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cergy (France)

Polyamoureuse à ma manière, un peu en marge

En couple de puis 19 ans et heureuse de l'être, j'ai aussi un besoin d'espace et d'oxygène, quasi-vital. Mon cher et tendre, non. On bricole donc sur mesure.

Je suis aussi psychothérapeute et psychanalyste dans le Val d'Oise.
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Stéphane Hessel, fils de « Jules et Jim »

Rédigé le mercredi 26 janvier 2011 à 18h46

Illustration : ilriccio (CC By NC SA)

Jules et Jim est la célèbre histoire d'un amour à trois : Jules, un poète juif allemand séjournant à Paris avant la première guerre mondiale, rencontre Jim, poète français qui devient son inséparable ami. Ils font de concert quelques conquêtes féminines, jusqu'à ce que Jules épouse Kathe, allemande elle aussi, en visite culturelle en France également. L'amour de Jules pour Kathe ne fonctionne vraiment que s'il est complété par celui de Jim. Jules et Kathe s'installent en Allemagne où ils ont des enfants. Jim poursuivra au fil des années une relation tumultueuse et discontinue avec Kathe ainsi qu'une indéfectible amitié avec Jules.

Cette histoire est un monument fondateur du polyamour. Ce fut d'abord un roman largement autobiographique de Pierre-Henri Roché publié en 1953 dont l'histoire commence avant la première guerre mondiale. L'auteur le double de Jim, l'amoureux français du trio avec Kathe et Jules.

Le récit est ensuite popularisé par le film de François Truffaut avec Jeanne Moreau en 1962. Kathe s'appelle désormais Catherine et devient française. Truffaut réussit le prodige de reconstituer l'atmosphère poétique un peu surréaliste du livre et y apporte la touche sonore qui complète et synthétise l'histoire avec la chanson « Le tourbillon » (paroles de Cyrus Bassiak et musique de Georges Delerue).

Les membres allemands du trio, Jules et Kathe dans le roman, sont directement inspirés de Franz et Helen Hessel, amis très proches de Pierre-Henri Roché, qui ne sont autres que les parents de notre sémillant trublion de 94 ans, Stéphane Hessel, résistant, déporté à Buchenwald, puis diplomate, et récemment auteur du très remarqué pamphlet : « Indignez-vous ! (pour une insurrection pacifique) ». Voilà pourquoi ses apparitions télévisuelles sont souvent accompagnée de la ritournelle de Delerue : « le tourbillon ». Il est rassurant de voir que le vieil enfant du polyamour n'a pas trop mal tourné !

Le journal d'Helen Hessel est déjà paru et a été porté sur scène par Claire Chazal au théâtre du petit Montparnasse en 2008. « Helen Hessel, la femme qui aima Jules et Jim » essai de Marie-Françoise Peteuil sera disponible dans les prochaines semaines.

Le roman

Le roman de Roché mérite une attention bien particulière car il offre à notre époque et aux balbutiements du lutinage dans notre société un éclairage intéressant.

Les couples « ouverts », la liberté des mœurs sont depuis longtemps l'apanage des artistes, des intellectuels, Sartre et De Beauvoir, en sont l'exemple le plus célèbre . Le trio du livre n'échappe pas à la règle du statut privilégié où la vie semble être faite d'éternelles vacances, loisirs, promenades et découvertes culturelles. Jules est présenté comme un moine qui travaille beaucoup à ses manuscrits et ses traductions. Kathe se découvre par hasard un talent graphique qui lui permet de se faire une place dans la mouvance cubiste, et Jim collabore à divers travaux d'écriture. On achète des maisons, on les aménage, on déménage beaucoup. L'argent n'est jamais un problème.

La particularité de ce trio est qu'il comprend des enfants. Les deux fillettes (dans la vie réelle deux garçons, dont Stephan, prénom de naissance de Stéphane Hessel), nées de Kathe et Jules semblent de petits personnages discrets, élevés à la mode rousseauiste. Elles évoluent dans un monde culturellement très riche, où elles sont libres d'aller piocher ce qui les intéresse, quand les adultes sont disponibles pour elles, sinon elles sont confiées aux soins de leur gouvernante.

Le trio amoureux est loin d'être un bloc monolithique et stable. Kathe en est la cheville ouvrière, la source d'énergie. Le roman est avant tout l'histoire des moments de grâce et de rupture entre Jim et Kathe. L'autre sujet du livre est l'amitié de Jules et Jim. Les soupçons d'homosexualité qui pèsent sur eux sont rapidement évoqués (et balayés).

