, si ce n'est à ses propres yeux et uniquement.

Malheureusement, il faut en passer par se connaître soi-même pour choisir une voie qui nous sied mieux que les autres.

Heureusement, le futur n'étant pas tout tracé, si vous vous trompez de voie, vous pourrez toujours vous réorienter.

Et c'est, pour conclure (ouf, il était temps!), LA problématique que vous devez vous poser, la réponse n'étant qu'en vous-même, comme dit plus haut :
Aujourd'hui, j'en suis ici. J'ai ce lot de souffrances et d'obstacles. J'en aurai forcément d'autres, quoi que je choisisse, mais la vie est courte, je ne vais pas la passer à ne pas en profiter parce que j'aurai dépensé mon énergie à courir sur un chemin dans lequel je ne suis pas à l'aise, chemin dont personne ne peut décider pour moi.
Sur quel chemin les obstacles vont-ils m'être le moins difficiles à surmonter, où est-ce que je me sens le mieux pour résoudre les problèmes, avancer au mieux et ainsi, ne pas/plus être une ombre ?

46 réactions (la dernière il y a 6 ans)

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