Kathe apparaît comme un personnage mythique, un peu surnaturel . Elle se distingue d'emblée par son « sourire archaïque » exactement identique à celui d'une statue dénichée en Grèce par les deux amis peu de temps avant de croiser la route de Kathe. Elle est fantasque et profonde, sociable et solitaire, volubile et muette, débordante de joie de vivre et dépressive. Peut-être parlerait-on aujourd'hui d'une personnalité bipolaire… Elle épouse d'abord Jules qui lui donne deux enfants juste avant et juste après la grande guerre. Le trio se reforme jusqu'à ce qu'elle décide d'avoir un enfant avec Jim. Elle divorce donc de Jules, sans le quitter vraiment. L'enfant désiré avec Jim ne vient pas aussi vite que prévu, elle se lasse, Jim aussi qui ressort épuisé et malade d'une vie commune trop prolongée avec elle. Se croyant finalement enceinte, mais Jim parti, elle se remarie avec Jules qui accepte l'enfant, celui-ci ne verra jamais le jour. Le trio s'installe alors dans une certaine routine : Jules est là au quotidien, travaille beaucoup, et Jim passe avec Kathe et parfois le reste de la famille, des vacances, des périodes, des escapades.

Le trio est loin d'être clos. Si dans le film de Truffaut apparaît Albert, le compositeur de la chanson et amant occasionnel de Kathe, dans le livre, c'est toute une galaxie d'amants et maitresses qui gravitent autour de Jim et Kathe (Jules étant d'emblée posé comme un personnage idéaliste et moins sexué). Une joute s'installe entre les amants, et chaque « écart » appelle une riposte, les amants deviennent pour Kathe des pions, des armes dans sa lutte pour garder la tête haute. Elle combat avec les même armes que les hommes. On est bien loin de l'idéal polyamoureux affiché aujourd'hui, où les mot « infidélité » ou « tromperie » n'ont théoriquement plus lieu d'être. Un simple soupçon d'infidélité suffit à Kathe pour « rétablir l'équilibre ».

Kathe : « Jim il le fallait. C'est pour nous que j'ai fait cela. Je devais rétablir l'équilibre. J'ai eu le doute, non, la certitude, que tu avais consolé à la Jim celles que tu quittais à Paris. Je ne pouvais rester ta fiancée que si j'allais consoler à la Kathe (nous avons la même manière) celui, ou ceux, que je quittais. Je suis allée rejoindre, chez ma sœur, Albert que j'avais appelé, et j'ai effacé, avec lui, toute trace de ton infidélité. Nous voici, purs, quittes. »

Une autre scène, à la fois drôle et très cruelle, est bien représentative de l'échiquier sur lequel évolue Kathe. A la suite de son remariage avec Jules, et encore excédée par le manque de détermination de Jim, le trio se reforme, apparemment harmonieux et heureux. Les trois personnages passent une longue journée de flânerie à la campagne. Kathe, avant de partir le matin, avait fait préparer par la domestique un petit paquet contenant son pyjama de soie blanche, que Jules porta au bout du doigt toute la journée. Le soir tombant, Kathe propose de dîner dans un restaurant voisin, où ils rencontrent « par hasard » un vieil ami de Kathe. Sur le chemin du retour, à quatre, passant devant la maison du vieil ami, qui a déjà rendu des services similaires à Kathe, elle réclame brusquement son pyjama blanc et va passer la nuit chez lui, laissant Jules et Jim, pantois.

La fin de l'histoire diffère entre le roman, le film, et la réalité. Dans le roman, Kathe se suicide avec Jim, elle a planifié et mis en œuvre cette sortie triomphale, sous les yeux de Jules qui s'occupera des enfants. Dans son film, Truffaut reconstitue l'égalité des membres du trio en les faisant tous mourir, sous la conduite de Kathe, tant pis pour l'unique petite fille qu'ils laissent . Dans la réalité, personne ne mourut de mort violente, sauf peut-être Franz Hessel (Jules), qui mourut à 60 ans interné au cours de la seconde guerre mondiale dans le camp Les Milles à Aix-en-Provence. Henri-Pierre Roché (Jim) mourut dans son lit à 80 ans. Helen Hessel (Kathe) a vécu jusqu'à l'âge de 96 ans. Elle a vécu aux Etats-Unis où elle a traduit Nabokov (Lolita) . Elle est morte à Paris où elle fut enterrée en 1982.

On peut savoir gré à Truffaut d'avoir su trouver la chanson qui manquait au livre, qui le complète et le résume, exprimant les amours discontinus, légers et graves à la fois :

On s'est connus, on s'est reconnus,
On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus d'vue
On s'est retrouvés, on s'est réchauffés,
Puis on s'est séparés.

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